L'Euceta et le Vita-Merfen tirent leur révérence

Armoire à pharmacieNovartis ne produit plus ses pommades cultes. Une aubaine pour les petits fabricants.

Le Leucen est produit par Tentan AG, basée à Itingen, à Bâle-Campagne.

Le Leucen est produit par Tentan AG, basée à Itingen, à Bâle-Campagne. Image: Philippe Maeder

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Attention à la mauvaise surprise qui peut attendre les vacanciers sur le départ comptant vite acheter à la pharmacie du coin un nouveau tube d’Euceta et de Vita-Merfen avant de boucler leurs valises.

Ces pommades, très appréciées par tous depuis des dizaines d’années, contre les coups de soleil, les piqûres de moustiques et les écorchures ne sont tout simplement plus en vente. Et cela depuis plusieurs semaines ou mois, selon l’importance des réserves que les pharmacies avaient faites ou non.

Réserves épuisées

«J’avais constitué un très gros stock d’Euceta quand Novartis a annoncé déjà l’été passé qu’elle allait cesser d’en produire. Il est maintenant épuisé depuis mai. Cela tombe mal, car c’est le mois qui marque le début de la haute saison pour cette pommade, très demandée pendant tout l’été», explique Karine Haas, responsable de la Pharmacie Meyrin-Livron SA. Même chose pour le Vita-Merfen Pommade, «que nous ne recevons plus depuis février dernier, poursuit-elle, je n’en ai plus à la vente».

A la Pharmacie internationale Golaz à Lausanne, Maja Marinkovic explique que «la production d’Euceta et de Vita-Merfen a été arrêtée en novembre 2014».

Explications sibyllines

Mais pourquoi donc cesser de fabriquer des médicaments à ce point populaires en Suisse et dont les ventes marchent si bien? Marisa Neuenschwander, en charge de la communication pour Novartis Consumer Health Suisse – une coentreprise avec le groupe bâlois, propriété majoritaire de l’anglais GlaxoSmithKline depuis mars –, indique «qu’il était devenu clair lors de la dernière discussion sur les médicaments à produire que nous ne pouvions plus assurer les hauts standards de qualité attendus par nos clients et patients».

Cette coentreprise de Novartis et de GSK, spécialisée dans les produits ne nécessitant pas une ordonnance médicale, précise que «cette décision a été difficile à prendre». Marisa Neuenschwander se dit consciente que «certains clients sont déçus de l’arrêt de la vente de ces médicaments».

Changement à Nyon-Prangins

Il faut se tourner vers les pharmaciens pour en savoir davantage sur les causes de cette décision. Les professionnels de la branche expliquent que l’agent graisseux du Vita-Merfen avait tendance à se séparer en huile lorsqu’il était exposé au soleil. Quant à l’Euceta, son composant formait des grumeaux au bout d’un certain temps. «Mais mes clients ne s’en sont jamais plaints», commente Karine Haas, de la pharmacie de Meyrin.

Cette dernière avance aussi une autre explication concernant l’arrêt de la fabrication de ces médicaments produits à Nyon-Prangins, l’implantation appartenant maintenant à GSK suite à l’échange de portefeuille qui s’est conclu en mars entre les deux groupes.

«Etant presque uniquement vendus sur le marché helvétique, ces produits ont dû représenter un trop faible chiffre d’affaires en comparaison internationale, pour qu’il vaille la peine de continuer à les vendre.»

Dans tous les cas, la décision de Novartis n’a rien à voir avec un avis défavorable de Swissmedic. Peter Balzli, porte-parole de cette agence chargée de l’homologation des médicaments pour la Suisse, confirme qu’«autant l’Euceta que la pommade Vita-Merfen détiennent toujours l’autorisation d’être vendus en Suisse».

«A mon avis, c’est une mauvaise décision qu’a prise Novartis: cela a ouvert une brèche où des concurrents se sont pressés d’entrer pour offrir des médicaments de remplacement», estime de son côté Karine Haas, la pharmacienne meyrinoise.

Chance des petits fabricants

Alors, comment se protéger tout de même pendant ces vacances d’été de ces bobos, parfois très douloureux? Les pharmacies contactées vendent principalement des produits de remplacement suisses, comme le Leucen, une préparation aussi à base d’acétate d’alumine fabriquée par l’entreprise suisse Tentan AG, basée à Itingen, à Bâle-Campagne.

La ressemblance avec le produit d’origine Euceta va jusqu’au design du tube. De couleur blanche et verte, comme l’original, il arbore aussi la fameuse fleur d’arnica jaune bien connue.

«Pour l’instant tout marche bien, les clients achètent sans trop rechigner cette nouvelle pommade, mais j’attends de recevoir leur feed-back à la fin des vacances pour dire si le Leucen remplace vraiment bien l’Euceta ou pas», indique-t-on à Meyrin.

Quant à la Pharmacie internationale Golaz de la place Saint-François, on y recommande l’Acetoflex, produit par une autre entreprise suisse, Phytopharma à Grandvillard (FR), en Gruyère.

Et pour remplacer le Vita-Merfen, le Bepanthen de l’allemand Bayer ou le Vita-Hexin du suisse Streuli Pharma, à Uznach (SG), sont en général proposés. (24 heures)

Créé: 01.07.2015, 10h05

Swissmedic retire 450 médicaments par an

Quel rôle joue Swissmedic dans l’extinction des «vieux» médicaments comme l’Euceta et le Vita-Merfen? L’institution chargée d’homologuer et de contrôler les médicaments en Suisse a «retiré un petit peu plus de 2000 médicaments de janvier 2010 à fin juin 2015, soit en moyenne 450 par an», calcule Peter Balzli, son porte-parole. Mais ce chiffre «ne correspond pas directement aux médicaments auxquels les Suisses n’ont plus accès, car une partie d’entre eux sont remplacés par de nouveaux produits seulement un petit peu modifiés», et remis sur le marché, poursuit-il.

Dans le cas de l’Euceta et du Vita-Merfen en pommade, ces deux produits ne sont pas interdits par Swissmedic. La décision de ne plus les commercialiser revient ainsi entièrement à leur producteur, initialement Novartis, maintenant la coentreprise entre le groupe bâlois et GSK.

Un médicament peut être retiré du marché pour plusieurs types de raisons, comme l’arrêt de la production du médicament ou la révocation de l’autorisation (aussi pour les spécialités qui n’en ont pas besoin).

Et il faut savoir qu’il est toujours possible de consommer en Suisse des médicaments qui y sont interdits, sous certaines conditions. «On peut se faire envoyer en Suisse des médicaments prohibés, pour autant qu’ils soient permis dans le pays d’où on se les fait envoyer, qu’ils ne soient pas des drogues ou assimilés à elles, et qu’ils couvrent au maximum un traitement pour une durée d’un mois», poursuit Swissmedic.

Si les produits correspondent à ces critères, les Suisses peuvent renouveler chaque mois leur commande, pour profiter par exemple de tarifs moins élevés à l’étranger.

Il y a dix jours, Swissmedic a indiqué avoir participé à une opération d’envergure internationale pour lutter contre les importations illégales, appelée «Pangea VIII». Sur les 600 colis contrôlés en Suisse du 9 au 16 juin, des?collaborateurs des autorités suisses ont saisi 66 colis, soit dangereux pour la?santé, soit illégaux. Les importations de préparations illégales ont reculé par rapport à l’année passée.

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