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Le FMI menace de couper son aide à l'Ukraine

L'institution financière a menacé de couper l'aide cruciale qu'elle a promise à Kiev face aux «lenteurs» de la lutte anti-corruption dans le pays.

Christine Lagarde: «Il est essentiel que les autorités ukrainiennes agissent maintenant pour remettre le pays sur la voie des réformes.»
Christine Lagarde: «Il est essentiel que les autorités ukrainiennes agissent maintenant pour remettre le pays sur la voie des réformes.»
Keystone

Le Fonds monétaire international tape du poing sur la table en Ukraine.

«Sans de nouveaux efforts significatifs pour améliorer les réformes en matière de gouvernance et combattre la corruption, il est difficile de voir comment le programme soutenu par le FMI peut continuer», a tonné la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, dans un communiqué.

Le feu couvait depuis la semaine dernière et la démission surprise du ministre ukrainien de l'Economie Aivaras Abromavicius. Cette figure de proue de la lutte anti-corruption avait claqué la porte en dénonçant des entraves aux réformes et des tentatives d'imposer des personnalités «douteuses» dans son équipe.

Christine Lagarde avait alors fait part de son «inquiétude» et va aujourd'hui bien plus loin en dénonçant la persistance des «intérêts politiques dissimulés» dans le pays et en mettant le gouvernement ukrainien au pied du mur.

Premier bailleur de fonds du pays

«Il est essentiel que les autorités ukrainiennes agissent maintenant pour remettre le pays sur la voie des réformes», a-t-elle martelé mercredi.

Si sa menace d'un désengagement était mise à exécution, le FMI gèlerait tous les futurs prêts prévus par le plan d'aide de 17,5 milliards de dollars sur quatre ans accordé en mars 2015 à l'Ukraine en contrepartie de réformes drastiques. Pour l'heure, 6,7 milliards de dollars ont été déboursés.

C'est surtout la clé de voute du programme d'assistance international à l'Ukraine qui s'effondrerait, au risque de déstabiliser davantage un pays déjà aux prises avec une grave récession économique et un conflit avec les séparatistes pro-russes dans l'Est.

Le FMI est, de loin, le premier bailleur de fonds du pays qui espère également se financer, dans une moindre mesure, grâce à un allègement de sa dette, à des prêts bilatéraux et aux banques de développement multilatérales. Le montant total du plan d'aide international avait été évalué à quelque 40 milliards de dollars.

Corruption endémique

Conscient du risque, le premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a aussitôt réagi au coup de semonce du FMI en réaffirmant sa volonté de réformer l'ancienne république soviétique, frappée par une corruption endémique.

«Les jeux politiques, en cours ces derniers temps, risquent de coûter trop cher au pays», a affirmé le dirigeant qui avait mis sa démission dans la balance la semaine dernière.

«On nous aidera seulement lorsque le monde entier verra que nous nous aidons nous-même et que nous menons le pays vers l'avant», a-t-il poursuivi lors d'une réunion à laquelle participaient également des ambassadeurs occidentaux, dont ceux des Etats-Unis et de l'Allemagne.

«Chers amis et partenaires occidentaux, je vous garantis que nous n'allons pas nous arrêter. Nous allons aller de l'avant», a-t-il enfin lancé.

L'enjeu est également de taille pour le FMI, qui s'est démené pour apporter son aide à l'Ukraine sous la pression des Etats-Unis, son principal actionnaire, et de l'Union Européenne.

De mauvais souvenirs

En accordant son plan d'aide en 2015, l'institution avait d'abord dû faire face à des critiques internes sur la viabilité de son plan d'aide à un pays en récession depuis trois ans et au coeur d'une grave crise géopolitique avec son voisin russe.

Le FMI a ensuite, en décembre, modifié une de ses règles d'or internes sur la dette qui menaçait la poursuite de son plan d'aide à l'Ukraine, provoquant la colère de la Russie qui avait dénoncé une décision «hâtive et biaisée».

Cette nouvelle sortie de route ukrainienne rappelle par ailleurs à l'institution de mauvais souvenirs.

En 2008 et en 2010, le Fonds avait déjà dû abandonner deux précédentes lignes de crédit accordées à l'Ukraine - respectivement de 16,4 milliards de dollars et 15,1 milliards - dénonçant déjà l'absence de volonté de réformes des autorités de l'époque.

«L'Ukraine risque de retomber dans le cycle des politiques économiques infructueuses qui ont marqué son histoire récente», a d'ailleurs prévenu Christine Lagarde mercredi.

L'ambassadeur américain en Ukraine, Geoffrey Pyatt, a été encore plus ferme: «Les mesures et pratiques qui ont freiné ce pays dans le passé ne peuvent plus être tolérées», a-t-il tweeté.

(AFP)

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