Passer au contenu principal

Des serres entières de fleurs à l’abandon dans le Chablais

Fleuristes et garden centers fermés: 200’000 tiges de tulipes, renoncules et freesias sont perdues chez Crousaz Fleurs.

Jean-Marc Crousaz admire avec tristesse les parterres de tulipes perdues à cause de la pandémie.
Jean-Marc Crousaz admire avec tristesse les parterres de tulipes perdues à cause de la pandémie.
Vanessa Cardoso

Dans les énormes serres de Crousaz Fleurs à Yvorne, les tulipes, les renoncules et les freesias sont en pleine floraison. Des milliers et des milliers de tiges s’ouvrent aux couleurs qui annoncent le printemps. Dans quelques jours, les tulipes seront toutes en fleur. Pourtant, c’est la désolation qui se lit sur le visage de Jean-Marc Crousaz. Prêtes à être coupées, les fleurs printanières seront toutes ou presque perdues. A cause du coronavirus qui obligent fleuristes et garden centers à mettre la clé sous le paillasson le temps que durera le confinement

«Cela fait mal au coeur. J’ai calculé que 200'000 à 250'000 tiges seront perdues, pour autant qu’on puisse recommencer à distribuer nos plantes début mai. C’est le mois le plus important de l’année pour nous, remarque-t-il, partagé entre la crainte et un maigre espoir. C’est pour cela que je me bats afin que les gens restent chez eux. C’est frustrant de voir des voisins sur la terrasse boire l’apéro tous ensemble» .

Employés en congé forcé

Jean-Marc Crousaz est à la tête d’un des plus importants fournisseurs de fleurs coupées en Suisse romande. Une centaine de variétés poussent sur ses terrains du Chablais qui s’étendent sur 200’000 m2, dont le quart est couvert. Le site comprend une vingtaine de grandes serres en verre et une trentaine de tunnels recouverts de plastiques, de 400 m2 chacun. Il a déjà dû se résoudre à mettre en congé une bonne partie des 55 collaborateurs, dont une trentaine à la vente, et à demander le chômage partiel. Il ne reste que 16 personnes pour arroser et gérer les cultures.

Ceux-ci tentent de ralentir les tulipes en plaçant une partie - près de 80'000 - dans les halles frigorifiques utilisées en principe pour l’hivernage des bulbes. Mais sans trop se faire d’illusions pour elles. Certaines fleurs, comme les roses et les gerberas, ont été taillées afin de repousser leur floraison. Les employés encore présents plantent toutefois des fleurs coupées estivales telles que les gueules de loup et mufliers en espérant que le vent tourne. Le patron de Crousaz Fleurs veut encore y croire. Il estime qu’il va perdre entre 200'000 et 300'000 francs de chiffre d’affaires, au minimum 5%. Mais si le mois de mai devait être gommé du calendrier - avec ses 16'000m2 de pivoines attendues chez lui – la perte s’élèverait à près du double. «Ce serait grave, dit-il. La plupart des producteurs horticoles risquent d’être en péril».

Pire que la grêle

Même les catastrophes naturelles, comme la grêle qui a dévasté ses installations il y a une dizaine d’années, n’ont pas eu de si terribles conséquences. Malgré tout, après le choc de l’annonce des mesures de restrictions, il relativise: «dans mon entourage, personne n’est malade». Et il fait en sorte que cela continue. Il a renvoyé à la maison son père âgé de plus de 70 ans , toujours actif sur le domaine. Tout comme son chef de culture, encore plus âgé, interdit de visite lui qui vient normalement tous les jours - samedi-dimanche compris - jeter un oeil sur les cultures et les serres. Cela fait 58 ans qu’il travaille dans l’entreprise horticole. Il a débuté à l’âge de 17 ans avec le grand-père, Maurice Crousaz qui a fondé la société en 1942 à Paudex Il vendait alors dahlias, chrysanthèmes et légumes au marché de Lausanne. Son fils Georges s’est installé en 1970 à Yvorne dans la plaine du Rhône.

Bouquets à des personnes en fin de vie

Aujourd’hui, l’entreprise familiale compte environ 400 clients, dont beaucoup de fleuristes indépendants qui se retrouvent dans la même galère. Jean-Marc Crousaz indique que seule une vingtaine propose de la vente à la livraison. Même s’il espère que certains pourront accroître leurs ventes en ligne, cela représente aujourd’hui à peine 2% du chiffre d’affaires. En attendant des jours meilleurs, il soutient ceux qui ont des idées originales et touchantes. Comme la Boutique Calice, magasin de fleurs à Ollon, à qui il a donné les fleurs pour créer une vingtaine de bouquets offerts aux résidants de la maison Rive-Neuve à Blonay, des personnes âgées en fin de vie. Ces ornements de tulipes, gerbéras, freesias et renoncules sont «un peu de lumière du soleil dans chacune des chambres», relève Patricia Studer, sa propriétaire.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.