À Genève, le Salon se mobilise face à l’absence de marques phares

AutomobileVolvo ou Peugeot ne seront pas de la partie le 5 mars. Un circuit d’essai vise à convertir en masse le public à la voiture l’électrique.

Les exposants seront au nombre de 150, contre 180 l’année dernière.

Les exposants seront au nombre de 150, contre 180 l’année dernière. Image: Keystone / Laurent Gillieron

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Face à la menace financière que fait peser sur le secteur la mise en œuvre des plafonds européens de rejets de CO2, le Salon de l’auto tentera à partir du 5 mars de convertir le grand public à la voiture électrique sur un nouveau circuit couvert de 450 mètres. Au total, plus de 11'000 créneaux d’essai sur une cinquantaine de véhicules seront proposés dans la halle 7 de Palexpo à Genève.

Il en va de l’équilibre financier de tout le secteur. Ce dernier vise un triplement des ventes de véhicules électriques cette année – il s’en est écoulé environ 10'000 l’an dernier, en grande partie grâce à l’irruption de Tesla – afin d’éviter des amendes qui pourraient se chiffrer en dizaines de millions de francs. «C’est la raison d’être de ce circuit, ce qui manque au public c’est l’information nécessaire pour prendre une décision», a expliqué mardi Olivier Rihs, directeur général du Geneva International Motor Show (GIMS), lors de la présentation du programme de la 90e édition. Selon un sondage organisé en marge de la manifestation, 97% des personnes interrogées disent n’être jamais montées à bord d’un véhicule électrique.

Alors qu’un groupe comme Volkswagen investit l’équivalent de sa valeur en Bourse –soit plus de 30 milliards d’euros – dans la production de véhicules électriques, «le GIMS se doit d’être le miroir de cette transformation», insiste celui qui, entré en fonction il y a un an, est déjà sur le départ.

«Politiquement brûlant»

«Ce projet de circuit est un effort considérable que fait le Salon pour s’inscrire dans les efforts de la feuille de route sur l’électromobilité mise en place par Doris Leuthard (ndlr: l’ex-conseillère fédérale)», a estimé de son côté François Launaz, le président d’Auto-Suisse, l’association faîtière du secteur. Selon ce dernier, le sujet est «politiquement brûlant» et les débats des parlementaires en mars «détermineront combien il va falloir payer en plus en Suisse pour continuer de rouler en voiture» (lire ci-contre).

Le circuit d’essai de Palexpo permettra également de détourner l’attention des désaffections en série de marques européennes emblématiques. Et de proposer une «expérience» à même d’attirer de nouveaux visiteurs, alors que la fréquentation s’est érodée de 9% l’an dernier pour dépasser tout juste les 60'0000 visiteurs. Finie, l’exception genevoise face aux autres salons de l’auto en difficulté, de Détroit –maintenant organisé en juin – au duo Paris-Francfort qui se passe le relais une fois sur deux en automne.

Astuces contre la sensation de vide

La désertion de Ford, annoncée dès 2018, a été suivie par celles de Hyundai, de Volvo, d’Opel, de Jaguar ou encore de Land Rover en 2019. La 90e édition du Salon de l’auto qui ouvre ses portes le mois prochain devra faire sans Peugeot-Citroën, Volvo, Nissan, Mitsubishi ou sans le bling de Lamborghini. Les organisateurs d’une manifestation dont les préparatifs occupent actuellement 3000 personnes parviennent encore à gérer avec habileté la sensation de vide, en élargissant les allées, en multipliant les stands de petites marques ou en créant une «plaza» au centre d’une des halles.

Cette année, 20% de surface d’exposition en moins seront offerts, ce qui ne fait pas les affaires de Palexpo. «Il y a bien sûr des réserves liées aux années fastes de nos 90 ans d’histoire, mais si trois ou quatre années de ce type se succèdent, cela va évidemment être plus compliqué», a admis mardi le président de la Fondation du Salon international de l’automobile de Genève, Maurice Turrettini.

Concurrence d’internet

Les exposants seront au nombre de 150, contre 180 l’année dernière. À ce rythme, la crédibilité de la manifestation reposera bientôt sur une poignée de constructeurs: les grands noms allemands ?les marques de la galaxie Volkswagen, BMW et Mercedes?, le géant nippon Toyota ainsi que Renault et Fiat (aujourd’hui marié à Chrysler, le plus grand exposant de cette édition), deux piliers du salon. Alors que Peugeot-Citroën a favorisé le Mondial de Paris, le français et l’italo-américain restent fidèles au poste. «Aujourd’hui, beaucoup de marques choisissent de venir si elles ont un nouveau modèle à mettre en avant, et plus uniquement pour afficher l’ensemble de leur gamme, estimant que cette découverte peut être faite sur internet», relève le directeur, Olivier Rihs.

Signe d’espoir, le chef de file des constructeurs coréens, Hyundai, qui figurait parmi les grands absents de la dernière édition, revient cette année pour présenter sa nouvelle i20. Et un constructeur a même prévu sa propre piste d’essai sur son stand. Au total, entre les versions électrifiées de la Golf GTE et de la Honda Jazz et les nouvelles Audi A3 et Mercedes Classe E, 90 premières sont pour l’instant annoncées sur le Salon, «un chiffre similaire à celui de l’an dernier», indiquent les organisateurs.

Un invité surprise mais indésirable a fait cette année irruption dans la manifestation, ou du moins dans son organisation: le coronavirus. L’épidémie a «rendu plus compliquée» la préparation de la manifestation, selon ses responsables. Mais contrairement au Salon des inventions, qui se déroule également à Genève, la maladie n’a pas conduit au report du Salon de l’auto. Comme l’a précisé Maurice Turrettini, seuls quatre exposants au GIMS sur 150 sont originaires de Chine, contre 40% au Salon des inventions.

Créé: 18.02.2020, 22h22

2020, une année charnière

Cela n’a rien d’une surprise: les spécialistes alertent depuis des mois sur la crise qui se profile pour le secteur en 2020. Marqué par l’entrée en vigueur du nouveau système européen de plafonnement des rejets de CO2 dans l’automobile, ce début d’année n’avait cependant pas besoin d’une épidémie de coronavirus en Chine, premier marché au monde. Les ventes de véhicules neufs en Europe (Royaume-Uni et pays de l’AELE inclus) ont baissé de 7,4% en janvier, a révélé mardi l’association européenne du secteur, l’ACEA. Renault, qui a annoncé vendredi ses premières pertes depuis dix ans, a ainsi vu ses ventes dévisser de 16%, Peugeot accusant une baisse de 10%. Le secteur en Suisse, qui sort d’une bonne année, s’attend aussi à des secousses.

Mardi à Genève, le président d’Auto-Suisse François Launaz a réitéré ses mises en garde contre les «conséquences disproportionnées» qu’aura dans notre pays l’adoption d’objectifs de réduction des émissions de CO2 similaires à ceux de l’Union européenne. En cause, les niveaux très élevés des rejets des voitures roulant en Suisse – plus puissantes, plus lourdes et dont la moitié est équipée de la propulsion intégrale – valant au pays de figurer en bas du classement. «Si le secteur rate ses objectifs cette année, il encourt des sanctions éventuelles de 585 millions de francs en 2021, ce qui pénalisera les achats des Suisses», calcule François Launaz.

L’objectif des importateurs pour éviter de payer de telles amendes reste de parvenir à vendre 10% de véhicules électriques en fin d’année, contre 4,2% actuellement. «Je suis certain qu’on va l’atteindre», a dit mardi à Genève la «voix» du secteur. En revanche, le cap des 25% de voitures électriques visé en 2025 s’avère un «challenge». François Launaz craint aussi des répercussions sur les centaines d’équipementiers automobiles en activité dans le pays, qui emploient 34000 personnes. Ceux spécialisés dans les trains de roulement et les boîtes de vitesses vont «souffrir énormément» de ce basculement sur les propulsions électriques. P.-A.SA.

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