Comment gagner plus avec des porcs moins gourmands

AgricultureEn sélectionnant les bons cochons, les paysans suisses pourraient réduire leur coût de quelque 18 millions de francs par an.

Le porc suisse se nourrit de 15% de soja écologique et de 85% de restes de céréales.

Le porc suisse se nourrit de 15% de soja écologique et de 85% de restes de céréales. Image: LAURENT GUIRAUD

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Oh, joie des voies détournées de la science. En voulant remettre à jour les manières dont les éleveurs devraient nourrir leurs cochons, les chercheurs d’Agroscope ont découvert que 30% des porcs étudiés produisaient tout autant de viande et croissaient aussi bien que les autres. Tout cela en recevant un apport en protéines végétales (sous forme de soja) bien en dessous des doses habituelles. La découverte est d’importance. Car selon ce centre de recherche agricole de la Confédération, une fois confirmés, ces résultats aboutiraient à terme à des économies de quelque 75 000 tonnes de soja par an. Importées, principalement d’Amérique du Sud, elles représentent pour la branche des montants annuels de quelque 18 millions de francs.

Pour Peter Stoll, le responsable de cette étude chez Agroscope, «cette découverte renverse complètement la façon de concevoir l’élevage de porcs en Suisse puisqu’elle mise sur des bêtes moins gourmandes. Car durant les dernières décennies, l’élevage de cochons n’est allé que dans un sens: la recherche d’animaux avec des rendements toujours plus élevés. Pour en arriver là, on donne sans arrêt aux cochons un surplus de protéines à manger. Cela favorise le type de porc qui dépend de ce niveau élevé en protéines.»

Porcs toujours plus gros

Créer des porcs moins boulimiques pourrait être d’autant plus intéressant qu’ils sont toujours plus gros en Suisse. Or, dans une branche souffrant chroniquement d’une suroffre, un kilogramme de plus par bête équivaut à une production supplémentaire de 520 porcs de boucherie par semaine, avertit l’agence d’information agricole romande AGIR. Une tendance du reste aussi soutenue par les abattoirs et les grands détaillants: depuis le début de janvier, le poids minimum d’abattage d’un porc est passé de 74 à 78 kilos, et le poids maximum de 96 à 98 kilos.

Felix Grob, le directeur de Suisseporcs, l’association des producteurs, salue cette découverte. «Cela va tout à fait dans le sens de nos efforts. Depuis 1977, soit en trente-neuf ans, nous avons diminué de 33% les besoins en nourriture pour produire un kilo de viande de porc.» Petit bémol tout de même, il pointe que les résultats de cette étude signifient aussi que 70% des cochons en question ont vu leur performance reculer.

Affiner l’analyse

Et maintenant? L’analyse sera affinée à plus grande échelle au centre de recherche de Sempach (LU), surtout au niveau de son implication sur la qualité de la viande et de sa graisse, sur la santé et la fertilité des animaux.

A l’initiative de Suisseporcs, le soja donné aux cochons suisses couvre 15% de leur nourriture et est issu de cultures écologiques, sans OGM. Il a remplacé les farines animales et les restes de nourriture humaine, interdits en Suisse depuis les derniers scandales liés à la «maladie de la vache folle». Le reste de la ration journalière des cochons (85%) est composé principalement de sous-produits céréaliers.

Créé: 08.07.2016, 07h10

Boutefas et jambon en route vers l’AOP

Les cochons de race suisse, nourris avec des produits régionaux (petit-lait, céréales, maïs et tourteau de colza), fournissent une viande plus goûteuse et de meilleure qualité. Les gastronomes s’en doutaient depuis longtemps, mais c’est désormais scientifiquement prouvé par la Haute Ecole des sciences agronomiques forestières et alimentaires de Zollikofen. Un soulagement pour les éleveurs et charcutiers, puisque la mise en place d’une appellation d’origine protégée (AOP) pour les spécialités charcutières valdo-fribourgeoises (boutefas et jambon de la borne) dépendait directement du verdict.

L’heure était donc à l’optimisme hier matin à Vallon (FR), lors de la présentation de ces résultats. «Dans le secteur des fromages, les IGP et AOP ont permis de nettement augmenter les ventes et de mieux rémunérer les producteurs, a rappelé le conseiller d’Etat Philippe Leuba. Cette AOP charcutière permettrait donc d’améliorer la rentabilité de toute la filière, de la protéger de la concurrence internationale et ainsi d’assurer sa pérennité.» S.MR.

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