Passer au contenu principal

Le tailleur de pierres d’horlogerie Robellaz fait dans la dentelle

Depuis sa reprise en 2015, l’entreprise installée aujourd’hui à Yverdon tourne en mode accéléré dans un marché sous tension.

Le pierriste Robellaz, à Yverdon, travaille avec des machines mécaniques très traditionnelles. Cette sous-traitance requiert encore beaucoup de savoir-faire manuel.
Le pierriste Robellaz, à Yverdon, travaille avec des machines mécaniques très traditionnelles. Cette sous-traitance requiert encore beaucoup de savoir-faire manuel.
Jean-Paul Guinnard

Le pierriste, ce tailleur de pierres fines indispensables au fonctionnement de la montre, est un métier à part dans le monde de la sous-traitance horlogère. Forte d’une longue histoire, la société Robellaz, à Yverdon-les-Bains, exerce encore cette activité rare mais n’est pas toujours valorisée. L’entreprise, reprise en 2015 par Incabloc à La Chaux-de-Fonds, croit toutefois en l’avenir de cette spécialisation et prévoit même de croître fortement.

À observer les différentes étapes de la chaîne de production des pierres horlogères ou industrielles fabriquées dans l’usine d’Yverdon, on réalise que cette activité tient plus de la dentelle que de la sous-traitance la plus pointue à l’heure actuelle, très automatisée et numérisée. La fabrication de ces petites pierres synthétiques consiste en une suite d’opérations aussi minutieuses que précises réalisées tant manuellement que sur des machines-outils qui trahissent un autre âge.

«Ici, nous sommes sur un métier extrêmement traditionnel, remarque le chef de production Stéphane Girard. Tous les fabricants de pierres ont les mêmes machines. Apparemment, les anciens ont bien fait les choses!» Il désigne des installations de petite taille, se mouvant tel un ballet mécanique saccadé, et servant à l’usinage de haute précision de petits trous. De couleur vert militaire, elles remontent sans doute aux années 60, mais elles ont toutes été retapées et équipées d’un minimum d’électronique.

Dans le très petit

Dans l’atelier, on découvre des machines de perçage, de grandissage, de rectification des formes concaves et convexes, opération guidée par fil et polissage. Avec leur outil diamant, les premières permettent de percer un orifice extrêmement précis et petit – jusqu’à 2 centièmes de mm dans une pièce de 0,5 mm de diamètre extérieur – dans des matériaux durs et extradurs tels que rubis et saphir. Les trous dans les pièces sont ensuite agrandis (de 0,02 à 0,05 mm). Les pierres horlogères destinées à supporter les axes de mouvement sont peaufinées sous tous les angles pour minimiser les frottements et donc l’énergie nécessaire à faire fonctionner la montre.

Pour l’heure, aucune autre machine n’est en mesure de travailler de façon si fiable dans un espace si petit. De plus, cette chaîne de production traditionnelle tourne à haute cadence. La meule de diamant, qui fait l’usinage du diamètre extérieur des pierres, traite plus de 2000 pièces à la fois! Le plus étonnant est que les contrôles sont encore visuels et manuels. Une telle activité requiert toutefois un savoir-faire qu’on n’imagine pas acquérir sur les bancs d’écoles, même techniques. «Il y a passablement de marques horlogères qui auraient de la peine à exister sans cette production», observe Wilfred Zutter propriétaire et directeur général d’Incabloc, qui a constitué un petit groupe de sous-traitance horlogère en reprenant plusieurs sociétés, dont Robellaz & Cie SA, qui était alors à Sainte-Croix.

Objectif: tripler la production

Incabloc fabrique des systèmes antichocs destinés aux mouvements mécaniques de montres qui protègent les axes de balanciers qui assurent la précision de l’heure. «En tant que fournisseur, nous sommes un gros consommateur de pierres d’horlogerie. Pour la continuité de notre activité et vu la situation des pierristes en Suisse, j’ai pris les devants pour assurer la production – en volume et en qualité – à l’interne, dit-il pour expliquer l’acquisition de Robellaz. Pour autant, le groupe des hauts du canton de Neuchâtel se fournit encore auprès d’autres producteurs de pierres. Le directeur général a toutefois passablement augmenté la production de la filiale d’Yverdon, dont l’effectif a plus que doublé pour compter maintenant 17 employés sur les 80 du groupe Incabloc.

Wilfred Zutter ne compte pas s’arrêter là, puisque après avoir doublé la production entre 2018 et 2019, il compte encore la tripler depuis cette année! Il ne cache toutefois pas que Robellaz commence à être à l’étroit dans son site, qui a aussi des problèmes de stabilité de la température ambiante. Il réfléchit dès lors à un nouvel emplacement. On comprend que pour des raisons pratiques et de coûts, la maison fondée par Jules Robellaz à Sainte-Croix en 1902 pourrait dès lors déménager à La Chaux-de-Fonds.

Rubis adaptés au médical

Depuis des décennies, et surtout à cause de la grande crise horlogère due à l’arrivée du quartz, l’entreprise produit des pierres industrielles destinées à divers secteurs de microtechnique. Aujourd’hui, ce sont par exemple les domaines de l’impression à jet d’encre, des machines (découpe à jet d’eau), aéronautique, automobile ou médical. Les pierres percées – d’un diamètre un peu plus grand que pour l’horlogerie – sont généralement intégrées à une buse ou un corps métallique permettant de mesurer et contrôler le débit de certains liquides. Plusieurs matériaux extradurs sont utilisés comme le carbure de tungstène et les céramiques. Mais Wilfred Zutter note que le médical utilise essentiellement le rubis et le saphir, extrêmement biocompatibles.

L’entrepreneur est serein pour l’avenir de la branche de l’horlogerie mécanique suisse dont le chiffre d’affaires continue de croître. Mais comme sous-traitant appelé à produire des volumes, il est moins rassuré car ceux-ci sont en baisse. Et si l’horlogerie représente 80% du volume produit chez Robellaz, le chiffre d’affaires de ce domaine d’activité ne dépasse pas 50%. La preuve pour Wilfred Zutter, que pierriste est le «métier du pauvre de l’horlogerie. Les marques doivent faire attention de ne pas étouffer les sous-traitants en tirant les prix vers le bas. Leur disparition ne serait souhaitable pour personne.»

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.