Le franc fort pénalise surtout le tourisme en montagne

Statistiques«La saison 2015/16 s’est révélée difficile pour les remontées mécaniques», indique Didier Defago, membre du conseil d’administration de TéléMorgins SA et champion olympique.

Didier Defago

Didier Defago Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

L’Office fédéral de la statistique (OFS) publie ce jeudi des chiffres peu réjouissants pour la branche du tourisme. La demande en nuitées hôtelières a diminué de 1,3% en février, sur un an. Une bonne partie de l’hiver s’est en outre révélée décevante avec une baisse de 3,9% pour la période janvier/février. Ces tendances, favorisées par le franc fort, concernent en outre des marchés étrangers décisifs pour les professionnels helvétiques du tourisme.

L’achat de nuitées par des clients en provenance d’Allemagne a ainsi chuté de 9,4% en février. La demande «française» a reculé de 4,3%, celle des Pays-Bas de 23,1%, des Belges de 13% et des Chinois (sans Hongkong) de près d’un cinquième. Les Britanniques se sont montrés en revanche fidèles, voire enthousiastes: la demande en provenance du Royaume-Uni a ainsi progressé de 1,7%. En dépit de cette exception, l’OFS relève que les touristes ont notamment boudé des régions de montagne: Valais (moins 4,7%), Oberland bernois (moins 7,4%) et Grisons (moins 2,7%). En plaine les hôteliers vaudois ont réussi une belle performance: ils ont atteint sur l’arc lémanique une hausse de 7,7% des nuitées vendues, en écoulant 15'000 unités de plus.

Ce succès démontre encore davantage la morosité menaçant les montagnes. Témoignage de Didier Defago, membre du conseil d’administration de TéléMorgins SA et champion olympique de descente (vainqueur de l’épreuve à Vancouver en 2010).

Les professionnels du tourisme ont particulièrement souffert en montagne en février, un mois d’hiver crucial. Le Valais vous paraît-il bien armé pour faire face à l’adversité conjoncturelle ?

Dans notre station, février et mars sont apparus comme les meilleurs mois. Mais ce n’est guère une surprise après les échecs de la période Noël/Nouvel an. Celle-ci a en effet été marquée par le manque de neige, mais aussi par un beau temps relativement favorable aux restaurateurs et aux commerçants. Il faut savoir qu’avec les nouvelles technologies les consommateurs effectuent leurs choix au dernier moment en fonction des contextes météorologiques. Je m’interroge en outre sur une évolution laissant souvent apparaître des préférences pour des séjours plus courts. Du genre «plutôt quatre jours qu’une semaine», du fait d’un pouvoir d’achat général tendant à baisser, même en Suisse. Une telle tendance pèse forcément sur les chiffres d’affaires des professionnels du tourisme.

Les chiffres de l’OFS mettent en évidence une baisse de la demande sur des marchés étrangers décisifs, comme la France et l’Allemagne. Les offices du tourisme et Suisse Tourisme devraient-ils accroître davantage leurs efforts de marketing et de promotion en Suisse pour les vacances d’hiver ?

Les clients français ne m’inspirent quoi qu’il en soit guère d’espoir. Ils répètent sans cesse que la Suisse est un pays cher. Il peut dès lors paraître peu pertinent d’aller chercher des clients dans ce pays. Il serait en revanche intéressant d’augmenter les efforts en Suisse. Quant à la demande chinoise elle demeure encore faible globalement. Ce marché n’en est qu’à ses débuts. Je remarque en outre que les chiffres «montagnards» de l’OFS se limitent au mois de février sans s’étendre à la période janvier/février. Je suppose qu’ils n’auraient pas été assez mauvais. Les médias n’ont eux-mêmes pas hésité à multiplier les clichés attestant le cruel manque de neige à Noël/Nouvel-an et puis plus rien lorsque tout est devenu blanc, dès la mi-janvier. Je ne prétends cependant pas qu’il n’y a rien à changer dans l’orientation de l’offre de tourisme en Suisse et la façon de le vendre.

Après le week-end et les vacances scolaires de Pâques, quel regard portez-vous sur l’ensemble de la saison 2015/16 dont le terme est imminent ?

La saison s’est révélée, semble-t-il, relativement satisfaisante pour notre station, bien que difficile pour les remontées mécaniques. La météo ne nous a en plus guère été favorable à Pâques. Nous avons toutefois bénéficié d’un temps exceptionnel pour le festival « Rock the pistes » (évènement proposant chaque jour un concert rock ou pop sur une des pistes du site des Portes du Soleil), du 13 au 20 mars. Avant d’avoir eu connaissance des résultats de mars et juste avant un week-end s’annonçant radieux et fort en neige, je me montre d’un optimisme prudent pour les résultats de l’ensemble de la saison 2015/16. Mais, quoi qu’il advienne, nous devons sans cesse rester à l’écoute de nos clients dans toutes les branches d’activités touristiques. Cela nous permettra peut-être de mieux comprendre les chiffres de février.

L’écoute de vos clients ne vous pousse-t-elle justement pas à développer des alternatives aux sports d’hiver traditionnels, favorisant de la demande en remontées mécaniques avec ou sans neige, été comme hiver ?

Il y a une multitude d’alternatives possibles. Encore faut-il disposer d’espace, d’infrastructures, de sécurité et de financement, sans oublier de générer de la demande pour rentrer dans nos frais. Se concentrer sur une ou deux attractions, bien ciblées, me paraît toutefois plus sage qu’une diversification excessive. Les sports d’hiver doivent en plus devenir une véritable culture en Suisse. Ce processus requiert leur introduction dans les écoles de certaines régions et leur renforcement dans d’autres.

Créé: 07.04.2016, 13h33

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.