L’Etat veut accroître son pouvoir sur Air France

Transport aérienLe gouvernement français risque d’attiser les menaces de grève chez le troisième transporteur aérien européen.

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L’économie planifiée? Les nationalisations? Ces options politiques paraissent certes révolues en Europe occidentale. Des incidents favorisent cependant l’émergence de souvenirs. Comme les préparatifs entrepris, au nom de l’Etat, par le Ministère français de l’économie avant l’assemblée générale des actionnaires d’Air France/KLM, le 21 mai.

Les services d’Emmanuel Macron viennent ainsi de se porter acquéreur d’un nouveau petit paquet d’actions d’Air France/KLM, constituant 1,7% du capital du troisième transporteur aérien européen. Il en coûtera entre 33 et 46 millions d’euros. Et la participation de l’Etat dans le capital de la société s’approchera de 17,6%.

L’objectif de cette opération consiste à renforcer les chances d’approbation, le 21 mai, d’une nouvelle disposition dans les statuts de la firme: les actionnaires gardant leurs titres au moins deux ans seront récompensés par le doublement de leurs droits de vote. «Cette règle vise à favoriser un actionnariat de long terme. Il s’avère en effet utile à une société comme Air France/KLM dont le retour à la rentabilité et le développement s’inscrivent dans la durée», indique le conseil d’administration.

Bercy avait utilisé le mois dernier le même procédé pour parvenir aux mêmes fins chez Renault. A un détail près. Dans le cas du constructeur automobile, les autorités de l’Hexagone s’étaient engagées à revendre leur supplément de participation au capital, peu après l’assemblée générale. Le Ministère de l’économie ne confirme en revanche aucune intention similaire au sujet d’Air France/KLM.

Risques de grève accrus

En tant qu’actionnaire minoritaire, l’Etat a il est vrai subi quelques contrariétés récemment. Ses représentants dans des conseils d’administration n’ont ainsi pas toujours été écoutés en matière de rémunération et de nomination de dirigeants. Les conseils d’administration de Renault et GDF Suez ont eux-mêmes décidé de recommander le retour au droit de vote simple.

Dans ce contexte trouble, un lieu commun tend à se renforcer: «Chez Air France, le vrai patron c’est l’Etat.» Du coup, les risques de grève et de débrayage semblent s’accroître au sein du troisième transporteur aérien européen. «Il me paraît en effet évident que les syndicats seront encore plus convaincus du potentiel de succès de telles actions», estime Pierre Sparaco, éditorialiste de la revue spécialisée américaine Aviation Week.

Et des milliers d’usagers de Genève Aéroport, contrariés dans leurs projets de voyage en septembre dernier, se souviennent bien sûr de la grève de deux semaines chez Air France/KLM. La plus longue depuis seize ans! Certains jours, le transporteur franco-néerlandais se trouvait contraint d’annuler plus de la moitié de ses vols, d’autres plus de 60% dans le monde.

Pierre Condom, consultant aéronautique indépendant, prévoit justement que cette expérience, relativement récente, devrait dissuader une répétition cette année: «L’action de l’an dernier a finalement été clairement désavouée par le personnel de cabine et ses collègues chargés de tâches administratives. Ils se sont en effet désolidarisés d’une grève visant avant tout à protéger le pouvoir d’influence des pilotes sur la direction.»

Défi du low-cost hexagonal

Les tensions et les inquiétudes ne sont pas pour autant près de s’apaiser. «Air France est une compagnie qui a les coûts de personnel les plus élevés de la branche», déclarait ainsi le PDG du groupe, Alexandre de Juniac, lors d’un meeting à vocation politique le 5 mars. Et le président de la Fédération nationale de l’aviation marchande, Alain Battisti, tire lui-même la sonnette d’alarme: «Les compagnies françaises perdent des parts de marché depuis douze ans.»

Comment la direction d’Air France/KLM peut-elle dès lors continuer de croire au défi du low-cost hexagonal? La direction avait elle-même dû renoncer à son projet de filiale à bas coût Transavia Europe pour mettre un terme à la grève de septembre. Aujourd’hui, les compagnies low-cost européennes contrôlent déjà près de la moitié du marché des court-courriers.


British Airways prend de l’avance

Tout indique que le gouvernement français souhaite contrôler davantage le destin du groupe Air France/KLM (voir ci-dessus). Cette volonté dissimulerait toutefois un relatif paradoxe. «En agissant ainsi, l’Etat cherche à favoriser la stabilité de l’actionnariat, avant de s’en désengager lui-même. En ce sens, les autorités de l’Hexagone accusent un énorme retard», estime Pierre Condom, consultant aéronautique indépendant.

Il est vrai que le poids de l’Etat français dans le capital d’Air France/KLM (voir infographie) relève clairement d’une période révolue. Les principaux actionnaires de Deutsche Lufthansa AG, propriétaire entre autres de Swiss International Air Lines AG, et d’International Airlines Group (IAG), détenteur de British Airways et Iberia, sont des sociétés privées possédant moins de 10% du capital chacune.

Dans les domaines financier et opérationnel, British Airways semble d’ailleurs avoir pris une large avance sur la plupart de ses concurrents. Depuis le 30 janvier, le principal actionnaire de IAG n’est autre que Qatar Airways (9,99% du capital de IAG, acquis pour environ 1,3 milliard de francs).

Et depuis octobre 2013, cette compagnie du Moyen-Orient est membre de One World, alliance dominée par American Airlines et British Airways.

Pendant ce temps, Lufthansa, Swiss et Air France/KLM supplient la Commission européenne d’intervenir contre les subventions publiques déloyales dont bénéficieraient Emirates Airlines, Etihad Airways et Qatar Airways. Dans ce contexte, le groupe IAG a préféré se retirer le mois dernier de l’Association des compagnies européennes et devenir membre d’un lobby (European Low Fares Airline Association) regroupant entre autres EasyJet et RyanAir.

Créé: 15.05.2015, 07h10

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