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TélécommunicationsL'euphorie autour de Swisscom s'est envolée

En 1998, le géant bleu entrait en Bourse suscitant l’enthousiasme. Vingt ans plus tard, les analystes sont partagés.

Archives/Photo d'illustration, Keystone

Le 5 octobre 1998, soit il y a 20 ans, Swisscom entrait à la Bourse suisse, suscitant alors un vif intérêt dans le climat d'euphorie précédant l'éclatement de la bulle internet. Une époque désormais révolue, les analystes étant partagés sur l'action du numéro un suisse des télécommunications.

Tony Reis, directeur général de Swisscom à l'époque se souvient bien de cette journée. «Nous n'avions eu que très peu de temps pour transformer l'ex-monopole en une entreprise compatible avec la Bourse», se remémore-t-il. Et en même temps, il traversait le globe afin de convaincre de potentiels investisseurs. Le soulagement était donc de mise à l'ouverture du marché, d'autant plus que l'action a évolué dans le bon sens.

Reste que le temps manquait pour célébrer tout cela, poursuit Tony Reis, interrogé par AWP. «De la Bourse suisse, j'ai immédiatement dû me rendre à l'aéroport pour prendre l'avion pour New York. A New York, nous sommes montés dans un hélicoptère pour Wall Street. Et quand le marché a fermé, on nous a permis de sonner la cloche.»

Le marché suisse des télécommunications a suscité un vif intérêt outre-Atlantique, ajoute l'ancien manager. «Je passais d'une chaîne de télévision à l'autre». Selon M. Reis, plusieurs raisons expliquent l'enthousiasme des investisseurs.

Plus grosse entrée en Bourse d'Europe

Avec un volume de plus de 8 milliards de francs, il s'agissait de l'introduction en Bourse la plus importante en Europe cette année-là, et elle s'est déroulée dans un environnement boursier plutôt difficile. Reste que dans le contexte de l'époque, la seule évocation du mot télécommunications faisait saliver les investisseurs.

Dans de nombreux pays, les entreprises du secteur ont été privatisées ou partiellement libéralisées, l'ensemble du domaine étant restructuré. Les télécommunications mobiles enregistraient alors des taux de croissance impressionnants.

L'année de son introduction en Bourse, Swisscom comptait chaque mois 50'000 nouveaux clients «Natel». Et bien que l'accès à l'Internet se fasse toujours par l'intermédiaire de modems très lents, le réseau des réseaux suscitait les premiers fantasmes sur l'avenir numérique.

Le cours de l'action du géant bleu a ainsi rapidement grimpé à plus de 750 francs entre l'introduction en Bourse (à un prix d'émission de 340 francs) et le pic de la bulle internet. Un niveau que le titre n'a jamais retrouvé depuis. Ce dernier a même atteint un plus bas historique de 291 francs en avril 2009. Actuellement, il se négocie autour de 450 francs.

32 milliards distribués

L'intérêt au niveau des grands investisseurs internationaux a également diminué. Moins de dix ans après sa première cotation, Swisscom a ainsi quitté Wall Street, reflet d'un volume de négoce relativement faible au regard de coûts importants.

Andreas Müller, analyste à la Banque cantonale de Zurich (ZKB), relativise toutefois la performance modérée de l'action. «Celle-ci a eu tendance à correspondre à peu près à l'ensemble du marché», en tenant compte dans le calcul du rendement total, soit y compris les dividendes versés.

Depuis l'entrée en Bourse, le premier opérateur helvétique a versé pas moins de 32 milliards de francs à ses actionnaires sous forme de dividendes, de réductions de valeur nominale et de programmes de rachat d'actions, se félicite le service de presse de Swisscom. Un montant qui représente presque trois fois le chiffre d'affaires annuel actuel de l'entreprise.

Mais en dehors du dividende, de nombreux analystes estiment que l'entreprise manque d'imagination aujourd'hui. Ils sont ainsi deux fois plus nombreux à conseiller de vendre le titre plutôt que de l'acheter. Leurs commentaires se réfèrent souvent à un environnement plus difficile, notamment en raison de l'offensive lancée au printemps dernier par le concurrent vaudois Salt sur l'accès à internet et le fixe. Seuls quelques analystes espèrent encore des hausses du cours.

Oublier une privatisation totale

Le fait que la Confédération demeure l'actionnaire majoritaire de Swisscom depuis l'introduction en Bourse a fait couler beaucoup d'encre. «Les politiciens redoutaient qu'un propriétaire peu fiable contrôle le groupe et que la qualité du service en souffre», se souvient Tony Reis. «En tant que directeur général, ça ne m'a jamais dérangé.» Ses successeurs ont eux ressenti l'influence de l'Etat, tout particulièrement dans les cas de projets d'expansion à l'étranger.

De l'avis de M. Reis, il n'existe plus «aucune raison» justifiant une implication aussi importante de l'Etat dans une entreprise informatique. Mais du point de vue politique, une réduction de la participation de la Confédération reste vouée à l'échec.

Un avis que partagent les analystes. Du côté de la banque Vontobel, Panagiotis Spiliopoulos estime cependant que l'opérateur entièrement privatisé disposerait d'une marge de manoeuvre plus importante du point de vue stratégique. Swisscom pourrait par exemple s'endetter davantage. Mais un tel projet demeure totalement irréaliste, compte tenu des sensibilités politiques. «J'ai cessé d'y penser», conclut l'expert.

ats

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