«La fin du cours plancher n’a pas changé la vie des frontaliers»

DevisesLe Groupement transfrontalier européen, fondé en 1963, ne prévoit pas de célébration pour le 1er anniversaire de l’abandon du cours plancher de l’euro.

Jean-François Besson, secrétaire général du Groupement transfrontalier européen.

Jean-François Besson, secrétaire général du Groupement transfrontalier européen. Image: Lucien Fortunati

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Souvenez-vous! Le 15 janvier 2015, la Banque nationale suisse a abandonné le cours plancher de l’euro par rapport au franc, fixé à 1,20 franc le 6 septembre 2011. Un grand jour pour 298'000 travailleurs frontaliers actifs en Suisse, dont plus d’un quart à Genève (environ 78'000 personnes non-suisses) et 27'500 dans le canton de Vaud. Au début de l’an dernier, leurs salaires convertis en euros ont parfois bondi de plus de 20%. Le secrétaire général du Groupement transfrontalier européen, Jean-François Besson, s’en félicite de façon nuancée. Entretien.

Le Mouvement des frontaliers prévoit-il de célébrer vendredi le fameux 15 janvier 2015?
Désolé. Aucun feu d’artifice, pas même le moindre gâteau ne sont prévus. Même si, très individuellement, les effets du franc fort sur les revenus de chaque frontalier ont évidemment été bons à prendre.

L’an dernier, entre l’abandon du cours plancher de l’euro et l’effondrement des prix des carburants, le pouvoir d’achat des frontaliers s’est envolé. Est-ce que leur vie a changé?
Non, leur vie n’a pas changé. Les effets du 15 janvier constituent néanmoins une marge de sécurité accrue face aux risques de variation des cours de devises. Un risque auquel les nouveaux habitants de France voisine ne prêtent souvent pas assez d’attention pour le long terme. Heureusement les banques se montrent vigilantes à propos du niveau d’endettement des ménages et du financement des retraites.

A votre connaissance, des salariés actifs dans les cantons de Vaud ou Genève, et domiciliées en France, ont-ils subi des discriminations?
Sur un plan général, non. Nous n’avons en effet pas eu connaissance de discriminations entre des employés d’une même entreprise. Les organismes paritaires paraissent avoir rempli leur mission de contrôle à ce sujet. Depuis quelques années, le climat s’est néanmoins tendu. En particulier à Genève depuis sept ou huit ans. Des termes comme racaille, voleurs d’emplois ou pollueurs sont parfois utilisés à l’intention de frontaliers. Ces propos trouvent souvent leur origine dans des prises de position de mouvements à vocation populiste.

Avez-vous observé des baisses de salaires infligées à des employés du fait de leur domicile en France?
Nous avons eu connaissance de quelques tentatives. Le plus souvent elles ont été constatées dans de tout petits commerces alimentaires. Du type épiceries de quartier. Nous avons aussi entendu parler de salaires recalculés en fonction de l’évolution des cours de change, à l’embauche. Pour l’immense majorité de nos membres, nous n’avons cependant pas de discrimination à déplorer. Certains d’entre eux ont néanmoins préféré s’abstenir de toute demande d’augmentation de salaires. Et ces personnes savent très bien qu’elles n’auront droit à aucun rattrapage, lorsque les rapports de force entre les deux devises s’inverseront.

Le franc fort a lourdement pénalisé des branches dans lesquelles les frontaliers sont très présents. Comme le commerce de détail, l’hôtellerie et la restauration. Après des départs de collaborateurs, des entreprises ont dû renoncer à renouveler des postes. Observez-vous une hausse du chômage dans les départements de France voisine?
Nous constatons depuis deux ans une hausse du nombre de frontaliers au chômage. Cette tendance est favorisée par les réelles difficultés auxquelles se trouvent actuellement confrontés plusieurs secteurs de l’économie helvétique. Rappelons dès lors que les chômeurs frontaliers ne sont indemnisés qu’à hauteur de 57,4% de leurs salaires bruts, contre 70% à 80% pour les personnes domiciliées en Suisse. Sans oublier toutefois que le droit à des indemnités de chômage est plus long en France qu’en Suisse.

La nouvelle année a commencé avec une initiative populaire du MCG (Mouvement des citoyens genevois) préconisant l’abolition de l’accord franco-suisse sur la compensation financière relative aux frontaliers travaillant à Genève. Un traité en force depuis plus de quarante ans. Que vous inspire cette initiative?
Elle constitue un incident de plus visant à déstabiliser la région, des deux côtés de la frontière. C’est d’autant plus stupide qu’à nos yeux cet accord concilie les intérêts de toutes les parties concernées. Avec ce système, chaque frontalier participe au financement des services publics de sa commune de domicile, mais aussi en versant sa contribution au canton. Précisons en outre que, du fait même des termes de cet accord, Genève bénéfice de la majeure partie de cette recette fiscale.

Créé: 14.01.2016, 18h19

Le groupement transfrontalier européen

– Association domiciliée à Annemasse et fondée en 1963

– 32'000 membres

– 26'000 membres actifs dans le canton de Genève

– 6000 membres actifs dans le canton de Vaud

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