Le profil des start-up suisses enfin révélé

EntrepriseUne étude, publiée fin novembre, permet enfin de donner un visage à ce qu’elle a baptisé la «Deep Tech Nation Switzerland».

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Depuis plusieurs années maintenant, le terme «start-up» a le vent en poupe. À travers les licornes de la Silicon Valley en particulier, ces jeunes sociétés jouissent d’une notoriété sans précédent dans l’histoire économique. En Suisse, ce secteur affiche également une dynamique inédite avec la création annuelle de quelque 300 start-up depuis plusieurs années. À titre de comparaison, au sortir de la crise économique survenue suite à l’explosion de la bulle internet, 69 jeunes pousses sortaient de terre en 2002.

Malgré cet engouement, il n’existait jusqu’ici aucun panorama décrivant précisément ce secteur en Suisse. Depuis la fin du mois de novembre, la publication d’une première étude a comblé ce vide. En regroupant les diverses données disponibles (SECO, Crunchbase, Swiss Venture Capital Report, etc.) et grâce à l’apport scientifique de la HEC de l’Université de Lausanne, la fondation Startupticker.ch est parvenue à donner un visage à ce qu’elle a baptisé la «Deep Tech Nation Switzerland». Un visage aux traits bien spécifiques.

Un profil très industriel

Plusieurs éléments méconnus ressortent en effet de l’étude, à l’exemple du profil atypique des quelque 4000 start-up suisses recensées. Prenez l’informatique et internet. À l’origine des start-up les plus en vue du moment, telles qu’Airbnb, Uber ou Didi Chuxing (en Chine), ces deux secteurs sont peu exploités en Suisse. Seule exception: les fintechs. La notoriété de l’industrie financière helvétique, couplée à l’essor de la blockchain et des cryptomonnaies, offre à la Suisse une position dominante dans ce secteur.

Pour le reste, c’est dans des secteurs déjà clés de l’économie helvétique que les start-up s’illustrent le plus. Industrie des machines, sciences de la vie ou encore énergies renouvelables sont quelques exemples à l’origine du plus grand nombre de nouvelles entreprises.

Développement lent

Cette orientation particulière comprend toutefois son lot de bémols. Le premier résulte du temps nécessaire à une jeune entreprise suisse pour se développer. Alors que les licornes de la Silicon Valley cherchent à croître le plus rapidement possible, le rythme de développement de celles basées en Suisse est très lent, notamment en termes de création de postes de travail. En comparaison, par exemple, avec le codage d’une simple application pour smartphone, il est en effet beaucoup plus complexe de développer de nouvelles technologies industrielles.

L’aversion très helvétique pour le risque reste également un problème. Une prudence qui ne réduit pourtant pas la probabilité de vivre cette période critique baptisée «traversée du désert». D’après les données disponibles, ce moment où la société finit par faire faillite – faute de fonds ou de clientèle suffisante – survient le plus souvent lors de sa sixième année.

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Un écosystème jeune

Plus surprenant cette fois, les start-up suisses sont très peu enclines à procéder à un «exit», ce terme populaire au sein de la branche évoquant la revente de l’entreprise ou son entrée en Bourse. Elles sont en effet seulement 6% à avoir suivi cette voie ces dernières années, les autres s’étant simplement transformées en PME indépendantes.

Selon Michael Rockinger, professeur de finance à la HEC de l’Université de Lausanne, ce faible taux d’«exit» serait contre-productif. «Il faudrait arriver à un meilleur équilibre avec un plus grand nombre d’entrées en Bourse ou de rachats par un concurrent. Cette situation illustre le manque de volonté et de dynamisme de certaines start-up suisses pour partir à la conquête du monde», explique-t-il.

Selon l’étude, les «exit» seraient d’autant plus importants qu’ils contribueraient au renforcement du biotope existant. «Les entrepreneurs qui ont vendu avec succès leur start-up utilisent les bénéfices réalisés pour créer d’autres entreprises. Ils mettent sur pied des réseaux et investissent leurs ressources financières dans de nouveaux projets.» Les experts estiment toutefois que l’écosystème suisse reste très jeune et que des transformations plus classiques pourraient survenir ces prochaines années.

Pour autant toutefois que l’on cible les personnes aptes à entreprendre. Sur ce point, Rico Baldegger, directeur de la Haute École de gestion de Fribourg, mentionne un élément intéressant. Selon lui, les Mark Zuckerberg, Elon Musk, Steve Jobs et autres entrepreneurs emblématiques connus pour s’être lancés très jeunes restent l’exception. D’après le Global Entrepreneurship Monitor Switzerland, seuls 15,8% des 18-24 ans interrogés voient des opportunités entrepreneuriales dans leur environnement, alors que cela monte à 49,9% pour les 35-54 ans. Rico Baldegger en déduit que les programmes de financement actuels visent le mauvais groupe d’âge, et il appelle à une refonte du système de formation.

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Créé: 09.12.2018, 17h51

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