«Genève reste une plaque tournante des gemmes»

JoaillerieGemGenève ouvre ses portes ce jeudi. Figures du négoce de gemmes, Ronny Totah et Thomas Faerber lèvent le voile sur leur salon.

Quelque 220 exposants sont attendus cette année pour la deuxième édition de GemGenève.

Quelque 220 exposants sont attendus cette année pour la deuxième édition de GemGenève. Image: Keystone

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Il y a bien sûr eu le départ du groupe Swatch de Baselworld, l’an dernier. D’autres coups de semonce plus discrets avaient déjà résonné pour le grand salon horloger et joaillier bâlois. Comme les défections de Thomas Faerber, figure mondiale des pierres et bijoux anciens, et du diamantaire Ronny Totah; suivies du lancement en 2018 à Genève… de leur salon concurrent de la joaillerie. Le premier GemGenève avait fait parler de lui en révélant la collection imaginée par l’actrice Angelina Jolie ou en servant de rampe de lancement à Emmanuel Tarpin, un créateur acclamé.

La deuxième édition de ce rendez-vous d’un monde très fermé – mais pourtant ouvert au public – démarre jeudi à Palexpo. L’événement veut faire sa place face à Bâle, mais également aux grands rendez-vous du monde secret des pierres que sont Hongkong et ses 4600 exposants, ou Las Vegas.

En 2018, vous lancez un salon au début de mai et voilà que les deux événements horlogers phares – le SIHH genevois et Baselworld – décident de se tenir de concert à la fin d’avril. Vous vous étiez concertés ou le hasard fait-il bien les choses?

Ronny Totah: Non, c’est un hasard. Dès l’origine nous voulions que GemGenève se déroule durant la semaine de ventes aux enchères genevoises de Christie’s et Sotheby’s. Mais oui, dès l’an prochain, GemGenève se déroulera dans la foulée du SIHH et de Baselworld, qui font venir en Suisse clients exclusifs, détaillants, grossistes…

Qu’est-ce qui clochait à Bâle?

Thomas Faerber: J’y ai exposé pour la première fois en 1973 et nous nous sommes agrandis avec ce qui allait devenir Baselworld. Mais depuis plusieurs années monsieur Totah et moi sentions que le salon allait dans la mauvaise direction. La joaillerie et les pierres y étaient traitées de manière hautaine, reléguées dans une halle à un demi-kilomètre. Le nombre de visiteurs plongeait, beaucoup de PME de fabrication de bijoux ne venaient plus. Trop cher! On ne se sentait plus les bienvenus… et je n’ai jamais aimé me rendre aux fêtes auxquelles je ne suis pas convié. Nous avons parlé du projet à nos confrères – gérer un salon n’est pas notre métier. Ils nous ont dit qu’ils suivraient. On a sauté le pas en 2017, notre dernière année à Bâle.

Après une édition pour se lancer, comment se présente la deuxième?

T.F.: Nous avons refusé une soixantaine d’exposants. Nous avions décidé de ne pas en prendre plus de 20% par rapport à l’an dernier, mais au final on sera proche des 220 participants, soit 35% de plus. La halle 7 de Palexpo ne nous laisse guère de marge. Les deux pays les plus représentés sont la Suisse et les États-Unis.

C’est rentable, un salon?

T.F.: Le résultat de la première édition a été positif.

R.T.: C’est toujours rentable si on s’échine à le rendre rentable en minimisant les coûts et en attirant un maximum de monde. Notre idée est plus simple – satisfaire les participants, leur donner envie de prendre l’avion pour venir à un salon organisé par des négociants comme eux, pas par des organisateurs d’événements. Et comme 95% reviennent – avec ce que cela signifie de frais de transport ou d’assurance –, on se dit que la formule n’est pas si mauvaise.

Une présence se justifie à l’aune des ventes décrochées?

T.F.: Pas seulement. Ce qui compte aussi, c’est de se faire de nouveaux contacts, de revoir ceux qui avaient déserté Bâle…

Un salon dédié aux gemmes, c’est sensible. Quels moyens pour le protéger?

R.T.: N’en parlons pas, par souci de sécurité. Je peux juste vous dire que c’est l’un des principaux postes de dépense du salon.

Pouvez-vous nous donner une idée des transactions nouées à Genève?

T.F.: Cela ne me viendrait pas à l’idée de demander à un exposant combien il a vendu. Seules les maisons d’enchères articulent des chiffres. À Genève, il est déjà arrivé qu’une seule vente atteigne un record de 150 millions (ndlr: en novembre 2018, la vente d’un diamant rose Pink Lady à 50 millions a défrayé la chronique) et lors des semaines d’enchères annuelles (ndlr: celle de printemps se tient en ce moment) plusieurs centaines de millions changent de main.

Qui paie 50 francs l’entrée pour voir ces créations? Un «public» qui peut se les offrir?

R.T.: L’an passé, nous avons eu un millier de visiteurs privés, dont 800 n’avaient pas un contact avec des exposants. Bien sûr, il y a des clients potentiels. Mais aussi des passionnés d’art joaillier, de nouvelles créations.

Rue du Rhône, certains ne sont pas à la fête. Genève perd-elle son rôle de plaque tournante?

T.F.: À mes yeux, ce ralentissement reste cyclique et répond aux années fastes connues précédemment. La clientèle moyen-orientale continue de venir. Et si les Russes sont moins présents, c’est avant tout à cause des restrictions et des embargos. Mais Genève garde le rôle que lui ont permis de jouer ses Ports Francs, même si l’entreposage y est devenu bien plus réglementé depuis deux ans.

Dans l’automobile, un grand patron a comparé les salons à des reliques des années 60…

R.T.: Vous acceptez peut-être d’acheter une Volkswagen sur internet. Mais y commanderiez-vous une bague en émeraude à 100 000 francs? L’acte d’achat en lui-même participe à une telle acquisition, très émotionnelle. On a besoin de voir, de toucher, d’en parler.

Créé: 07.05.2019, 19h34

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