Le géant chinois Tencent veut s’emparer des Beatles

MusiqueLe conglomérat pourrait prendre jusqu’à 20% des parts d’Universal Music Group, le leader mondial de la musique.

Une plateforme de streaming chinoise prend des parts dans le producteur des Beatles et autres artistes emblématiques.

Une plateforme de streaming chinoise prend des parts dans le producteur des Beatles et autres artistes emblématiques. Image: DR

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À l’avenir, faudra-t-il passer par une plateforme de streaming chinoise pour écouter les Beatles, Lady Gaga, Taylor Swift, Ariana Grande ou encore le rappeur compositeur Drake? Depuis quelques jours, la question se pose puisque Tencent a annoncé qu’elle discutait d’une entrée potentielle au capital de leur maison de disques: Universal Music Group (UMG).

Dans les mois à venir, le conglomérat d’origine chinoise est prêt à dépenser plusieurs milliards d’euros pour acquérir jusqu’à 20% des parts de la filiale de Vivendi, aujourd’hui numéro un mondial de la musique (devant Sony Entertainment ou Warner Music). Une opération largement saluée par les investisseurs. «C’est un bon début et incontestablement un point marqué par Vincent Bolloré contre les sceptiques», réagissait pour «Les Échos» un analyste de Citigroup.

Même si les deux intéressés préfèrent parler de «discussions préliminaires» pour le moment, cette probable alliance comprend des enjeux potentiellement colossaux pour une industrie déjà chamboulée. L’apparition des plateformes numériques a en effet complètement transformé les modèles d’affaires des majors au cours des quinze dernières années. En plus de contribuer à la chute des ventes physiques d’albums, la digitalisation de l’offre musicale a mis les marges des maisons sous pression.

Avant même l’arrivée du streaming, l’exemple iTunes l’illustre bien. À l’apparition de cette plateforme en 2001, les producteurs de musique ont dû composer avec Apple, sa maison mère, et lui verser une part des revenus sur chaque vente de morceaux ou d’albums. Or, à de multiples reprises, le montant en question a été la source de fortes tensions entre la marque à la pomme et les principaux studios. Ce bras de fer s’est encore accru avec les nouvelles plateformes de musique en ligne, dont l’essor est considérable. Rapportant près de la moitié des revenus de l’industrie musicale mondiale, les plateformes ont permis au marché de rebondir. En 2018, la croissance était de 9,7%, atteignant les 19,1 milliards de dollars.

Revaloriser les contenus

Cette évolution explique pourquoi, à Wall Street, toute l’attention se porte sur les dernières performances de Spotify, d’Apple Music et des autres plateformes en vogue. «C’est l’effet pervers de cette évolution digitale. Les marchés concentrent toute leur attention sur ces nouveaux acteurs et oublient finalement à quel point un catalogue comme celui d’Universal Music a de la valeur. Car contrairement aux plateformes de diffusion en ligne qui n’ont rien de véritablement uniques, les talents qu’ils produisent le sont, eux», explique Anton Sussland.

Selon ce conseiller en investissement indépendant, en proposant de s’allier à Tencent, Vivendi s’offre l’option de changer la donne et de «revaloriser, de manière rapide et quasi immédiate, son portefeuille d’artistes emblématiques». Tout cela sans compter un accès simplifié – et sans trop de risque financier – au vaste public chinois. Dans l’Empire du Milieu, la plateforme musicale de Tencent domine en effet largement le marché avec quelque 700 millions d’utilisateurs. Actuellement, beaucoup ne connaissent encore rien au catalogue d’UMG au vu de sa faible pénétration dans le pays.

Atout compétitif potentiel

Dans un contexte où la compétition s’annonce de plus en plus vive entre les différentes offres de streaming (Spotify, Apple Music, Amazon Music, Deezer, etc.), Vivendi gagne aussi, avec Tencent, un partenaire crédible et surtout très utile au moment où il faudra renégocier ses royalties avec la concurrence. «Le groupe français pourrait l’utiliser comme moyen de pression. Pour revoir ses tarifs à la hausse, il pourrait brandir la carte du retrait de son catalogue aux plateformes réfractaires», estime Anton Sussland.

Au vu des velléités de conquête internationale de Tencent, le scénario d’un accès exclusif du catalogue d’Universal Music sur sa plateforme n’est pas non plus à exclure. À terme, en supposant par exemple que le géant chinois acquière des parts encore plus importantes dans la filiale de Vivendi, l’hypothèse de priver la concurrence d’environ 30% des parts mondiales du marché de la musique n’est pas totalement absurde d’un point de vue stratégique. Contre les géants américains, – Spotify semble intouchable au vu de son alliance signée avec Tencent –, l’atout concurrentiel s’avérerait majeur pour les Chinois.

Même combat

Cette guerre du contenu rappelle par ailleurs ce qui s’est passé dans le secteur du film et des séries TV, également touché de plein fouet par le streaming. Netflix, l’actuel leader mondial, est en train de perdre une partie de son catalogue puisque Disney, WarnerMedia et d’autres gros acteurs veulent peu à peu récupérer leurs contenus. «Et comme produire des programmes ou artistes de qualité et à succès reste une tâche difficile, il vaut mieux l’acheter», explique encore Anton Sussland, en se disant surpris qu’un Apple ou un Amazon n’ait pas sauté sur l’occasion offerte par Vivendi.

Le groupe français se dit prêt toutefois à céder un peu moins de la moitié des parts d’Universal Music Group (UMG). L’opportunité pour les autres plateformes de se réveiller et éviter de voir les Beatles passer définitivement en mains chinoises.

Créé: 09.08.2019, 21h23

Vivendi SA

Actionnaire principal: Groupe Bolloré (26,68%)

Direction: Yannick Bolloré, président du conseil de surveillance, Arnaud de Puyfontaine, président du directoire.

Siège social: Paris

Secteurs d’activité: communication, divertissement, télévision, édition et jeux vidéo

Filiales: Universal Music Group, Groupe Canal+, GameLoft, DailyMotion, Havas, Vivendi Games, Vivendi Village et Editis

Main-d’œuvre: 44 000 employés

Revenus: 14 milliards en 2018*

Bénéfices: 1,15 milliard en 2018*

Capitalisation boursière: 30,9 milliards*


*En dollars

Tencent Holdings

Actionnaire principal: Groupe de médias Naspers (31,1%)

Direction: Ma Huateng (cofondateur avec Zhang Zhidong)

Siège social: Shenzhen

Secteurs d’activité: communication, réseaux sociaux, divertissement et jeux vidéo

Filiales: immense conglomérat comptant en Chine des marques et services tels que WeChat, QQ, Tencent, etc. Le groupe chinois parle de quatre divisions principales et d’une vingtaine d’autres filiales de plus petite taille.

Main-d’œuvre: 44 800 employés

Revenus: 35,3 milliards en 2018*

Bénéfices: 10,6 milliards en 2018*

Capitalisation boursière: 413 milliards*


*En dollars

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