Athènes commence à demander des comptes à Novartis

Soupçons de corruptionUne enquête a été lancée lundi par le Premier ministre Tsipras sur les pots-de-vin qu'aurait versés Novartis à des ministres grecs. Les pertes aux caisses publiques seraient de plus de 3 milliards.

Alexis Tsipras veut «faire toute la lumière» sur cette affaire.

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Le Premier ministre Alexis Tsipras a enclenché lundi la procédure parlementaire d'enquête sur des pots-de-vin qu'aurait versés Novartis à dix ex-ministres et Premiers ministres grecs, tout en demandant des comptes au géant pharmaceutique bâlois.

S'exprimant devant son groupe parlementaire, M. Tsipras a fait part de sa volonté de «jeter toute la lumière» sur cette affaire, symptomatique selon lui «des méthodes de mafia» des précédents gouvernements de droite et socialistes. Il a également annoncé que la Grèce userait de «tous les moyens légaux» à sa disposition pour «récupérer l'argent dont Novartis a privé l'Etat», via le gonflement présumé de ses tarifs de 2006 à 2015.

Des estimations judiciaires portent à quelque 3 milliards d'euros (plus de 3,4 milliards de francs) les pertes qui auraient été infligées aux caisses publiques.

Dans la foulée, les députés de la majorité ont demandé la formation d'une commission d'enquête préliminaire, seul organe à même d'autoriser des poursuites contre des membres ou ex-membres de gouvernement pour des faits commis dans l'exercice de leurs fonctions.

Novartis a réaffirmé lundi coopérer avec les autorités grecques et américaines depuis plus de 14 mois, et indiqué avoir lancé un audit interne.

FBI et témoins protégés

Deux anciens Premiers ministres et huit ex-ministres sont visés par la procédure. Parmi les protagonistes figurent le conservateur Antonis Samaras, remplacé au pouvoir en 2015 par M. Tsipras, le commissaire européen chargé des questions migratoires Dimitris Avramopoulos - ministre de la Santé conservateur de 2006 à 2009 -, et le gouverneur de la Banque centrale Yannis Stournaras.

Révélés la semaine dernière, les noms de ces responsables ont été cités dans une enquête entamée en 2006 par le parquet grec anti-corruption après des révélations de la police fédérale américaine (FBI) sur des cas de concurrence déloyale de Novartis en Grèce. Dans leur majorité, ils ont protesté de leur innocence, dénonçant «une machination» politique et menaçant leurs accusateurs de riposte pénale.

Selon le dossier d'instruction, qui a très largement fuité, ces derniers sont pour l'essentiel trois personnes bénéficiant du statut de «témoins protégés». L'un d'entre eux décrit notamment des livraisons de valises de liquide qui auraient été opérées au siège du gouvernement, en faveur de M. Samaras.

Mis au défi par M. Tsipras de reconnaître l'existence d'un scandale, son rival conservateur, Kyriakos Mitsotakis, a protesté de sa volonté de «transparence». Mais il a dénoncé le rôle joué dans l'enquête par les témoins protégés, qu'il a qualifiés de «porteurs de cagoules».

Fiesta de corruption

Rejetant tout «revanchisme» politique, M. Tsipras a pour sa part déploré que «la fiesta d'enrichissement et de dilapidation d'argent public» se soit poursuivie même durant la douloureuse purge de rigueur imposée aux Grecs depuis 2010.

Il reviendra désormais à la commission parlementaire de déterminer s'il existe des indices de culpabilité justifiant des mises en accusation parmi le gotha politique impliqué.

La création de cette commission doit être soumise au vote d'ici fin février, probablement la semaine prochaine, a indiqué le Parlement. Le feu vert parlementaire semble acquis, le gouvernement disposant de la majorité absolue requise, tandis que socialistes et communistes se sont déjà engagés à voter pour.

Dans son communiqué lundi, la branche grecque de Novartis relève que le «dialogue public» en cours sur l'affaire «inclut des inexactitudes, spéculations et confrontation politique». «Nous protégerons la société et son personnel avec toutes les possibilités des règles de droit», ajoute le texte.

Le groupe a fait l'objet fin 2016 d'une amende de 390 millions de dollars (363 millions de francs) aux États-Unis, et payé 25 millions de dollars en mars 2017 dans le cadre d'une affaire de corruption impliquant sa filiale chinoise.

L'enquête se poursuit par ailleurs sur les responsables non politiques, notamment hauts-fonctionnaires et médecins, tandis que des poursuites ont été ouvertes pour corruption contre l'ancien vice-président de Novartis Grèce, Constantinos Frouzis, présenté dans le dossier d'instruction comme l'homme-clé du système de pots-de-vin.

(afp/nxp)

Créé: 12.02.2018, 14h06

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