Le vice-président de Roche croit en une «Health Valley» lémanique

PharmaAndré Hoffmann, vice-président de Roche, croit au potentiel de la région dans les sciences de la vie

André HoffmannPour le vice-président de Roche, «les conditions-cadres sur l’arc lémanique sont absolument extraordinaires».?

André HoffmannPour le vice-président de Roche, «les conditions-cadres sur l’arc lémanique sont absolument extraordinaires».? Image: PATRICK MARTIN

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Alors que le cœur suisse de Roche se situe à Bâle, c’est pourtant sur l’arc lémanique qu’une partie de la famille Hoffmann-Oeri s’est installée. André Hoffmann, l’un des représentants de la 4e génération propriétaire du géant suisse de la pharma et actuel vice-président de son conseil d’administration, revient sur le potentiel de l’arc lémanique dans les sciences de la vie, la présence de sa famille dans la région et évoque les enjeux et les défis qui attendent le géant de la pharma en 2016, lui qui présente aujourd’hui ses résultats annuels. Entretien.

Qu’est-ce qui explique la présence de votre famille dans la région?

Mon père est natif de Bâle, mais il n’y a jamais vraiment habité. A l’âge de 20 ans, il est d’abord parti vivre en Camargue, en France. Puis il est venu s’installer dans le canton de Vaud.

Votre famille est toujours détentrice de la majorité des droits de vote de Roche. En quoi cet aspect familial est-il une force pour votre société?

La stabilité actionnariale me paraît être un élément fondamental pour une entreprise, car elle permet de plébisciter une vision basée sur le long terme et non le gain immédiat. Cette stabilité est d’autant plus importante dans une entreprise pharmaceutique telle que Roche, basée sur des cycles de développement de produits à très long terme.

Pour autant que les générations suivantes choisissent de poursuivre l’aventure. Qu’en est-il au sein de votre famille?

Je ne pourrais vous parler d’un avenir pour Roche sans envisager une telle suite. Il y a deux ans, nous avons harmonisé notre pacte d’actionnaires (ndlr: réunissant un total de 45% des actions du groupe) qui permet à ma famille de conserver le contrôle de la société. Aux membres de la quatrième génération, dont je fais partie, s’ajoutent désormais deux membres de la cinquième génération.

Comment expliquez-vous qu’aucun membre de votre famille ne soit présent au sein de l’exécutif de Roche?

Depuis les décès de mon arrière-grand-père, le fondateur de Roche, et de mon grand-père, plus aucun membre de la famille n’a en effet été actif dans la direction exécutive du groupe. Notre philosophie est que l’intérêt de nos 88'500 employés prime sur celui de ses principaux actionnaires.

En tant que vice-président de l’une des plus puissantes sociétés pharmas du monde, faites-vous partie de ceux qui croient au potentiel de la Health Valley lémanique?

Les conditions-cadres de cette région sont absolument extraordinaires. Elles regroupent l’un des meilleurs systèmes de santé du monde, une recherche de pointe avec notamment un vrai savoir-faire développé à l’EPFL (Ecole polytechnique fédérale de Lausanne) dans les micro- et nanotechnologies, mais également un système de financement permettant de développer de nouveaux médicaments. Cette coexistence de facteurs me permet de croire que ce terme de Health Valley lémanique n’est pas injustifié.

Pourtant de gros acteurs tels que Merck Serono, Shire, Alexion Pharma ont choisi de quitter ou de réduire fortement leur voilure autour du Léman. Roche pourrait-il profiter de cette opportunité pour y renforcer sa présence?

Nous allons chercher l’innovation là où elle se trouve dans le monde. Quant à renforcer notre présence en Suisse romande, aucun projet d’un bureau spécifique n’est à l’ordre du jour.

Combien Roche investit-il dans la recherche?

Nous avons consacré 8,9 milliards de francs en 2014 en «recherche et développement», dont quelque 25% sont destinés à notre centre bâlois (ndlr: Roche compte cinq autres centres de recherche dans le monde).

Étes-vous inquiets de la dégradation des conditions-cadres en Suisse?

Je ne suis pas un adepte de ces discours catastrophistes qui se résument à dire que tout va mal en Suisse. Au contraire, nous sommes dans un pays dans lequel il est possible d’entreprendre et de prendre des risques. Chez Roche, nous avons des valeurs et une culture centrée sur le patient que nous souhaitons continuer de défendre et qui ne dépendent pas de la décision de la Banque nationale suisse de maintenir ou non un taux plancher entre le franc et l’euro.

Au-delà du franc fort, il y a cette échéance en 2017 avec l’entrée en vigueur de l’initiative votée par le peuple sur l’immigration de masse…

Si la mise en place de cette votation venait à limiter notre capacité à recruter des chercheurs étrangers, nous serions effectivement confrontés à un problème existentiel. Notre devoir entrepreneurial pour la pérennité de notre entreprise est d’avoir accès à la recherche la plus pointue, et cela où qu’elle se situe dans le monde.

Pourriez-vous aller jusqu’à envisager une délocalisation de votre groupe?

Non, cette hypothèse équivaudrait à mettre à la poubelle cent vingt ans d’histoire. On en revient d’ailleurs à cet aspect «entreprise familiale»: nous tenons à notre ancrage bâlois. Je n’ai d’ailleurs pas encore perdu l’espoir que nous aboutissions à une solution acceptable pour tous.

Contrairement à certains concurrents, vous êtes resté hors du marché des génériques. Pour quelles raisons?

Nous préférons concentrer nos moyens sur notre marché de prédilection qui est l’innovation et la production de nouveaux produits. Une fois que nous perdons l’exclusivité de leur exploitation, que nos brevets ne sont plus protégés et retombent dans le public, nous considérons que nous sortons de notre core business et du métier dans lequel nous sommes le plus à l’aise.

Quel sera le grand défi pour Roche en 2016?

Notre principal challenge sera justement de continuer à mettre sur le marché de nouveaux médicaments. Pour 2016, notre pipeline de produits en phase III (ndlr: la dernière avant sa commercialisation) s’annonce prometteur.

Créé: 28.01.2016, 11h11

Roche, première entreprise familiale de Suisse

Roche est la plus importante firme familiale de Suisse. En tout cas, c’est ce qu’affirmait, au printemps de l’année dernière, le Global Family Business Index, recensant les 100 plus importantes entreprises familiales du monde (en termes de revenus). A cette époque, le géant de la pharma arrivait à la 20e place de ce classement, loin devant le géant schwytzois du transport et de la logistique Kühne + Nagel (74e), le groupe d’emballage basé à Pully (VD) Tetra Laval (77e) et le groupe horloger genevois Compagnie Financière Richemont (99e).
Ces quatre exemples remettent toutefois en lumière le fait que la Suisse compte un grand nombre de sociétés familiales. Selon une étude de l’Université de Saint-Gall, réalisée en collaboration avec Ernst & Young et remontant au printemps dernier, 88% des entreprises du pays sont entre les mains d’une ou de plusieurs familles. Si cette tendance dépasse la moyenne européenne qui se situe entre 70% et 80%, elle est par contre inférieure à la moyenne américaine (environ 90%).

En ce qui concerne Roche, la première entreprise familiale de Suisse, elle a été fondée le 1er octobre 1896 par Fritz Hoffmann-La Roche, alors âgé de 28 printemps. «Il était parmi les premiers à comprendre que la fabrication industrielle de médicaments serait une avancée majeure dans la lutte contre la maladie», peut-on lire sur le site du groupe. Depuis, le destin de la société est resté entre les mains de la discrète famille Hoffmann-Oeri, constituée des descendants de Fritz Hoffmann-La Roche. Un pacte d’actionnaires les lie depuis 1948 et leur permet, grâce aux quelque 45% de droits de vote qu’ils représentent (environ 9% du capital selon Bilan), de conserver le contrôle de l’entreprise. D’après la dernière liste des «300 plus riches de Suisse» de Bilan, la fortune de la famille est estimée entre 25 et 26 milliards de francs.
O.W.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.