Le tout-puissant Bolloré

PortraitLe patron français, surnommé «Smiling Killer», est un redoutable homme d’affaires.

Etre dans les bonnes grâces du milliardaire français peut toutefois s’avérer très dangereux. Car en affaires, l’homme n’a aucun scrupule à poignarder ses connaissances dans le dos.

Etre dans les bonnes grâces du milliardaire français peut toutefois s’avérer très dangereux. Car en affaires, l’homme n’a aucun scrupule à poignarder ses connaissances dans le dos. Image: Reuters

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«Chef d’un camp de gitans», «Pirate du capitalisme», «Petit prince du cash-flow», «Poulie bretonne» ou encore «Smiling Killer»… Les surnoms donnés à Vincent Bolloré par ses compatriotes sont légion. L’aura que dégage l’homme d’affaires français, connu pour être aussi impitoyable que redoutable en affaires, a même monté d’un cran l’an dernier suite à sa mainmise sur Canal+. Portrait d’un bâtisseur d’empire autant détesté que vénéré.

«La méthode Bolloré»

Détenteur selon Forbes de la onzième fortune de France, avec 5,4 milliards de dollars, Vincent Bolloré aime rappeler d’où il vient. Plus précisément ses premiers pas comme entrepreneur, lorsqu’en 1981, alors banquier de 29 ans au sein de la Compagnie financière Edmond de Rothschild, il rachète pour deux francs symboliques la papeterie familiale au bord de la faillite. Avec son frère, Michel-Yves Bolloré, il recentre avec succès la société vers les papiers fins (filtres à cigarettes OCB, sachets de thé), puis vers les films plastiques ultrafins utilisés par l’industrie des condensateurs.

Cette reprise – à l’origine de son empire – illustre surtout ce que des analystes appellent la «méthode Bolloré». Elle se résume à cibler des entreprises en difficulté puis à en acquérir une part du capital suffisamment conséquente pour influencer leur direction et y commencer «le nettoyage».

Vincent Bolloré est loin d’être un actionnaire passif. «Il veut tout voir, tout comprendre, tout contrôler», affirmait René-Georges Querry, ex-directeur d’Autolib’ (service public d’autopartage de voitures électriques appartenant au groupe Bolloré), aux journalistes de Complément d’enquête sur France 2. Avec Alain Minc, Laurent Dassault ou Bernard Poignant (un proche de François Hollande), ce dernier peut se targuer de faire partie de la garde rapprochée de Vincent Bolloré.

Les «victimes» du patron breton

Etre dans les bonnes grâces du milliardaire français peut toutefois se révéler dangereux. Car en affaires, l’homme n’a aucun scrupule à poignarder ses connaissances dans le dos. En 1996, le comte Edouard de Ribes, patriarche de la Banque Rivaud, en a fait l’amère expérience. En deux mois, celui que le comte présentait comme son «fils spirituel» tue le père en lui ravissant son groupe en difficulté.

Un an plus tard, il échoue par contre à prendre le contrôle de Bouygues (actif dans les télécoms, l’immobilier ou la télévision avec TF1) malgré une tentative de déstabilisation de Martin Bouygues. Depuis, les deux hommes se haïssent. «Bolloré m’a pris pour un con. Mais je ne me suis pas laissé faire (…). Dans toute cette affaire, il s’est comporté comme un voyou. Il m’a roulé, trompé et humilié», s’insurgeait à l’époque le patron français dans le magazine Challenge.

A noter que l’opération n’est qu’un semi-échec pour le «Smiling Killer», puisque la revente de ses parts dans le capital de Bouygues lui rapporte 230 millions d’euros. D’autres incursions boursières, sur Pathé (120 millions de bénéfices) ou sur Rue Impériale de Lyon (290 millions de recettes), finissent de forger sa réputation de raider (spécialiste des OPA hostiles).

Quant à son coup de force le plus notable, il remonte à 2005. Vincent Bolloré s’attaque alors directement à la direction du groupe publicitaire Havas. En quelques heures, dans le cadre de l’assemblée générale, le nouvel actionnaire retourne la salle et parvient à balayer le conseil d’administration, dont son président, Alain de Pouzilhac, contraint de démissionner. Une tête de plus à mettre au palmarès de l’entrepreneur français. Et de loin pas la dernière.

Après trente-cinq ans de carrière, les «victimes» continuent de s’amonceler dans le sillage de Bolloré. Les dernières en date: les trente cadres de Canal+ licenciés peu après la prise de contrôle de la chaîne par Vivendi l’année dernière. Même son grand patron, Bertrand Meheut, n’a pas échappé à la curée menée par le Breton. «La direction d’une grande maison mérite un peu de terreur», peut-on lire dans le procès-verbal du comité d’entreprise tenu en septembre 2015.

Vivendi, son cheval de bataille

Depuis quelques années, le 2e groupe de divertissement du monde (derrière Disney) représente le dernier cheval de bataille de Vincent Bolloré. Après avoir acquis une majorité des actions du groupe (14,52% du capital) pour 4 milliards d’euros, il en devient le patron en 2014. Pour en faire quoi? La question reste ouverte. Car après avoir liquidé SFR pour 17 milliards, GVT et Maroc Telecom pour 9 milliards et Activision Blizzard pour 8 milliards dans le but de recentrer le groupe sur Canal+ et Universal Music, il fait marche arrière. Ces derniers mois, en plus de racheter DailyMotion, l’homme d’affaires a acquis de grosses positions dans Telecom Italia, Ubisoft, Gameloft, Mediaset ou encore la Fnac.

Libération avertissait en mars du rachat d’actions conséquent auquel procède le groupe (pour être détruites) et de la mise en place d’une politique généreuse de dividendes en 2015. En agissant de la sorte, Vincent Bolloré pourrait vite voir ses parts dans Vivendi augmenter (sans débourser un centime supplémentaire), tout en s’octroyant des centaines de millions d’euros de dividendes.

Cette générosité envers les actionnaires du groupe tombe mal. Elle survient au moment où le Breton met la pression sur la chaîne cryptée. «Il y a un moment où il faudra couper le robinet. Vivendi ne pourra pas apporter de l’argent indéfiniment à Canal+», menaçait le patron lors de l’assemblée générale du groupe.

Le cœur africain de son empire

Si Vincent Bolloré s’est bâti un empire en Europe, il ne faut pas oublier son pendant africain. Car c’est de là qu’il a puisé une partie des ressources financières nécessaires pour conquérir le Vieux-Continent. «Bolloré l’Africain» doit une grosse partie de sa fortune à sa mainmise progressive sur l’Afrique. Si le continent noir ne représente que 25% des ventes globales du groupe Bolloré, il lui rapporte 80% de ses bénéfices. En marge de ses exploitations d’huile de palme ou de caoutchouc (un héritage de la Banque Rivaud), c’est essentiellement grâce au stockage et au transport de marchandises que l’homme d’affaires est devenu incontournable en Afrique. Bolloré Africa Logistics est le premier opérateur portuaire du continent, avec 16 terminaux.

Agé de 64 ans, Vincent Bolloré devrait se retirer des affaires en 2022. Il assure en effet vouloir prendre sa retraite cette année-là et confier les rênes de son empire à ses enfants. Mais d’ici là, il est fort probable que le milliardaire continue de sévir et élargisse un peu plus la liste de ses «victimes».

Créé: 31.05.2016, 12h18

L'Empire Bolloré

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