Fin du taux plancher: le directeur de la BNS s'explique

Politique monétaireLe directeur de la Banque nationale Thomas Jordan revient sur les raisons de l'abandon du taux plancher.

Thomas Jordan, directeur de la Banque nationale suisse, lors d'une conférence de presse jeudi 15 janvier 2015.

Thomas Jordan, directeur de la Banque nationale suisse, lors d'une conférence de presse jeudi 15 janvier 2015. Image: Keystone

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«Coup de tonnerre», «séisme», «tsunami»... La décision de la Banque nationale d'abandonner le taux plancher de conversion du franc a semé la pagaille sur les marchés jeudi 15 janvier, l'euro s'effondrant en quelques minutes.

Vendredi, la Bourse suisse a accusé une nouvelle fois le coup, finissant la séance sur une perte de 5,86% après avoir dévissé de 8,7% la veille. Le patronat helvétique a pour sa part estimé que la décision de la BNS était «incompréhensible à l'heure actuelle».

Lors d'une interview accordée à nos confrères du Temps et de la Neue Zürcher Zeitung, le directeur de l'institution est revenu sur la décision qui a surpris tous les acteurs économiques.

Le temps des explications

La décision ne fut pas «aisée». «Nous étions conscients que cette décision pouvait produire des effets majeurs sur les marchés», affirme Thomas Jordan. Ces derniers vont devoir «progressivement trouver leur équilibre» et ce pourrait être long.

Dès lors, le directeur de la BNS affirme comprendre «parfaitement les interrogations, critiques et réclamations». Oui, «la situation économique suisse est plus difficile». Toutefois, «il ne sert à rien de craindre les conséquences d’une décision dont nous sommes persuadés de la justesse». Il s'agit maintenant de l'expliquer.

La surprise était «nécessaire»

Maintenir le secret d'une décision aussi importante était crucial: «Il faut nécessairement surprendre le marché. Si vous montrez que vous réfléchissez à un changement, vous ouvrez la porte à des spéculateurs qui pensent en profiter».

Aurait-il fallu prévenir Chrisine Lagarde, présidente du FMI, qui a souligné qu'elle «réservait son jugement» sur la pertinence de cette mesure? «La BNS est une banque centrale indépendante. Il nous appartient de préparer nos décisions seuls», répond Thomas Jordan.

Le taux plancher, «une mesure exceptionnelle»

Il convient selon le directeur de la banque nationale de replacer les décisions dans leur contexte. «Le taux plancher a été dès le départ compris comme une mesure exceptionnelle d’une durée limitée», qui trouvait son sens «dans le contexte monétaire de l’époque», en 2011. Il allait devoir être abandonné» tôt ou tard.

L'instauration de ce taux-plancher n'a en aucun cas été une erreur, selon Thomas Jordan. «Il a rendu des services notables à l’économie suisse dans des conditions particulières. A l’époque, l’euro était passé de 1,60 franc à la parité en peu de temps. Le taux plancher a permis à l’économie de s’adapter. Mais la BNS ne peut pas répondre à tous les désirs par sa politique monétaire, elle n’est pas toute puissante».

Divergence des politiques monétaires régionales

Le contexte n'est plus le même en 2015. «La divergence des politiques monétaires des grandes régions» est l’une des causes principales de l’abandon du taux plancher, «car elle s’accompagne d’un fort besoin d’interventions pour maintenir ce taux».

«Le volume des interventions est justifié si, sur la base de considérations économiques il mérite d’être défendu. Si l’objectif n’est plus justifié et durable, nous ne devons plus poursuivre l’exercice» affirme-t-il. Ces derniers jours, «les divergences accentuées de politiques monétaires rendaient impossibles la poursuite du cours plancher».

«Si la BNS avait poursuivi sa politique, elle risquait de perdre le contrôle de sa politique monétaire à long terme» - et avec elle toute crédibilité. Dès lors, il n'y avait, selon la Banque nationale, pas d'autre choix que de l'abandonner.

Retrouvez l'intégralité de l'entretien sur le site du Temps (nxp)

Créé: 17.01.2015, 03h24

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