L’étrange «Swiss Made» d’une marque mexicaine

HorlogerieNivada, marque d’origine soleuroise, inspire des doutes quant à sa réelle suissitude

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Aéroport de Mexico, à la fin du mois de mars. Entre Mont-Blanc, Breguet, Omega et d’autres enseignes horlogères suisses prestigieuses apparaît une marque méconnue: Nivada. Dès le premier regard, il est pourtant difficile d’ignorer à quel point cette dernière joue l’entier de sa stratégie marketing sur le fait qu’il s’agisse d’une marque helvétique. Selon Jean-Daniel Pasche, président de la Fédération horlogère suisse (FH), «il s’agirait d’une vieille marque née à Granges en 1879, puis rachetée par la suite par les Holzer, une famille originaire de Suisse.» Rien de suspect donc jusqu’ici. Sauf que cette société s’est établie depuis une vingtaine d’années au Mexique. «Nous avons effectivement des doutes quant à un usage légitime de l’indication «Swiss» par Nivada», confirme Jean-Daniel Pasche.

Contactée par 24 heures, la réponse très succincte de la marque aux nombreuses questions posées renforce le doute sur son sérieux actuel: «Nivada est une marque suisse, originaire de Granges et nous collaborons avec différents fabricants suisses!» Chez Swatch Group en tout cas, son patron Nicolas Hayek assure qu’il ne livre plus directement de mouvements ETA à cette marque.

«Maintenant, il est malheureusement possible que cette marque fasse appel à un intermédiaire pour acquérir nos mouvements à notre insu», regrette le patron suisse. Visiblement, selon une source proche du dossier, Swatch Group aurait connu plusieurs déboires avec cette famille Holzer. Celle-ci s’est longtemps occupée de distribuer leurs montres au Mexique.

Contentieux à répétition

Sans donner plus de détails, la FH évoque également avoir déjà eu des «contentieux avec les propriétaires de Nivada». Elle avoue que plusieurs questions posées à cette société sont restées sans réponse. Malgré le doute légitime face à cette utilisation du «Swiss made», la fédération a préféré ne pas intenter une nouvelle action judiciaire, notamment du fait de mauvaises expériences antérieures au Mexique. «Il semble qu’il soit difficile pour un demandeur étranger d’obtenir gain de cause contre une entreprise mexicaine devant la justice locale», indique Jean- Daniel Pasche.

Du coup, se pose la question de la limite des moyens dont la Suisse dispose pour lutter contre les abus du «Swiss made» et autres contrefaçons. «Il faudrait déjà que Swatch Group arrête d’être forcé de vendre ses mouvements mécaniques à tout le monde et ne soit plus utilisé comme un supermarché horloger», répond Nicolas Hayek. D’après une décision de la Commission suisse de la concurrence (COMCO), Swatch Group est effectivement contraint «de livrer ses mouvements mécaniques et cela jusqu’au 31 décembre 2019».

Du côté de la FH, la réponse est simple. «Vu le nombre d’abus et sachant qu’il n’est pas possible de tous les combattre, nous plaçons nos priorités en fonction de la gravité, des moyens de preuve et des législations nationales», explique son président. Ce dernier précise toutefois que la grande majorité des actions entreprises pour faire cesser d’éventuels abus aboutissent, le plus souvent, par des transactions extrajudiciaires.

«Comme la confidentialité fait généralement partie de ces accords, je ne peux vous citer de cas concrets», regrette Jean-Daniel Pasche. En moyenne, la fédération traite chaque année quelque 160 cas de marques étrangères ne respectant pas la réglementation suisse.

Cette dernière devrait toutefois évoluer favorablement pour l’horlogerie avec les «nouvelles exigences incluses dans Swissness», cette révision de la loi fédérale sur la protection des marques et des indications de provenance. Malgré l’incertitude qui plane encore en ce qui concerne la version définitive de l’ordonnance propre au secteur horloger (attendue pour juin ou juillet), la branche a l’espoir que ces nouvelles règles simplifient la situation et la lutte contre les abus.

Anticipation aux Etats-Unis

La Fédération horlogère n’a toutefois pas attendu cette modification de loi pour prendre les devants et renforcer notamment sa position dans les deux marchés phares de l’horlogerie helvétique: Hongkong et les Etats-Unis. «Nous y avons déposé des marques de certification composées du mot Swiss, détaille son président. Nous pouvons ainsi attaquer les abus sur la base du droit des marques, bien que ces deux pays ne reconnaissent pas de législation sur les indications de provenance.»

Si la FH se félicite de premiers effets concrets dans ces deux pays, il n’en reste pas moins que la contrefaçon et les abus du «Swiss made» coûtent cher à la branche horlogère suisse. «Nous assistons en plus à une véritable professionnalisation de ce type de fraude, notamment grâce à des sites Internet de mieux en mieux élaborés», s’inquiète Mathieu Fleury, secrétaire général à la Fédération romande des consommateurs.

D’un point de vue purement financier, ce sont des centaines de milliers de francs investis dans cette lutte, voire des millions. A cela s’ajoutent surtout des dégâts d’image, difficilement chiffrables pour l’horlogerie suisse.

Créé: 18.04.2016, 10h06

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