Le nouveau patron met Nestlé au régime

AlimentationAprès avoir manqué ses prévisions pour la quatrième année consécutive, le groupe veveysan revoit ses ambitions à la baisse pour 2017 et accélère ses plans d’économies.

«Nous faisons face à une situation sans précédent.» Le nouveau CEO de Nestlé tend l’oreille à son directeur financier lors de la présentation du bilan 2016 à Vevey.

«Nous faisons face à une situation sans précédent.» Le nouveau CEO de Nestlé tend l’oreille à son directeur financier lors de la présentation du bilan 2016 à Vevey. Image: EPA

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Mark Schneider, le nouveau capitaine à la barre officielle de Nestlé depuis le 1er janvier, n’aura pas perdu de temps. Après avoir voyagé aux quatre coins du monde et analysé l’ensemble des activités du groupe veveysan, le patron allemand a annoncé jeudi que le plan de réduction des dépenses structurelles allait s’accélérer. Le géant de l’alimentation est mis au régime. «Le nouveau CEO semble être monté à bord pour entamer un nettoyage en profondeur du portefeuille de la société», réagit Jean-Philippe Bertschy, analyste à la banque zurichoise Vontobel.

Après avoir déjà dépensé 300 millions de francs en coûts de restructuration l’année dernière, la multinationale s’attend désormais à ce qu’ils augmentent et atteignent les 500 millions de francs en 2017. «Nous ne prévoyons pas un plan massif, mais de petits ajustements en fonction des besoins et des opportunités», a toutefois tenu à rassurer le nouveau CEO.

L’étoile du Sud pâlit
Ce dernier a d’ailleurs profité de l’occasion pour mettre un terme aux nombreuses rumeurs sur sa nomination. Il n’a pas été nommé à ce poste pour déclencher une révolution au sein de Nestlé et «la volonté du groupe à prendre le virage d’une nourriture plus saine date de bien avant [son] arrivée», a rappelé celui qui a fait carrière dans le secteur médical.

«Nous faisons face à une situation sans précédent», assure Mark Schneider. La période des ambitions démesurées de l’ancienne direction semble appartenir au passé: Nestlé a raté pour la quatrième année consécutive ses prévisions de croissance – qui étaient établies entre 5 et 6% – et n’attend plus qu’entre 2 et 4% pour les années à venir. Cette révision à la baisse s’explique notamment par un ralentissement marqué dans les pays émergents. Concernant l’impact sur l’emploi, le groupe précise que «les réductions de coûts ne signifient pas nécessairement des pertes d’emplois», puisque les économies sont «réinvesties en frais de recherche et développement, en marketing, etc.»

Danone à la même enseigne
Le géant suisse n’est d’ailleurs de loin pas le seul du secteur à souffrir de la conjoncture actuelle, ni d’ailleurs à réduire massivement ses coûts. Danone, qui connaît aussi des difficultés sur plusieurs marchés, a annoncé mercredi un plan d’économies d’au moins un milliard d’euros (environ 1,07 milliard de francs) d’ici à 2020. Après une performance médiocre en 2016, Unilever a de son côté confirmé s’attendre à ce que cette tendance se poursuive pour le semestre en cours.

Malgré de bons résultats annuels, même PepsiCo a entamé un vaste plan d’économie de 5 milliards de dollars «pour contrer le coup de mou observé dans les pays émergents».

Pas de révolution à Vevey
Si Nestlé assure vouloir faire des économies pour pouvoir investir sur son avenir, le nouveau patron est resté extrêmement vague sur la stratégie en cours. «Nous n’allons pas la changer, mais nous allons juste la pousser en avant», a-t-il indiqué jeudi à Vevey. De quoi inquiéter certains analystes financiers qui se demandent si Nestlé ne joue pas un peu trop la sécurité.

Sur le secteur du café par exemple, l’Allemand parle de défendre sa position de leader du marché, mais sans vraiment expliquer de quelle manière il compte le faire. Et cela alors que la concurrence s’intensifie. Exemple avec les capsules. Outre les nombreuses marques locales montantes telles qu’Ethical Coffee Company en Suisse, sa pépite Nespresso fait face aux ambitions du fonds d’investissements JAB (en mains de la richissime famille allemande Reimann). A coup d’acquisitions, ce dernier est en train de bâtir un empire comportant les marques Sen seo, Tassimo, Carte Noire, Douwe Egberts, Jacobs ou encore Keurig Green Mountain, racheté pour 13,9 milliards de dollars à la fin de 2015. La concurrence promet d’être rude.

Créé: 17.02.2017, 07h51

Nouvelle direction

Mark Schneider, ce patron venu d'ailleurs

Sa nomination avait été la grande surprise de l’été dernier. Après près d’un siècle à choisir ses directeurs généraux au sein de ses cadres, Nestlé rompait avec cette tradition en allant chercher un patron hors du sérail. Plus surprenant encore, Mark Schneider, qui remplace officiellement Paul Bulcke depuis le 1er janvier de cette année, vient du milieu médical. De double nationalité allemande et américaine, le nouveau patron du groupe veveysan a en effet fait ses armes chez Fresenius Group, une société spécialisée dans les techniques médicales. Entre son arrivée en 2003 et son départ à la fin de l’année dernière, il est parvenu à quadrupler les revenus de cette entreprise (à 25 milliards d’euros) et à tripler le nombre des employés (200'000 dans le monde). Tout cela
au fil de nombreuses acquisitions stratégiques majeures. Le patron, qui assure n’avoir pas été nommé CEO de Nestlé pour la transformer en société pharma, connaît bien la Suisse, puisqu’il détient un doctorat en économie de l’Université de Saint-Gall.

Nestlé adore nos animaux de compagnie

Chiens, chats, lapins, tortues et autres perruches… Qu’est-ce que Nestlé les aime, nos animaux de compagnie.

Il faut dire qu’avec les gammes de produits qui leur sont destinés, le géant veveysan empoche des milliards. Au cours des dernières années, ce segment de produits fait en effet partie de ceux à avoir atteint la fourchette de croissance organique ambitionnée (entre 5-6%) par Nestlé. Rien que l’année dernière, les nombreuses marques regroupées sous le nom Nestlé Purina PetCare ont vu leurs ventes augmentées de 5,3% pour dépasser les 12 milliards de francs.

Si cette croissance se maintient, elle devrait même devenir, dès cette année, la quatrième branche (en termes de produits) la plus importante du groupe en devançant celle des plats préparés et à cuisiner. Que ce soit en Amérique du Nord, en Amérique latine ou en Europe, la nourriture pour animaux a été un véritable vecteur de croissance pour
le géant de l’agroalimentaire. «Les produits pour animaux de compagnie ont continué à enregistrer une forte croissance à travers toute l’Amérique latine», confirme le groupe en évoquant notamment le Brésil, dont les propriétaires ne lésinent pas à la dépense lorsqu’il s’agit de gâter leurs petits protégés.

L’autre secteur à s’être porté particulièrement bien en 2016 concerne Nestlé Waters, avec une croissance de 4,5% des ventes d’eau en bouteille. Ce segment reste toutefois le plus faible du groupe (toujours en termes de produits) avec des revenus de 7,9 milliards de francs. A nouveau, cette situation résulte de bonnes performances dans l’ensemble des zones géographiques couvertes par le groupe. «Une forte croissance a également été réalisée par les marques Perrier et San Pellegrino, qui se sont développées deux fois plus vite que le portefeuille grand public», précise Nestlé en signalant également la croissance organique de Nestlé Pure Life, supérieure à la moyenne de Nestlé Waters.

Plus globalement, les résultats ont été en deçà des attentes. Le bénéfice net notamment était inférieur au consensus établi par Reuters. Attendu à 9,59 milliards de francs, il n’a pas dépassé les 8,5 milliards. Le groupe a justifié ce résultat en évoquant «un ajustement d’impôts différés non monétaire exceptionnel et d’un ajustement des stocks de Nestlé Skin Health». Quoi qu’il en soit, les marchés n’ont pas bien encaissé ces chiffres. Après avoir plongé en début de session, l’action Nestlé a finalement repris
du poil de la bête en fin de journée et a bouclé sur une perte de 0,96%, à 72,45 francs.

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