Nouvelle mobilisation pour renflouer Deutsche Bank

Héritage de la grande criseOnze ans après la crise financière, la banque allemande doit créer une «bad bank» de 50 milliards d’euros, révèle le «Financial Times».

Avec la création d’une «structure de défaisance», Deutsche Bank poursuit sa réorientation stratégique caractérisée par une réduction de la voilure dans la banque d’investissement et une concentration sur les services et la gestion des fortunes privées.

Avec la création d’une «structure de défaisance», Deutsche Bank poursuit sa réorientation stratégique caractérisée par une réduction de la voilure dans la banque d’investissement et une concentration sur les services et la gestion des fortunes privées. Image: Keystone

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Plus d’une décennie après l’effondrement de Lehman Brothers, c’est une Deutsche Bank attaquée de toute part qui tente une nouvelle fois d’étayer son assise financière. La solution de l’adossement à sa compatriote Commerzbank ayant échoué fin avril – le partage des activités de fonds d’investissement avec UBS semble lui aussi mis au placard –, une autre restructuration d’ampleur sera administrée à la plus grande banque allemande.

Le «Financial Times» a révélé lundi la création à venir d’un centre de retraitement chargé de recycler des dizaines de milliards d’euros de placements pesant sur les comptes de l’établissement de Francfort depuis la crise de 2008. La Deutsche Bank a simplement confirmé ce même jour «travailler sur des mesures visant à améliorer [sa] rentabilité de façon durable».

La mesure vise à enrayer la spirale infernale qui a fait perdre en un an le tiers de la valeur boursière d’une banque dont la question de la nationalisation avait été posée par la chancelière Merkel il y a trois ans.

Écho au sauvetage d’UBS

Cela fait des années que Deutsche Bank tente d’en finir avec l’héritage de la bulle américaine. Entre 2012 et 2016, une première «structure de défaisance» avait déjà été chargée de recycler 125 milliards d’euros de placements datant de la période folle des subprimes.

Il y a un an encore, son ancien patron, John Cryan, avait levé le voile sur un fardeau additionnel de 60 milliards d’euros de placements toxiques continuant de coûter à la banque un demi-milliard par an, pointait le magazine «IFR». La nouvelle station d’épuration envisagée prendra en charge jusqu’à 50 milliards d’euros d’actifs indésirables, selon le «Financial Times». Le fardeau ainsi transféré pèse… quatre fois ce que vaut en Bourse cette multinationale de 91 000 employés.

«Moins que de se prémunir contre les pertes potentielles qu’elle pourrait accuser sur ces actifs, la Deutsche Bank cherche surtout à optimiser sa solvabilité en sortant de son bilan ceux qui sont pénalisés par une faible rentabilité et une forte consommation de capital», tempère Loïc Bhend, analyste chez Bordier & Cie à Genève. À en croire ce dernier, les produits promis au recyclage restent d’une toxicité toute relative. «Ce sont principalement des produits dérivés à long terme, peu risqués – des swaps de taux d’intérêt – mais difficiles à déboucler prématurément», pointe le spécialiste du secteur bancaire.

En Suisse, ce type de sauvetage via la création d’une bad bank rappellera celle mise sur pied en 2008 pour sauver UBS. Objectif, cantonner près de 40 milliards de francs de placements rendus toxiques par l’implosion du marché immobilier américain. Durant cinq ans aux commandes de ce StabFund – dans lequel se sont affairés jusqu’à 70 collaborateurs d’UBS –, la Banque nationale suisse était parvenue à limiter les dégâts, se targuant même d’en avoir tiré 8% de plus-value.

Ménage chez les traders

En parallèle à ce nettoyage par le vide, Deutsche Bank prévoirait également de continuer de réduire – voire de fermer – les activités de ses équipes de traders opérant sur les places financières situées hors d’Europe. Ces dernières dépendent de son pan d’activité dit de «banque d’investissement», qui n’est jamais redevenu une source de profits durables depuis la crise de 2008. Fin avril, ces activités – ainsi que leur responsable londonien, Garth Ritchie, cadre le mieux payé de la banque avec 9 millions d’euros touchés l’an dernier – avaient été la cible de toutes les critiques lors d’une assemblée générale houleuse.

Ces restructurations font écho à celles mises en place par d’autres banques européennes. Début avril, la Société Générale française a annoncé son intention de biffer 1600 postes et de se retirer du trading de matières premières.

Créé: 17.06.2019, 20h16

Credit Suisse vise le Sud

Le mercato des banquiers s’intensifie. Pour célébrer sa prise, Credit Suisse s’est même fendu d’un communiqué. La deuxième banque du pays a réussi à débaucher le responsable de la clientèle ultrafortunée de la péninsule Ibérique opérant jusque-là pour sa concurrente UBS, ainsi que son équipe. Jorge Guillén, tout comme les deux chargés de clientèle qui l’accompagnent, Daniel González et Guillermo Galofre, seront basés à Genève. Contactée, la banque se refuse à préciser la valeur totale des patrimoines que confiaient jusque-là au trio les milliardaires d’Espagne et du Portugal. Une porte-parole insiste cependant sur le caractère «stratégique» de ces recrues, qui permettront à Credit Suisse de servir des pays devenus «très importants» pour ses activités de gestion de fortune.
P.-A.SA.

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