Macron veut remettre le patron de Renault à sa place

FranceLe ministre de l'Economie a menacé de «légiférer» après le maintien du salaire du PDG du groupe, Carlos Ghosn.

Emmanuel Macron ce 3 mai 2016.

Emmanuel Macron ce 3 mai 2016. Image: Reuters

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Le ministre de l'Économie Emmanuel Macron a accru mardi la pression sur Renault, en menaçant de légiférer sur la rémunération des grands patrons si le groupe ne tirait pas les conséquences pour 2016 du vote négatif des actionnaires sur la rémunération de Carlos Ghosn.

Le conseil d'administration du groupe au losange a décidé vendredi de maintenir la rémunération de M. Ghosn pour l'année 2015 en dépit du vote consultatif des actionnaires (dont l'État qui détient 20% de l'ex-régie nationale), qui se sont prononcés contre à 54,12%.

Il a toutefois annoncé avoir chargé le comité des rémunérations «de la mission d'examiner les évolutions utiles de la structure de rémunération pour les années 2016 et suivantes».

8 millions de francs

Carlos Ghosn a gagné l'an dernier 7,251 millions d'euros (près de 8 millions de francs) au titre de PDG de Renault, dont 1,737 million en numéraire. Il va également percevoir une rémunération en qualité de PDG de Nissan, ce qui devrait porter sa rémunération totale à plus de 15 millions d'euros (16,4 millions de francs).

Interrogé sur le sujet face aux députés, Emmanuel Macron a rappelé mardi que le gouvernement avait fait jusqu'ici le choix de «ne pas légiférer sur le sujet», sans préciser s'il faisait référence à toutes les entreprises ou seulement à celles dont l'État est actionnaire.

«Ce que nous avons fait, c'est de renvoyer à la gouvernance d'entreprise», a-t-il déclaré, ajoutant néanmoins que suite au vote de l'assemblée générale de Renault, il y avait eu un «dysfonctionnement en matière de gouvernance».

«Ce que nous demandons c'est que M. Ghosn prenne ses responsabilités dès à présent pour que sur sa rémunération de 2016, les conséquences soient tirées de ce vote», a-t-il demandé. Il exige par ailleurs que le conseil d'administration de Renault «se réunisse à nouveau pour tirer les conséquences de ce vote».

«Nous devons en tirer toutes les conséquences dans les prochaines semaines sans quoi nous serions conduits à légiférer», a-t-il menacé.

Interrogé sur les propos du ministre, un porte-parole de Renault a souligné que le conseil d'administration avait déjà chargé «le comité des rémunérations de la mission d'examiner les évolutions utiles sur la structure de rémunération» de M. Ghosn pour les années 2016 et suivantes.

Mais dans le cas de Renault, c'est la rapidité avec laquelle le conseil d'administration a pris sa décision de maintenir la rémunération 2015 de M. Ghosn qui a surpris.

Le président du Medef Pierre Gattaz s'est lui-même déclaré «gêné» par ce qu'il a qualifié de passage «en force». «Je suis un peu choqué que l'on ait entériné aussi vite des conditions de rémunération», a-t-il déclaré lundi sur BFMTV, rappelant que le code de recommandations Afep-Medef, qui propose d'organiser un vote consultatif des actionnaires sur les salaires des patrons, prévoyait que le conseil d'administration attende «deux ou trois mois» pour se prononcer.

Délibération

Réagissant aux propos du ministre, le président du comité des rémunérations de Renault, Patrick Thomas, a tenu à préciser mardi soir dans un communiqué que le conseil avait «respecté et appliqué les dispositions du Code Afep-Medef».

En cas d'avis négatif, ce code prévoit que «le conseil (...) délibère sur ce sujet lors d'une prochaine séance et publie immédiatement sur le site internet de la société un communiqué mentionnant les suites qu'il entend donner aux attentes exprimées par les actionnaires».

Selon Proxinvest, un cabinet de conseil aux actionnaires, la part fixe du salaire de M. Ghosn «excède déjà de 25% la médiane de la rémunération des présidents exécutifs du CAC 40» tandis que «sa rémunération totale, Nissan compris, représente 400% de la rémunération médiane des dirigeants du secteur automobile».

Manque de transparence

«Nous comprendrions très bien qu'il soit très bien payé, c'est-à-dire d'un montant de l'ordre de 4,5 millions d'euros, mais le problème c'est qu'il touche deux salaires et ce ne sont pas des mi-temps», a souligné Charles Pinel, associé chez Proxinvest, dont les clients représentent environ 15% du capital de Renault.

Le cabinet pointe par ailleurs le manque de transparence de la rémunération versée à M. Ghosn en qualité de patron de Nissan, qui ne distingue pas, selon lui, les différentes parts de sa rémunération.

Lors de l'assemblée générale, le président de Proxinvest Pierre-Henri Leroy avait pour sa part interpellé Carlos Ghosn en mettant en cause la composition du conseil d'administration, avec des administrateurs qui, selon lui, lui «mangent dans la main». (afp/nxp)

Créé: 03.05.2016, 16h43

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