Le géant Toshiba se fait grignoter de toutes parts

TechnologieLa déliquescence du géant japonais n'est qu'un exemple parmi d'autres fleurons nippons qui n'ont pas su s'adapter.

Image: Archives/Photo d'illustration/AFP

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Toshiba est condamné au démembrement pour sauver ce qui peut l'être d'un groupe plus que centenaire à l'agonie et assailli par des rapaces qui se disputent ses technologies, cas symptomatique des lacunes des géants japonais, déplorent des experts.

Ces dernières années l'ont prouvé: la disparition de grands noms nippons est possible. Sanyo n'est plus, NEC survit mais sans ses activités autrefois les plus visibles (PC, téléphones mobiles), Sharp a été sauvé in extremis par le géant taïwanais Hon Hai, Panasonic ou Hitachi abandonnent peu à peu l'offre grand public pour fournir les professionnels du bâtiment, de l'automobile ou de l'aéronautique.

Toshiba, dont les origines remontent à 1875, a longtemps représenté la réussite de l'industrie nippone née à l'ère Meiji. Le voilà dans une situation dramatique, forcé de vendre ses bijoux de famille, en l'occurrence la filiale de puces-mémoires, pour éviter le pire.

«Chapeau magique»

Les candidats se battent bec et ongles pour «ce chapeau magique» d'où sortent près de 4 milliards d'euros de bénéfice d'exploitation par an, selon Masahiko Ishino, de Tokai Tokyo Research Center. «C'est comme une bataille d'héritage, chacun essaye d'avoir la plus grosse part», ironise-t-il.

Sauf que, comme le souligne l'essayiste Yasuyuki Onishi, auteur d'un récent ouvrage intitulé «Le démembrement de Toshiba», se profile «le jour où les fabricants japonais d'électronique ne seront plus». Petit à petit, tous font du tri dans leurs activités mais sans les remplacer par d'autres plus porteuses.

L'Etat, via un fonds semi-public de «revitalisation» des entreprises (INCJ), joue les sauveteurs de dernière minute: il a évité la déconfiture de Renesas (circuits intégrés) en devenant son premier actionnaire, créé Japan Display et Joled (respectivement spécialistes des petits écrans LCD et Oled) quand Sony, Toshiba, Hitachi ou Panasonic ont décidé de stopper les développements dans ces domaines. Aujourd'hui, l'INCJ est prêt à investir des milliards au côté du fonds Bain Capital dans la filiale de puces-mémoires de Toshiba.

Stratégie erronée

«Le rachat par Toshiba du groupe américain du secteur nucléaire Westinghouse en 2006 a été un échec total», explique à l'AFP M. Onishi. Les conditions étaient mauvaises (renforcement des normes après les attentats de septembre 2001, révolution du gaz de schiste), «mais Toshiba a suivi la politique pronucléaire du gouvernement japonais», rendue ensuite quasi caduque par la catastrophe de Fukushima en 2011. Conséquence, cette stratégie erronée est aujourd'hui «la plus grande cause de la crise que traverse le groupe».

Et si Toshiba est acculé à se défaire de ses pépites lucratives (mémoires, systèmes médicaux), c'est «parce que l'Etat n'accepterait pas un abandon de l'énergie nucléaire». Car Toshiba est essentiel pour en finir avec le sinistre de Fukushima. De fait, résume M. Onishi, Toshiba «risque de ne plus être qu'une société de démantèlement des centrales nucléaires japonaises».

En renflouant ses caisses grâce à la cession des filiales bien portantes, «Toshiba va temporairement éviter la faillite, mais maigrira et finira par disparaître», tranche cet expert pour lequel le cas Toshiba n'est pas unique. «Dans de nombreuses entreprises japonaises, la gouvernance des administrateurs internes et externes ne fonctionne pas», parce qu'elles sont, dit-il, à la botte de leurs banques principales et des structures étatiques.

«Venez chez nous»

Jusqu'il y a peu, Toshiba, 190'000 salariés, se distinguait, avec son compatriote Hitachi, par une gamme très étendue de produits, allant des puces électroniques aux réacteurs nucléaires, en passant par les PC, téléviseurs, escaliers mécaniques, ascenseurs, produits électroménagers, appareils audiovisuels, et encore une multitude de composants, objets et services pour professionnels et particuliers.

Mais en l'espace de deux ans marqués par un retentissant scandale de comptes falsifiés entre 2008 et 2014 et la faillite de Westinghouse cette année, des pans entiers ont disparu. Et certains se ruent sur les trésors techniques du groupe voire essaient de débaucher sa main-d'oeuvre de haut niveau comme le constructeur d'automobiles Toyota qui a récemment placardé des publicités près de sites Toshiba où l'on pouvait lire: «Comment? Vous travaillez pour cette entreprises d'électronique? Si c'est le cas, venez chez nous!». (afp/nxp)

Créé: 13.09.2017, 11h02

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