Pristem produit des équipements médicaux à bas coût nés à l’EPFL

EntrepriseLes appareils de radiographie de la start-up lausannoise sont destinés aux pays émergents. Mais la demande existe aussi en Suisse

Bertrand Klaiber, directeur de Pristem (à g.), et Hubert Blanchard, responsable de la technologie, sont, avec ce second prototype d’appareil à bas coût de radiographie né à l’EPFL, à bout touchant avant la certification du produit.

Bertrand Klaiber, directeur de Pristem (à g.), et Hubert Blanchard, responsable de la technologie, sont, avec ce second prototype d’appareil à bas coût de radiographie né à l’EPFL, à bout touchant avant la certification du produit. Image: Vanessa Cardoso

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Dans l’industrie automobile ou des machines, il n’est pas rare de voir des marques produire des modèles spécifiques pour les marchés émergents, simples et résistants, et les vendre sur les marchés occidentaux. Pour l’heure, dans le domaine médical, il n’en est rien. Tel est le constat de Pristem, la start-up chargée d’industrialiser et de commercialiser un appareil de radiographie de haute performance et à bas coût développé au sein du programme de recherche EssentialTech à l’EPFL. Celui-ci associe plusieurs partenaires académiques et du domaine de la santé, parmi lesquels, outre la haute école, la HES-SO, le CHUV ainsi que l’hôpital universitaire et l’école polytechnique de Yaoundé, au Cameroun.

Diagnostic vital

Dans l’atelier de l’EPFL, le prototype d’imagerie médicale développé sous la direction de Romain Sahli par une équipe d’ingénieurs pluridisciplinaire paraît rudimentaire. Mais ses divers composants ont déjà fait leurs preuves sur le terrain. Les deux hommes qui dirigent Pristem – Bertrand Klaiber, directeur, chargé des ventes et du développement des marchés, et Hubert Blanchard, responsable de la technologie et de l’industrialisation, qui l’a rejoint il y a quelques mois – ont déjà en tête toutes les étapes de la production et de la commercialisation de cet équipement de radiologie appelé à fournir un service de diagnostic vital pour de nombreux hôpitaux soumis à des conditions de fonctionnement très aléatoires.

«Pour répondre aux contraintes des marchés émergents, nous voulons amener la fiabilité et la qualité industrielle suisse dans le médical, avec des produits plus simples et moins chers, remarque Bertrand Klaiber. Mais le simple n’est pas facile à réaliser.» Afin de répondre aux attentes des futurs utilisateurs, l’appareil de radiographie est développé avec plusieurs partenaires de pays du Sud du continent africain, qui représentent la clientèle cible de la société lausannoise. Selon son directeur, la durabilité est aussi une question de maintenance. Le projet prévoit donc de faire appel à des techniciens locaux, en mesure de travailler sur la technologie de ces machines avec des outils simples. De plus, afin de prévenir les pannes, certains composants high-tech seront placés sous contrôle à distance.

Les deux entrepreneurs veulent répliquer ce qu’ils ont appris dans l’industrie au sein du groupe genevois LEM, très présent dans les pays émergents, en particulier en Chine. Leur expérience dans la production et la distribution d’appareils pour la mesure de paramètres électriques, notamment des capteurs de courant et de tension, leur est particulièrement utile. Une partie des composants, tels les cartes électroniques, les détecteurs ou l’alimentation de puissance, doivent être ainsi fabriqués en Suisse. Mais les produits seront assemblés en Afrique, puis également en Asie, afin de se rapprocher des clients et d’économiser dans la logistique. Une filiale doit d’ailleurs voir le jour cette année encore en Afrique du Sud.

L’appareil de radiologie privilégie les composants mécaniques et utilise de l’électronique robuste afin de répondre aux conditions draconiennes des pays du Sud, comme les fortes variations de tension en cas d’orages. Car les équipements dernier cri qui équipent les hôpitaux occidentaux, conçus pour des environnements ultraprotégés, n’y résistent généralement pas, relève Bertrand Klaiber. En Afrique, ils sont trop fréquemment en panne, selon lui. L’appareil développé par sa start-up est garanti pour une durée de vie de six ans au minimum, avec une forte probabilité de fonctionner plus de dix ans, alors que l’OMS a constaté que la durée de vie actuelle est généralement inférieure à cinq ans.

Imagerie numérique

Pour la partie imagerie, Pristem développe un système numérique qui permet d’optimiser la qualité des images tout en réduisant les doses de rayons X et fournit un logiciel capable d’intégrer les nouveaux services d’intelligence artificielle pour l’aide au diagnostic. Tout en remplaçant les techniques traditionnelles de radiographie sur film, avec leurs nombreux défauts, l’imagerie digitale permet de transmettre les données médicales à distance et d’apporter une aide précieuse dans le diagnostic au médecin local. Le système est d’ailleurs optimisé pour fonctionner sur un réseau de télécommunication à faible bande passante.

Les chercheurs de l’EPFL s’attellent actuellement avec Pristem au second prototype du produit, afin de le conformer à son industrialisation. Il sera fonctionnel ce printemps pour passer à la phase de certification aux normes médicales helvétiques. «Nous voulons également le vendre en Suisse et en Europe afin de prouver sa haute qualité, justifie Bertrand Klaiber. Il n’y a pas de compromis sur la qualité d’image fournie, même si l’appareil se limite aux fonctions de base.» La start-up pense que certains acteurs de la santé de notre pays s’intéressent aussi à ce type d’équipement afin de réduire les coûts.

En attendant, Pristem – fondée fin 2015 – est en train de boucler une levée de fonds de 10 millions de francs. Elle lui permettra d’engager près d’une dizaine de personnes d’ici à l’automne, principalement des ingénieurs, de démarrer la production en série de son premier appareil médical et, d’ici deux ans, de le lancer sur les marchés émergents. Mais avec les chercheurs du labo EssentialTech, la jeune entreprise planche déjà sur d’autres équipements low cost, notamment pour l’échographie, ainsi que des couveuses. (24 heures)

Créé: 29.01.2018, 13h04

Un «couteau suisse de brousse» vital

«L’imagerie, couteau suisse de la médecine de brousse.» Cette image résume à elle seule l’importance vitale d’un équipement de radiologie fiable pour un hôpital disposant de faibles moyens en Afrique. C’est aussi le titre du livre de François Modoux, notre ex-confrère de 24 heures, nouveau délégué à la communication du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture, qui raconte l’aventure d’EssentialTech, «la réponse prometteuse de l’EPFL» à un vaste problème de santé qui touche des millions de personnes dans les pays pauvres. Il le décrit aussi à travers l’expérience d’une ONG vaudoise, FAM-Togo, qui fait fonctionner un dispensaire médical en soutenant des soignants fournissant des soins de base pouvant sauver des vies. Illustré par la photographe Odile Meylan, le livre (Éditions LED) apporte la conviction que le projet lausannois voit juste. Sachant l’importance du diagnostic dans la qualité des soins, et sachant que l’appareil de radiologie low cost né à l’EPFL peut répondre à 80% des besoins d’un hôpital de brousse, on mesure tout le potentiel de cette opération, qui réunit des acteurs de multiples horizons.
J.-M. C.

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