Le lait, l’or blanc de Nestlé

Franc fortLe groupe ouvre les portes de son centre mondial high-tech dédié aux produits lactés.

Les essais grandeur nature sont essentiels pour une production efficace.

Les essais grandeur nature sont essentiels pour une production efficace. Image: Peter Schneider / Keystone

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Quelles réponses apporter aux défis posés par le franc fort? Un moyen de le savoir consiste à prendre le train rapide S2 à Berne, en direction de l’Emmental, et de descendre à la petite gare de Konolfingen, en pleine zone agricole. Ici, tout de suite sur la gauche, pas loin de fermes fumantes de la chaleur dégagée par les vaches, se dresse l’entrée de l’usine Nestlé de lait en poudre et de produits «bons pour la santé». Cette fabrique – la plus ancienne du groupe – transforme chaque année 100 millions de kilos de lait achetés dans la région, soit l’équivalent du contenu de 40 piscines olympiques!

Mais il ne faut pas se fier aux apparences. Dans des bâtiments à l’architecture industrielle suisse vieillissante de la fin du XIXe siècle se cache un des trente et un centres de technologie de produit de la multinationale alimentaire. Ce PTC (Product Technology Center) high-tech de Konolfingen développe la compétence mondiale de Nestlé pour tout ce qui a trait au lait infantile, aux produits laitiers et à la nutrition médicale, comme les probiotiques (des bactéries ajoutées aux aliments et bénéfiques pour la santé).

La fabrique et le PTC de Konolfingen joignent leurs forces pour transformer une des seules matières premières locales en produits à haute valeur ajoutée et les vendre dans le monde entier. Un exemple à suivre en cette période d’incertitudes.

Technologie de pointe
Le centre de technologie de produit compte un peu plus de 400 employés (sans l’usine qui le jouxte) et vient de dépenser 70 millions de francs dans un agrandissement de ses installations de tests et de développement de sa technologie de séchage par pulvérisation, absolument centrale pour le groupe veveysan. Celle-ci est employée autant dans la fabrication de lait en poudre que dans celle de produits nutritionnels ou de Nescafé.

«Une part importante du volume de production de Nestlé repose sur cette technologie du séchage par pulvérisation», explique en cours de visite de l’installation pilote de Konolfingen son responsable, Michael Schwan. «Contrairement aux autres groupes alimentaires concurrents, qui achètent cette technologie à des entreprises tierces (ndlr: par exemple à la société danoise Gea Niro), nous l’avons développée nous-mêmes chez Nestlé», poursuit le spécialiste.

On sent que rien n’est laissé au hasard. Il ne s’agit pas seulement de fabriquer de bons produits, mais de le faire de façon efficiente. Avec le séchage par pulvérisation, «les aliments, étant secs, pèsent moins lourd et coûtent alors moins cher en frais de transport; ils gardent plus longtemps leurs qualités et sont plus faciles à doser; et, finalement, les frais de nettoyage des machines sont réduits, ce qui permet de diminuer les coûts de production des aliments», détaille encore Michael Schwan. Seul bémol, les besoins en énergie de ce procédé sont très élevés. Même si elle peut parfois être récupérée en partie pour alimenter un système de chauffage à distance. Ainsi, à l’instar du Swatch Group, qui produit lui-même les mouvements de ses montres, la multinationale vaudoise contrôle son savoir-faire clé.

Transmission du savoir-faire
Pour cela, il est absolument nécessaire que les centres de technologie de produit de Nestlé «travaillent main dans la main avec un lieu de production attenant, souligne le directeur du centre de technologie de produit de Konolfingen, Hans Jürgen Jung. Le savoir-faire est ainsi optimisé grâce au dialogue constant entre les ingénieurs et les techniciens de Konolfingen. Il est ensuite transmis aux autres usines du groupe utilisant la même technologie en formant leurs ingénieurs ici.»

Nestlé a investi 400 millions de francs de 2007 à 2011 dans le site de production de Konolfingen et créé 370 emplois supplémentaires, pour en porter le total à 600 dans la partie «fabrique» du site.

Nestlé peut servir de référence aux entreprises suisses qui, comme elle depuis l’Emmental, sont très orientées vers l’exportation. La multinationale mène une recherche très axée sur le développement de nouveaux procédés de fabrication. Un laboratoire de recherche appliquée complète les activités du PTC de Konolfingen. Il contribue au mandat du centre consistant non seulement à améliorer les processus de fabrication en y consacrant 60% de ses ressources, mais aussi à lancer des innovations (40% de ses moyens).

Produits passés au crible
Les produits en poudre de Nestlé sont par exemple passés au crible et sont sans arrêt améliorés. «Il faut que les grains laissent assez d’espace les uns entre les autres pour éviter de former des amas, explique Hans Wille, responsable du laboratoire. Autrement, ils se défont moins bien quand ils sont délayés dans un liquide. Les grains doivent aussi entièrement se dissoudre quelle que soit la température du liquide», poursuit encore le chimiste. La recherche appliquée et l’utilisation de processus de production ultraperformants sont une excellente parade au franc fort. Konolfingen exporte d’ailleurs 90% de sa production, particulièrement vers la Russie et les pays asiatiques.

Label suisse de qualité
Malgré ce succès technologique, il n’en reste pas moins que Nestlé, comme les autres entreprises suisses transformatrices de lait (lire ci-dessous), est touchée par la valorisation du franc. La parité avec l’euro creuse toujours plus le désavantage compétitif que représentait déjà un prix du litre de lait suisse bien plus élevé qu’en Europe. Cela alors que les mécanismes de subvention suisse à l’exportation sont perçus à l’étranger comme des aides qui faussent la concurrence. A cela s’ajoute l’obligation future de transformer des matières premières à majorité en provenance de Suisse pour avoir droit au label toujours recherché Swiss.

Créé: 06.02.2015, 10h17

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Emmi va devoir compenser près de 70 millions de francs

Parallèlement à la publication hier de son chiffre d’affaires annuel 2014, en hausse de 3,2% à 3,4 milliards
de francs, Emmi, un concurrent de Nestlé dans les produits laitiers, a clairement défini la manière dont il entend contrer la valorisation de certains de ses articles suite à l’abandon du taux de change plancher.

Le groupe lucernois – par ailleurs le plus important transformateur de lait de Suisse – a indiqué que ses exportations affectées par la valorisation du franc se montent à 400 millions. En tenant compte d’une hausse
du franc comprise entre 15% et 20%, la perte de compétitivité par rapport aux produits européens s’établit dès lors entre 60 et 80 millions de francs.

Emmi veut compenser en partie ce montant par des mesures en Suisse. Des programmes supplémentaires d’efficacité et de réduction des coûts vont être lancés et de nouvelles négociations vont être menées pour obtenir un prix du lait voué à l’exportation plus bas. «Sur les 900 millions
de kilos de lait que nous achetons par an, près de 750 millions de kilos seront touchés par une baisse de prix à l’achat de 2 centimes par kilo», a expliqué
la porte-parole d’Emmi, Sibylle Umiker. Cela fera donc économiser déjà 15 millions à l’entreprise, qui affirme
ne prévoir «aucun licenciement».

A l’international, de nouvelles négociations tarifaires avec les fournisseurs internationaux vont aussi être visées. Et, sûr de la valeur de ses produits hors des frontières suisses, Emmi entend carrément augmenter les prix de ses produits exportés. «Nous allons le faire avec des articles à la marque très forte, comme le Caffè Latte, mais nous nous rendons compte que cela sera bien plus difficile avec des fromages par exemple, déjà chers en comparaison internationale», a poursuivi la porte-parole.
Avec ces mesures, le groupe lucernois met «tout en œuvre pour que les produits laitiers suisses continuent
à se vendre malgré la concurrence internationale».

Mais, loin de se voiler la face, le transformateur de lait prévoit bel et bien que son chiffre d’affaires sera freiné par les effets de change. Emmi reste toutefois persuadé que le bénéfice net pour son exercice 2015 se situe dans la fourchette des objectifs établis à moyen terme, soit «entre 2,5% et 3,5% du chiffre d’affaires».

Un des piliers de la stratégie d’Emmi consiste à diversifier géographiquement ses sources de revenus. L’an passé, la part de ses ventes réalisées en Suisse a encore reculé pour s’établir à 55%, contre 56% en 2013. Ce choix,
qui semble négatif car il exposera fortement le groupe à la dévaluation de l’euro, n’en semble pas moins fondé à long terme.

Les ventes en Suisse ont tendance à stagner, même si elles ont connu en 2014 une hausse «réjouissante» de 1,2% hors acquisition. Elles se sont montrées très dynamiques
aux Etats-Unis, au Canada, au Chili et même en Espagne, en France et en Tunisie, avec une hausse hors acquisition et effets de change de 7,1%. La croissance a été par contre nulle en Europe.

Nestlé Suisse (2013)

Chiffre d’affaires 1,512 milliard
de francs (1,6% du total du groupe).
Recherche et développement (R&D) 971 millions de francs (65% du total du groupe!).
Centre de recherche A Vers-chez-les-Blanc (Lausanne) et à l’EPFL (Institute of Health Sciences).
Centre de technologie de produit Konolfingen et Orbe, Broc étant un centre d’excellence du chocolat.
Employés 10 175 personnes (3% du total), ce qui correspond à une augmentation de 60% en dix ans.
Investissements 419 millions de francs (8,5% du total) et 3,4 milliards de 2004 à 2013, soit 340 millions par an sur dix ans.
Achats de matières premières 995 millions de francs.
Frais de services 975 millions de francs.

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