Une grave pénurie de main-d’œuvre menace la Suisse

EmploisAvec 2,7% de taux de chômage en avril, le plein-emploi fait son grand retour dans notre pays. Les entreprises peinent à recruter.

Les métiers de la santé sont les plus touchés en Suisse, avec ceux de l’informatique ou de l’industrie des machines.

Les métiers de la santé sont les plus touchés en Suisse, avec ceux de l’informatique ou de l’industrie des machines. Image: KEYSTONE/GAETAN BALLY

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En trois ans, la situation s’est totalement inversée. Et le choc de l’abolition du taux plancher et du franc fort n’est plus qu’un mauvais souvenir. Au mois d’avril, le taux de chômage en Suisse s’est en effet établi à 2,7%, contre 3,2% en 2017. Mieux: toutes les branches, toutes les tranches d’âge – y compris celle des plus de 50 ans – et tous les cantons (mis à part Appenzell Rhodes-Intérieures) connaissent un recul, parfois important, du nombre de sans-emploi sur un an (voir l’infographie). «De telles baisses sont rares», affirme Nadia Gharbi, économiste chez Pictet Wealth Management. «La situation est réjouissante, renchérit Antje Baertschi, porte-parole du Secrétariat d’État à l’économie (SECO). Nous avons presque retrouvé le niveau d’avant la crise financière de 2008.» Aujourd’hui, donc, la préoccupation majeure des milieux économiques n’est plus le chômage mais, paradoxalement, le manque de plus en plus criant de main-d’œuvre.

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90'000 PME frappées
Comme le déclare Oliver Adler, économiste en chef à Credit Suisse, dans une récente étude intitulée «Stratégies face à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée», «notre enquête montre que la pénurie de personnel qualifié est aujourd’hui un phénomène tout à fait réel en Suisse». Ainsi, plus de la moitié des entreprises qui cherchent à recruter éprouvent des difficultés à trouver des candidats adéquats et «environ un quart des sociétés interrogées – soit 90'000 PME – font même face à une pénurie aiguë». Et, attention, par main-d’œuvre qualifiée, on n’entend pas doctorat universitaire, MBA ou formation postgrade; il s’agit très simplement d’un personnel bien formé et répondant aux besoins de l’économie.

En mars dernier, la «Neue Zürcher Zeitung» citait deux exemples concrets de cette difficulté à recruter, ceux de la société Ypsomed, spécialisée dans les technologies médicales, et de l’entreprise vaudoise Bobst, active dans la fabrication de machines d’emballage. Le CEO d’Ypsomed, Simon Michel, explique ainsi qu’il peine à trouver des salariés pour le nouveau site de production de sa société, devisé à 100 millions d’euros, situé dans le nord de l’Allemagne, où la crise de main-d’œuvre est encore plus vive qu’en Suisse (lire en encadré). De son côté, le directeur financier de Bobst, Attilio Tissi, se prépare «à une hausse des coûts salariaux en 2018, car il n’est pas aisé de trouver du personnel adéquat, notamment des techniciens ou des monteurs, non seulement en Suisse, mais partout dans le monde».

Le Vieux-Continent tourne à plein régime et a vu son taux de chômage chuter de 40% en un an. En cela, les derniers résultats trimestriels d’Adecco, numéro un mondial du placement de personnel, sont éloquents. Son chiffre d’affaires a particulièrement souffert aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, deux pays qui s’approchent eux aussi du plein-emploi. Outre-Rhin, la multinationale vaudoise s’est carrément diversifiée dans l’insertion des migrants dans le monde du travail. «De nombreux employeurs hésitent à recruter des réfugiés, à cause notamment des difficultés à évaluer leur degré de compétences, affirme ainsi le CEO d’Adecco, Alain Dehaze. Il y a pourtant des métiers, tels que ceux du bâtiment, des services à la personne ou du rayonnage dans la distribution, où règne en Europe une pénurie structurelle.»

Initiatives à contre-courant
En Suisse, «ce sont surtout dans les métiers d’ingénierie, du droit, de l’informatique et de la santé que le manque est le plus fort», déclare Oliver Adler, de Credit Suisse. La situation semble particulièrement critique dans l’arc lémanique et en Valais, où les offres d’emploi ont bondi de 27% en un an. «Le dynamisme économique y est soutenu par la croissance économique mondiale, analyse Jan Müller, responsable du «Swiss Job Market Monitor» de l’Université de Zurich, dans la dernière édition. Les métiers du futur y sont particulièrement demandés, tels que l’informatique, les sciences de la vie, le secteur hospitalier et l’horlogerie.»

Or, alors que l’initiative «Contre l’immigration de masse» va être mise en œuvre, le 1er juillet prochain, que l’UDC vient de lancer une nouvelle offensive contre la libre circulation des personnes et que l’immigration européenne n’a jamais été aussi basse, le marché du travail affiche une réalité tout autre. La pénurie globale de main-d’œuvre représente une menace pour la croissance économique helvétique. (24 heures)

Créé: 15.05.2018, 06h51

Dans le monde: la population vieillit

On pourrait croire que la situation actuelle n’est que le reflet de la bonne santé de l’économie mondiale. Celle-ci est bien réelle. «La zone euro enregistre un taux de croissance de 2%. Et sur le plan international, ce dernier a atteint de 3,7% l’an passé», affirme dans «L’Agefi» Nadia Gharbi, économiste chez Pictet Asset Management. Le marché du travail réagit toujours en retard à une embellie. Mais ce ne sont pas les soubresauts conjoncturels qui inquiètent la plupart des pays développés. «Le vieillissement démographique est le principal défi que doivent relever les PME helvétiques, relève ainsi Oliver Adler. La génération du baby-boom va en effet partir à la retraite dans les cinq à dix prochaines années et les entreprises vont être confrontées, au mieux, à une stagnation et à un vieillissement de la main-d’œuvre potentielle.»
UBS prévoit ainsi un «trou» de 690'000 emplois non pourvus d’ici à dix ans.

En Allemagne, la crise démographique est déjà patente, puisque 2 millions d’emplois cherchent preneurs. Au Japon – où l’immigration est quasi inexistante et où le taux de robots est le plus élevé au monde – il s’avère que pour 100 personnes en recherche d’emploi, 159 postes leur sont proposés. Aux États-Unis, où le taux de chômage n’a jamais été aussi bas depuis l’an 2000, les plus de 50 ans sont rappelés dans les entreprises et, comme en Suisse, les salaires montent à nouveau.

La Pologne, qui fut il n’y a pas longtemps un pays d’émigration, est aujourd’hui un pays d’immigration de main-d’œuvre, en provenance notamment d’Ukraine.

Quant au Portugal, le taux de sans-emploi y est désormais de 7,8%, en baisse continue. L’an dernier, pour la première fois, davantage de Portugais ont quitté la Suisse qu’il n’en est venu.

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