Débats houleux à l'assemblée de Volkswagen

DieselgateLa direction faisait face aux actionnaires pour la première fois, 9 mois après l'éclatement du scandale. Elle a demandé pardon.

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La direction de Volkswagen (VW) a présenté mercredi ses excuses aux actionnaires du groupe allemand réunis à Hanovre. Elle a aussi affronté la défiance des petits porteurs, neuf mois après l'éclatement du scandale des moteurs diesel truqués.

«Au nom de la firme, je demande aux actionnaires pardon d'avoir trahi leur confiance», a déclaré d'entrée de jeu le patron Matthias Müller. Il s'agit de l'énième acte de contrition de la part du dirigeant, qui a pris en urgence les commandes de l'entreprise aux douze marques (Volkswagen, Audi, Seat,...) en septembre, mais le premier qui s'adresse directement aux actionnaires.

Dividende très réduit

Le titre VW s'est repris depuis sa dégringolade en septembre dernier. Mais il vaut toujours 23% de moins qu'avant le scandale. Et le dividende proposé pour 2015 est réduit à peau de chagrin (0,17 euro soit environ 0,18 franc par action de préférence).

Les quelque 3000 actionnaires, rassemblés depuis le début de matinée pour des débats longs et houleux, demandent des comptes sur cette tromperie. Cette affaire a sérieusement éclaboussé la réputation de la firme. Et ses conséquences financières ne sont pas encore toutes connues.

Jürgen Lindemann, habitué des assemblées générales de VW, n'attendait en tout cas pas d'y voir plus clair en fin de journée. «Le directoire va encore nous mentir», lâche-t-il, amer. Ses critiques se focalisent sur les anciens chefs du conseil de surveillance et du directoire Ferdinand Piëch et Martin Winterkorn, des «mafiosi» selon lui.

Autre cible, Hans Dieter Pötsch, directeur financier de Volkswagen avant le scandale, devenu président du conseil de surveillance. Il a été violemment pris à parti par des actionnaires au micro en milieu de journée, qui l'accusaient d'avoir «fermé les yeux» sur la tromperie.

Pluie de plaintes

Le groupe a admis en septembre 2015 avoir trafiqué un logiciel installé sur 11 millions de véhicules dans le monde, afin de faire apparaître ces derniers, lors de contrôles, moins polluants qu'ils ne sont vraiment. Le scandale a déclenché une avalanche de poursuites judiciaires. Sans oublier des demandes de dédommagement des autorités, des clients et des investisseurs.

Volkswagen a jusqu'à présent toujours imputé la tricherie à un petit groupe de personnes. Dix salariés soupçonnés de manipulation ont été suspendus ou ont quitté l'entreprise.

Soupçons de manipulation de cours

Mais la justice allemande enquête, depuis des mois, sur l'affaire et vient d'étendre ses investigations à l'ancien patron Martin Winterkorn et à l'actuel directeur de la marque Volkswagen Herbert Diess, soupçonnés tous deux de manipulation de cours.

Plusieurs organisations d'actionnaires, comme DSW, reprochent au mastodonte automobile d'avoir tardé non seulement à comprendre l'ampleur du problème, mais également à en informer les investisseurs.

«Il s'agit d'une faute collective», a lancé Ulrich Hocker, président de la fédération de petits porteurs DSW. Son organisation et d'autres groupements d'actionnaires réclament une enquête spéciale sur les responsabilités, estimant que celle du cabinet américain Jones Day, commanditée par la direction de Volkswagen et dont les conclusions n'ont pas encore été publiées, n'est pas assez indépendante. S'ils n'obtiennent pas gain de cause lors de l'assemblée générale, ils envisagent de lancer une procédure judiciaire.

Certains petits actionnaires comptent désavouer le directoire et le conseil de surveillance en refusant de donner quitus, c'est-à-dire d'approuver la gestion sur l'année passée. Des fonds d'investissements pourraient les imiter, d'après Daniela Bergdolt, vice-présidente du DSW.

Une défiance seulement symbolique, puisque les grands actionnaires se rangeront derrière les organes dirigeants. Les petits porteurs ne détiennent que 11% environ des droits de vote, le reste appartenant aux familles héritières Porsche-Piëch (52% environ), à l'Etat régional de Basse-Saxe (20%) et à l'Emirat du Qatar via le fonds Qatar Holding (17%).

Feront aussi débat les rémunérations des dirigeants, et la capacité de l'équipe en place, issue pour beaucoup de la vieille garde, à insuffler un sang neuf.

Le patron Matthias Müller a jugé le scandale du diesel «salutaire» dans un certain sens pour le groupe, qui s'est depuis doté d'une stratégie à horizon 2025 mettant l'accent sur l'électrique et les services à la mobilité. (afp/nxp)

Créé: 22.06.2016, 14h39

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