Le FMI et Merkel pas d'accord sur la dette grecque

Crise de la detteAngela Merkel ne veut pas se lancer dans un nouveau programme d'aide à la Grèce sans le FMI.

Angela Merkel et Christine Lagarde, présidente du FMI, lors d'un sommet en juin.

Angela Merkel et Christine Lagarde, présidente du FMI, lors d'un sommet en juin. Image: ARCHIVES/AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Angela Merkel ne veut pas se lancer dans un nouveau programme d'aide à la Grèce sans le FMI, mais celui-ci pose des conditions qu'elle refuse, ce qui la place en position délicate à la veille du vote des députés allemands.

«Promesse non tenue», a attaqué ce lundi 17 août le tabloïd Bild rappelant que la dirigeante de l'Allemagne s'était engagée à que le FMI participe au plan de 86 milliards d'euros pour tenter de sortir la Grèce de l'ornière.

Mercredi matin, la chancelière et son ministre des Finances Wolfgang Schäuble viendront devant les députés plaider un vote en faveur de ce plan accepté vendredi par l'Eurogroupe, dans lequel un absent se fait remarquer: le Fonds monétaire international.

Dimanche soir, à la télévision publique allemande, Angela Merkel a affiché sa confiance dans le fait que le FMI resterait finalement à bord du bateau. Mais l'incertitude est là, puisque l'institution se laisse jusqu'à octobre pour répondre présent ou pas.

Cette participation est «absolument nécessaire», a pourtant répété lundi un porte-parole du ministère des Finances Marco Semmelmann.

Un avis que partagent nombre de députés du parti conservateur CDU d'Angela Merkel. Michael Fuchs a ainsi admis, sur Bloomberg TV, ne pas avoir décidé ce qu'il voterait et que sans engagement clair du FMI, «il pourrait y avoir davantage» de votes non que les 60 déjà enregistrés dans les rangs conservateurs en juillet, lors du vote sur le principe de négociation d'un nouveau plan.

Moindre risque

Ces «dissidents» ne sont certes pas un grand risque, tant la popularité de Angela Merkel ne faiblit pas, et vue l'importance de sa majorité (504 sur 631 députés), mais ils représentent une opinion croissante dans l'opinion publique dont la chancelière ne peut faire abstraction.

«Le FMI a une réputation d'être dur et indépendant, bien plus que la Commission européenne. Donc si le FMI soutient le programme, cela aide Merkel à le vendre à son propre parti et au public allemand en général», qui a tendance à penser qu'il a déjà beaucoup trop payé pour la Grèce, explique Holger Schmieding, économiste chez Berenberg.

Pour Sylvain Broyer, économiste chez Natixis, le ministère des Finances y voit «une façon de se protéger», car «cela donne une garantie implicite que les prêts seront bien remboursés», le non-remboursement de prêts au FMI n'étant pas possible.

Déjà en 2010, au moment du premier plan pour la Grèce, l'Allemagne avait réclamé que le FMI soit de la partie, mettant en avant ses compétences techniques.

Pour l'autre parti au pouvoir, les sociaux-démocrates du SPD, la question est moins sensible. Le vice-président du groupe parlementaire Carsten Schneider a considéré que cela n'était «pas un critère éliminatoire» pour le vote, l'important étant surtout que le FMI reste comme conseiller pour aider la Grèce à retrouver le chemin de la croissance.

Allègement de la dette

Mais Merkel s'est aussi retrouvée coincée par les exigences du FMI, absolument invendables à son parti. Vendredi soir, sa directrice générale Christine Lagarde a de nouveau exigé un allègement «significatif» de la colossale dette grecque, jugée «insoutenable» car elle doit grimper à 200% du PIB du pays.

«Il est primordial que les partenaires européens de la Grèce prennent des engagements concrets (...) pour apporter un allègement significatif de la dette qui aille bien au-delà de ce qui a été considéré jusqu'ici», avait-elle ajouté.

Or pour Berlin, un effacement pur et simple d'une partie de la dette est la ligne rouge à ne pas franchir, la mesure repoussoir pour les contribuables allemands.

Arguant que cela était contraire aux traités européens, Wolfgang Schäuble a d'ailleurs obtenu que ce soit écrit noir sur blanc dans le communiqué de l'Eurogroupe. Angela Merkel a joué sa carte préférée, celle du compromis, en évoquant «des marges de manoeuvre» en jouant sur les taux d'intérêt des titres de dette ou leur maturité. Des marges tout de même «limitées», selon le secrétaire d'Etat Jens Spahn, figure montante de la CDU.

«Tout le monde va devoir mettre de l'eau dans son vin», avertit Sylvain Broyer. (ats/nxp)

Créé: 18.08.2015, 09h31

Articles en relation

Grèce: réformes et élections en ligne de mire après l'accord

Crise de la dette L'accord sur un troisième plan d'aide international à la Grèce annoncé vendredi soir sort le pays d'une zone de turbulences financières extrêmes. Plus...

Les députés allemands vont voter sur l'aide à la Grèce

Crise de la dette Les frondeurs pourraient toutefois être nombreux, notamment parce qu'ils ne disposent d'aucune garantie que le Fonds monétaire international (FMI) s'associera au plan. Plus...

Feu vert de l'Eurogroupe au 3e plan d'aide à la Grèce

Union Européenne Réunis à Bruxelles, les ministres des Finances de la zone euro ont donné leur feu vert au troisième plan d'aide à la Grèce d'un montant de 86 milliards d'euros. Plus...

Le Parlement grec adopte le troisième plan d'aide

Dette Après de longs débats, les députés grecs ont adopté vendredi matin l'accord conclu avec les créanciers sur un nouveau plan d'aide d'environ 85 milliards d'euros. Plus...

Troisième plan d'aide: débats enlisés au Parlement grec

Crise de la dette La phase finale de l'adoption du troisième plan d'aide à la Grèce en cinq ans a pris des allures de course d'obstacles. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.