Turkish se profile comme un puissant allié de Swiss

Transport aérienLa compagnie turque pourrait enfin devenir un allié clé de Lufthansa et de Swiss face à la concurrence, redoutable mais peu loyale à leurs yeux, d’Emirates, d’Etihad et de Qatar Airways.

Un appareil de Turkish Airlines atterrit à Cointrin

Un appareil de Turkish Airlines atterrit à Cointrin Image: AFP

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Souvenez-vous! Swiss International Air Lines Ltd et sa maison mère, Lufthansa Group, souffrent de la concurrence, peu loyale à leurs yeux, des trois principales compagnies du Moyen-Orient: Emirates, Etihad et Qatar Airways. Le 17 juin 2014, le transporteur allemand et sa filiale bâloise avaient sollicité l’intervention du commissaire européen aux Transports, l’Estonien Slim Kallas. Aujourd’hui, Turkish Airlines se profile comme un puissant allié imminent de Swiss et Lufthansa face aux trois géants du Golfe. La compagnie à l’oie sauvage (le logo), membre de Star Alliance, prétend en effet surpasser ses trois grands rivaux du Golfe.

«Nous prévoyons d’emménager dans notre nouveau hub en octobre 2017. Ce sera un aéroport plus grand que tous ceux du Moyen-Orient. Ce sera peut-être même le plus grand du monde. Nous construisons en effet quelque chose d’immense à Istanbul pour relier en priorité l’Europe à l’Afrique, au Moyen et à l’Extrême-Orient. A cette fin, nous disposons d’une position nettement meilleure que celle des compagnies du Golfe», nous confiait le président du directoire de Turkish Airlines, Temel Kotil, la semaine dernière, sur une terrasse proche de la Mosquée bleue (Sultanahmet Camii).

L’ingénieur en aéronautique ne laisse guère de doute sur l’ampleur et l’orientation de ses ambitions: «Turkish Airlines est une compagnie unique depuis que son réseau dépasse largement celui de ses consœurs du Golfe.» C’est une question de savoir-faire, certes. Mais pas seulement. «Notre offre actuelle de 277 destinations, réparties dans près d’une centaine de pays, couvre déjà l’ensemble du monde. En ce sens, la localisation d’Istanbul sur la planète constitue la meilleure solution», prévient Temel Kotil.

Ce message laisse présager une lutte sans merci sur les marchés les plus porteurs de croissance: Extrême-Orient, sous-continent indien et Afrique. A Dubaï, l’aéroport international Al-Maktoum est déjà entré en fonction l’an dernier. Comme celui de Hamad, à Doha. Le premier a nécessité un investissement de plus de 31 milliards de francs. La construction du second aurait coûté plus de 15 milliards et la réalisation du troisième dans la ville d’Istanbul est devisée à environ 33 milliards. Les capacités de ces établissements, ouverts jour et nuit, dépassent de loin celles de leurs plus importants confrères actuels: à Atlanta, Pékin, Londres-Heahtrow, Tokyo, Roissy-Charles-de-Gaulle ou Francfort.

A propos des futures relations entre Swiss, Lufthansa et Turkish Airlines, une question de fond subsiste néanmoins: ces trois éminents membres de Star Alliance pourront-ils retrouver leur grande coopération d’antan? Comment oublier en effet que, depuis le 30 mars 2014, les deux premières compagnies ne veulent plus exploiter de vols en codes partagés avec leur consœur orientale? Au sujet de cette décision, Swiss invoquait à l’époque «une performance insuffisante». Boris Ogursky, porte-parole de Lufthansa, apportait une précision supplémentaire: «Nous avons en plus limité notre coopération dans le système de primes de fidélité au bénéfice des passagers.»

De tels propos laissent supposer un relatif refroidissement entre les trois partenaires. «A ce jour, la situation n’a pas changé. A intervalles réguliers, nous effectuons une évaluation commerciale de nos coopérations existantes et potentielles», relève Meike Fuhlrott, porte-parole de Swiss. Son homologue de Lufthansa, Martin Riecken, assure que les transporteurs allemand et turc continuent de tout faire ensemble afin d’assurer à leurs passagers des voyages sans difficulté sur leurs réseaux respectifs.

Et Temel Kotil nous a confirmé sa volonté, dans la même logique de partenariat entre membres de Star Alliance, de soutenir Swiss et Lufthansa face aux concurrents du Golfe. Contactées par nos soins, les compagnies suisse et allemande n’ont pas voulu réagir à ces offres du PDG de Turkish Airlines.

La perspective de liens de plus en plus étroits entre ces trois compagnies paraît néanmoins inéluctable. Leurs consœurs Emirates, Qatar et Etihad Airways dominent de plus en plus la planète du transport aérien. La première continue d’évoluer en solo et mise sur son indépendance. La seconde est intégrée depuis 2013 au sein de l’alliance One World et est actuellement le principal actionnaire d’International Consolidated Airlines Group (IAG), holding propriétaire, entre autres, de British Airways. De son côté, Air France/KLM étudie les perspectives d’une entreprise commune avec Etihad Airways, comme nous l’a confirmé en juillet Alexandre de Juniac, le PDG du groupe franco-batave.

Dans ce contexte, la présence de Turkish Airlines au sein de Star Alliance apparaît comme un atout crucial pour Swiss et Lufthansa. D’autant plus que ses coûts fixes sont 30% inférieurs à la moyenne de ceux des compagnies européennes. «Quoi que les directions de Lufthansa et de Swiss déclarent ou ne déclarent pas, elles ne sauraient rester complètement indifférentes aux appels du pied du PDG de Turkish Airlines», estime Pierre Condom, expert aéronautique indépendant.

Créé: 17.09.2015, 07h16

Nouveau pdg pour Swiss

Lufthansa Group a nommé hier un nouveau président du directoire à la tête de sa filiale bâloise Swiss International Air Lines Ltd: Thomas Klühr, un proche du directeur général de Lufthansa, Carsten Spohr. En février, il succédera à Harry Hohmeister, lui-même entré en fonction en juillet 2009. Le nouveau, comme l’ancien, provient du management de Lufthansa.

Harry Hohmeister gardera une place particulière dans la mémoire des milliers d’employés actifs à Genève Aéroport. Le 12 novembre 2012, il s’était en effet déplacé au bout du Léman pour y annoncer l’ouverture d’une base opérationnelle de Swiss. Ce projet devait faire passer les effectifs de la filiale de Lufthansa basés à Genève de 81 à 320 collaborateurs à la fin de l’an dernier.

Arrivé chez Swiss en janvier 2005, Harry Hohmeister a en plus marqué les esprits par ses performances. Au cours de l’année de son entrée en fonction comme PDG, le transporteur à croix blanche avait réussi un chiffre d’affaires de 4,4 milliards de francs. Et les ventes ont atteint 5,21 milliards l’an passé.

Cette croissance n’a pas nui non plus à la rentabilité de l’entreprise. L’année dernière, elle a dégagé un bénéfice opérationnel de 347 millions, contre 146 millions en 2009. Et cette année-là, déjà, Swiss apparaissait comme l’unité la plus rentable de Lufthansa et battait les records de Swissair en nombre de passagers transportés.
P. RK

L'attrait de Genève Aéroport

Avec 277 destinations, réparties dans près d’une centaine de pays, le réseau de Turkish Airlines couvre certes déjà toute la planète. Cette compagnie, dont l’Etat turc détient près de la moitié du capital, trahit néanmoins un faible incontestable pour le bout du Léman.

Depuis l’apparition de ses aéronefs sur le tarmac de Genève Aéroport, en 2009, la cadence des vols Istanbul-Genève est passée de 10 à 21 par semaine. En tout, en comptant les vols sur les trois principaux aéroports suisses, les voyageurs disposent de 9 liaisons entre la patrie de Guillaume Tell et Istanbul, chaque jour.

La clientèle romande de Turkish Airlines est autant portée sur le business que sur les vacances. Deux atouts majeurs attirent actuellement des passagers dans les avions de cette compagnie, fondée en 1933: l’énorme dimension de son réseau et sa filiale spécialisée dans le catering (restauration à bord), Do & Co.

Ses cuisiniers, officiant en business class et en tenue (tabliers de cuisine et grandes toques blanches de rigueur!), sont régulièrement les lauréats de compétitions internationales dans la branche du transport aérien. Même quelques-uns des plus virulents concurrents de Turkish Airlines mandatent Do & Co pour leurs vols ou leurs lounges. A l’instar d’Emirates, Qatar Airways, British Airways ou Air France.
P. RK

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