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Faut-il investir dans l’action du géant saoudien Aramco?

Les investisseurs sont perplexes, alors que le groupe pétrolier s’apprête à ouvrir une petite partie de son capital en Bourse.

La compagnie nationale qui commercialise le pétrole de l’Arabie saoudite va introduire 5% de son capital à la Bourse.
La compagnie nationale qui commercialise le pétrole de l’Arabie saoudite va introduire 5% de son capital à la Bourse.

Très prudents, les investisseurs face à Aramco. Maintes fois annoncée, l’entrée en Bourse du géant saoudien du pétrole, prévue en décembre, laisse les financiers perplexes. «Il y a eu plusieurs flops cette année en matière d’IPO: Uber, Lyft, WeWork, rappelle Anton Sussland, financier indépendant à Genève. Aramco risque aussi de décevoir les marchés.»

Pourquoi? Prix du pétrole sous pression, doute sur la gouvernance de la société, envolée des énergies renouvelables, les motifs d’inquiétude ne manquent pas.

Sur le papier, le projet est pourtant séduisant. Nationalisée en 1980, Saudi Aramco devient la première capitalisation mondiale. Microsoft et Apple, avec leurs 1000 milliards, sont dépassés. «La fourchette de valorisation est large, indique Bastien Dublanc, analyste secteur énergie chez Lombard Odier. Avec un pétrole à 60 dollars le baril, on pourrait justifier une valorisation entre 1200 et 1600 milliards de dollars pour tout le groupe Aramco.»

En dessous des attentes

Mais voilà, on est loin des premières estimations. Les attentes initiales étaient de l’ordre de 2000 milliards de dollars. Ce n’est pas l’unique source de préoccupation. Seule une infime fraction du capital va prendre le chemin de la Bourse. Dans un premier temps, l’équivalent 1 à 2% de la société serait coté sur le Tadawul, le marché local, «avant un listing sur une place internationale – qui reste à déterminer – en 2020», précise Bastien Dublanc.

L’entreprise reste donc largement dans les mains de la famille royale. «Une fois coté à l’international l’année prochaine, Aramco aura cédé un petit 5% de son capital», estime Anton Sussland. Cela représente entre 80 et 100 milliards de dollars.

Ce faible taux pose un problème. Les investisseurs craignent pour la gouvernance d’Aramco. «Les actionnaires minoritaires auront trop peu de poids pour nommer des dirigeants indépendants hors du cercle du pouvoir, redoute-t-il. Ils n’auront rien à dire sur la manière dont la société est gérée.»

Construire la ville du futur

Il n’est pas le seul à douter. Pour Jérôme Schupp, analyste financier chez Prime Partners, l’actionnaire historique cherche juste à lever du cash. «Il est clair que la performance boursière ne sera pas au centre de ses préoccupations.»

Avec les fonds dégagés, le prince Mohammad bin Salman veut financer le projet Neom, ville futuriste située au bord de la mer Rouge, truffée de nouvelles technologies et tournée vers le développement durable: agriculture verticale, voitures autonomes, taxis drones, etc. En clair, le prince veut préparer le royaume à la fin du pétrole.

Craignant un échec, l’Arabie saoudite cherche à bétonner cette IPO. Les taxes qui frappent la firme viennent d’être réduites afin de booster les dividendes versés aux actionnaires. En la matière, la firme fait pâle figure face à ses concurrents. «Aramco offre un rendement du dividende de l’ordre de 3,5 à 3,75%, alors que les sociétés pétrolières européennes ou américaines paient du 5 à 6%», relève le financier. À cet aune, Total, Royal Dutch Shell et autres Exxon Mobil font la course en tête.

Un moment pas idéal

Le moment choisi pour l’IPO ne semble pas non plus idéal. Comme le cours du pétrole stagne en raison du ralentissement économique, les revenus de la firme pourraient plafonner. «Même si Aramco jouit d’une énorme rentabilité, les flux financiers se dirigent aujourd’hui structurellement vers les énergies renouvelables, notamment le solaire», constate par ailleurs Jérôme Schupp.

Pour ne rien arranger, l’affaire Khashoggi – du nom du citoyen saoudien démembré en Turquie par les agents du royaume – va freiner les ardeurs des institutionnels occidentaux. Tout comme les récentes attaques de drones low cost sur les champs pétrolifères du pays. Bref, ce n’est pas gagné d’avance.

L’arabie Saoudite cherche à bétonner son IPO. Bloomberg rappelle que le pays vient de réduire une nouvelle fois les taxes qui frappent Aramco, pour pouvoir augmenter les dividendes versés. En la matière, la firme fait pâle figure face à ses concurrents. «Aramco offrirait un rendement du dividende de l’ordre de 3,5 à 3,75%, alors que les société pétrolières européennes ou américaines paient du 5 à 6%.» A cet aune, Total, Royal Dutch Shell et autres Exxon Mobil font la course en tête.

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