Un management tambour battant, entre industrie dentaire et famille

Des femmes cheffes d’entreprises (série) Diane Bonny, directrice générale de Deppeler SA à Rolle, mène de front une double «carrière», qui est aussi une double passion.

À la tête d’une entreprise qui fournit des instruments dentaires «à main», Diane Bonny est passionnée par l’univers des ateliers industriels

À la tête d’une entreprise qui fournit des instruments dentaires «à main», Diane Bonny est passionnée par l’univers des ateliers industriels Image: Florian Cella

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Dans son tailleur-pantalon impeccable, son exposé précis et convaincant des atouts de son entreprise, Diane Bonny, directrice de Deppeler SA, ne dépareille en aucun point avec l’image de la femme-manager formée à HEC. Mais elle froisse les clichés lorsque, au milieu des machinesoutils qui façonnent l’acier, elle nous avoue sa véritable passion pour les ateliers industriels.

Située dans la zone A-One Business Center, à Rolle, la manufacture spécialisée dans la fabrication d’instruments dentaires n’est de loin pas un fief d’hommes. Dans l’atelier, comme chez les cadres, les femmes règnent en maîtres. Rare exception: l’époux de madame la directrice, Frédéric Bonny, responsable de la production et concepteur de machines.

Une précision horlogère

L’activité principale chez Deppeler est similaire à celle des fabricants de composants pour l’horlogerie requérant savoir-faire technique et haute précision. Mais également une très grande habileté manuelle, de l’usinage au polissage, notamment pour les finitions des pointes à la lime, tâche qui ne peut pas encore être réalisée par le robot. En nous présentant une nouvelle opératrice de l’atelier, Diane Bonny explique qu’elle ne sera vraiment formée à toutes les ficelles du métier qu’après dix ans de pratique!

«Dans notre domaine, remarque-t-elle, on travaille avec les mêmes exigences de précision que dans la fabrication des montres.» On comprend pourquoi les principaux fournisseurs de l’instrumentation dentaire haut de gamme – dans des applications différentes – sont en Suisse. D’ailleurs, comme Dentsply Sirona Endodontics (anciennement Maillefer), à Ballaigues, ou EMS Electro Medical Systems, à Nyon (née à la vallée de Joux), l’entreprise rolloise est issue du monde horloger. Arnold Deppeler senior, qui l’a fondée en 1934, venait de ce milieu. Ses premiers instruments, fabriqués dans son garage, ont rapidement connu le succès.

La firme produit aujourd’hui encore des instruments dentaires «à main» que la plupart des patients des cabinets en Suisse ont pu «apprécier» en bouche. Ce sont les outils les plus courants des hygiénistes et des médecinsdentistes, tels les détartreurs, sondes, curettes chirurgicales ou à implants, limes, etc. La maison Deppeler compte plus de 600 références à son catalogue. Solides et durables, les outils doivent permettre à celui qui les utilise d’assurer un traitement délicat afin d’être le plus faiblement invasif.

L'ergonomie évolue

La bonne ergonomie facilite les opérations dans la bouche sous tous les angles tout en diminuant la fatigue de gestes «mille» fois répétés. «Nos instruments sont basiques mais ils doivent être très précis car ils sont l’extension de la main du dentiste, observe Diane Bonny. Il doit bien sentir l’instrument sous ses doigts, d’où le travail spécifique que nous réalisons aussi bien sur le manche que sur la géométrie de l’instrument.» Dans la fabrication de la pièce, chaque détail a son importance: la qualité de l’acier médical, en alliage exclusif (qui prohibe le nickel), les tolérances, le traitement de surface favorisant l’hygiène de l’outil. Même si certains instruments sont semblables, en apparence, à ceux fabriqués dans les années 40, dit-elle, on continue à innover, en particulier dans l’ergonomie et l’optimisation de la production.

Toutefois, relève la directrice, «même si on essaie d’automatiser les étapes les plus simples de la production, ce qui fait notre différence, c’est le travail à la main pour une grande partie du produit». Le swiss made permet de vendre la qualité et d’en justifier le prix. Encore faut-il convaincre une nouvelle clientèle. Diane Bonny ne rechigne pas à cette tâche, convaincue que c’est par les contacts personnels qu’on y parvient. Elle multiplie les déplacements à l’étranger.

Son ambition, vendre toujours plus dans plus de pays! Dotée, de son propre aveu, d’«un tempérament fougueux», ayant «l’habitude de foncer», elle mène son entreprise tambour battant. Mais elle se veut pragmatique, elle écoute son mari, qui «me freine et m’incite à réfléchir». Pas question pour autant d’échanger les rôles, «ce n’est pas dans mes plans».

"J’ai tendance à être maternelle"

Qu’est-ce qui distingue alors Diane Bonny, en tant que femme, dans le management de cette PME d’une vingtaine d’employés? «J’ai tendance à être maternelle et conciliante pour éviter les conflits. Ce n’est pas mon approche de dire: «C’est comme ça!» J’ai besoin que mes collaborateurs se sentent bien, même s’il faut un certain détachement lorsque des décisions doivent être prises. Par contre, je n’ai pas tendance à organiser des sorties, style apéros ou pique-niques.» C’est qu’avec deux enfants, elle mène de front une autre «carrière»: «J’essaie de répartir mon temps le mieux possible entre mon travail, mes clients et ma famille.» Dirigeante dans l’âme

C’est d’ailleurs un lien familial qui l’a conduite à ce poste puisque l’ancien directeur n’était autre que son oncle, Arnold Deppeler, le fils du fondateur qui porte le même prénom. Il y a vingtdeux ans, il a réussi à convaincre Diane Bonny de rejoindre l’entreprise, peu après la fin de ses études, dans l’objectif de prendre sa succession. Ce qu’elle fit après une dizaine d’années durant lesquelles elle a touché à tout: de la facturation à l’organisation des expositions jusqu’à la découverte de ce milieu particulier. Fille de médecin et petite-fille de dentiste, «détestant qu’on lui dise ce qu’elle doit faire» et ayant suivi à HEC la filière spécialisée de gestion d’entreprises industrielles: pour elle, «il était clair que j’allais diriger une entreprise». Malgré son jeune âge – 21 ans à l’époque –, elle saisit cette «sacrée opportunité» offerte par son «tonton».

Elle a racheté l’affaire fin 2006 – financée sur plusieurs années – et elle ne regrette rien. Épaulée par son mari, Diane Bonny se sent «comme un poisson dans l’eau» dans cette entreprise industrielle qui fonctionne «vraiment comme un modèle familial» et qu’elle dit gérer au feeling. Même si la société ne compte que quatre collaborateurs supplémentaires depuis 2007, elle a ouvert de nouveaux marchés et elle grandit à un rythme régulier. Sa production a beaucoup augmenté, comme en atteste le chiffre d’affaires qui a presque doublé durant cette période, malgré la crise financière mondiale et le franc fort. Parmi les grandes fiertés de Diane Bonny à la tête de Deppeler, il y a son engagement écologique – elle a remplacé certains lubrifiants par de l’huile d’olive! – et les partenariats noués avec le monde académique pour amener des innovations. (24 heures)

Créé: 12.03.2018, 15h55

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