L’essor du cloud 100% local profite aux sociétés suisses

Données informatiquesGéants américains et acteurs locaux ont commencé à se partager les parts d’un marché en plein boom.

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Concilier sa souveraineté digitale sans nuire aux nécessités du marché… Ce rêve, la Suisse le partage avec de nombreux autres pays. Face aux géants américains aux moyens illimités, l’objectif peut apparaître hors d’atteinte. Et pourtant, quelques sociétés locales parviennent à faire de ce rêve une réalité en s’illustrant dans un domaine bien spécifique: celui du cloud («nuage» en français).

Dans un monde submergé de données de toutes sortes, cette transition vers le cloud est au cœur d’un des plus grands enjeux technologiques du XXIe siècle. Mais en réalité, ce nuage voile l’existence de centres gigantesques, composés de milliers de serveurs pouvant héberger des trillions de données. Fin 2018, on en dénombrait 430 dans le monde, un nombre en augmentation constante.

La localisation de ces centres est devenue de plus en plus importante aux yeux du public, suite à plusieurs vols massifs de données ou l’apparition de nouvelles législations, à l’exemple du Cloud Act élaboré par l’administration Trump.

Même si de nombreuses zones d’ombre subsistent en ce qui concerne l’application concrète de cette loi, son principe de base se résume assez simplement: en cas de procédures judiciaires, les entreprises actives aux États-Unis pourraient être contraintes de fournir à la justice américaine les données demandées, et cela où qu’elles soient stockées dans le monde.

Offre de «cloud» en Suisse

Pour réduire ces risques, de plus en plus de pays estiment que les nuages – du moins ceux contenant les données les plus sensibles –, devront uniquement survoler leur territoire. Du coup, beaucoup de groupes actifs dans le cloud ont commencé à jouer la carte «infrastructure locale», à commencer par Swisscom et son offre myCloud. «Nous conservons les données – dont la transmission est de surcroît cryptée – exclusivement dans des centres de données basés en Suisse», peut-on lire sur la page d’accueil destinée spécialement à ce service.

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Mais Swisscom est loin d’être le seul acteur local à profiter de l’essor de cette technologie. Le groupe Elca a développé son offre de cloud 100% suisse afin de pouvoir héberger les données les plus sensibles de ses clients. «Un véritable succès», au dire de son CEO Cédric Moret. Le patron estime que le cloud représentait déjà 10% des 170 millions de revenus d’Elca en 2019. «Et la demande explose, tant les besoins sont grands au sein du monde entrepreneurial en Suisse», assure-t-il. De récentes statistiques montraient en effet que 68% de sociétés conservent encore leurs données sur site.

Au vu d’un tel potentiel, Infomaniak a placé le cloud au cœur de son nouveau défi entrepreneurial. Magasin de ventes d’ordinateurs à l’origine, la société genevoise vient d’investir 6 millions de francs dans kDrive, son système de stockage et d’édition de fichiers en ligne lancé début février. «Dans cinq ans, notre objectif est qu’il représente la moitié de nos revenus (ndlr: plus de 21 millions de francs en 2019)», indique le responsable de la communication, Thomas Jacobsen.

Concurrence américaine

Face à la montée en puissance d’une telle offre locale, les géants américains n’ont pas pour autant dit leur dernier mot et comptent bien, eux aussi, s’octroyer quelques parts du marché suisse. Pour rassurer, ils ont adopté une stratégie similaire en ouvrant des sites en Suisse. Si l’année dernière a été particulièrement active avec l’arrivée de Google et de Microsoft, c’est désormais Amazon Web Services qui est attendu en 2020. Malgré la discrétion du leader actuel du marché, selon le quotidien alémanique «Der Landbote», un centre de données gigantesque serait en construction à Winterthur. Tout cela pour la bagatelle de 60,9 millions de francs.

Cette concurrence ne semble pas affoler plus que cela les acteurs suisses. «Nous sommes plus complémentaires que concurrents puisque notre approche est multicloud. En résumé, cela signifie que si les données les plus sensibles sont bien stockées et protégées dans nos propres serveurs, les autres sont hébergées par les géants du cloud», explique Cédric Moret.

Le responsable de la communication d’Infomaniak rajoute que contrairement aux Américains qui démarrent par des offres gratuites avant d’augmenter drastiquement les prix, sa société préfère dès le départ être claire et juste en termes de tarifs.

Risque zéro?

Reste la grande question: ce cloud 100% suisse est-il vraiment plus sûr? Alors que les Européens et les Suisses s’inquiètent de la volonté américaine de briser les frontières, un expert de cybersécurité rappelait dans une chronique pour «Bilan» que «les plus grandes menaces pour nos données ne sont pas les gouvernements (qui souhaiteraient effectuer des perquisitions légales), mais les hackers et le crime organisé».

Pour augmenter la sécurité des systèmes de cloud d’Elca, Cédric Moret explique que son groupe œuvre à former au mieux ses clients. «Nous prenons aussi en compte la nature des composants que nous utilisons pour nos systèmes de Cloud afin d’éviter d’éventuelles brèches. Maintenant, le risque zéro n’existe pas, surtout lorsqu’il est le plus souvent de nature humaine.»

Créé: 11.02.2020, 07h02

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