«La hausse des primes ne devrait pas dépasser 1%»

Système de santéDirectrice de SantéSuisse, Verena Nold estime que le répit ne va pas durer. Interview.

Verena Nold: «On estime que les nouvelles thérapies génétiques vont engendrer des frais de 1 milliard de francs par année.»

Verena Nold: «On estime que les nouvelles thérapies génétiques vont engendrer des frais de 1 milliard de francs par année.» Image: Jean-Paul Guinnard

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Les Suisses seront bientôt fixés sur leurs primes 2020. Verena Nold, directrice générale de la faîtière SantéSuisse, répond à nos questions.

Plusieurs caisses estiment que les primes ne vont pas augmenter l’an prochain. Partagez-vous cet avis?
On espère que la hausse sera inférieure à celle des coûts, que nous estimons à 3%. L’an passé, les primes ont généré un revenu suffisant pour pouvoir financer cette augmentation. On peut procéder à une sorte de compensation.

Quel est votre pronostic? Une hausse de 1%? De 2%?
C’est difficile de répondre. Je dirais pas plus de 1%, mais cela dépend aussi des régions.

Qu’en est-il pour Genève et Vaud?
Je ne peux pas encore vous donner des chiffres exacts. Dans ces cantons, les coûts du secteur ambulatoire augmentent beaucoup, ce qui a un impact sur la facture globale plus élevée que dans d’autres régions. Les coûts de l’ambulatoire, contrairement au stationnaire, sont en effet à 100% à charge des payeurs de primes.

Mais ces dernières années, les coûts ont baissé!
Les coûts de la santé ont baissé en 2018, car Alain Berset a introduit un nouveau tarif pour les médecins (Tarmed). On a constaté qu’à chaque fois qu’une telle modification est effectuée, les coûts baissent l’année qui précède et celle qui suit. Mais ensuite, ils augmentent davantage. Cela est notamment lié au fait que les factures prennent du retard; le changement de système exige des adaptations informatiques. Et puis, si les gens continuent d’aller chez le médecin à la même fréquence, une telle mesure n’a d’effet qu’au moment de son introduction. Nous sommes maintenant dans la dernière phase: les coûts ont augmenté de 6% durant le premier semestre 2019 par rapport à l’an dernier.

Comment les coûts vont-ils évoluer à plus long terme?
Nous sommes repartis comme avant, malheureusement, avec des hausses moyennes de 3 à 4% par année. Et comme les primes reflètent les coûts, elles vont connaître les mêmes augmentations que par le passé.

Pourquoi prévoyez-vous de telles hausses?
Elles sont notamment dues aux nouvelles thérapies génétiques contre le cancer ou contre les maladies rares. Ces médicaments sont certainement bons, mais ils peuvent coûter plusieurs centaines de milliers de francs. On estime qu’ils vont engendrer des frais de 1 milliard de francs par année. Il faut les rembourser seulement s’ils permettent de guérir le patient. Et bien analyser qui reçoit ce genre de traitement pour éviter de payer ceux qui ne servent à rien.

Si un patient peut vivre cinq ans de plus, êtes-vous prête à rembourser le traitement?
S’il y a un espoir que le patient puisse encore vivre cinq ans en relative bonne santé, alors c’est clair: il faut payer. La grande question est de savoir pourquoi le prix de ces traitements est si élevé. Leur développement est souvent fait par des start-up et non par les entreprises pharmaceutiques elles-mêmes. Celles-ci rachètent les patentes puis les revendent beaucoup plus cher. Elles font un immense business.

Si vous aviez les coudées franches, quelles seraient les trois mesures que vous prendriez pour freiner les coûts?
D’abord, il faut une concentration hospitalière, avec des établissements universitaires spécialisés dans la médecine de pointe et des établissements régionaux qui assurent les petites opérations de base, comme celles de l’appendicite. Aujourd’hui, environ 75% des cas traités dans les hôpitaux universitaires sont standards et pourraient être pris en charge dans des structures meilleur marché parce qu’elles n’ont pas besoin des mêmes infrastructures de pointe.

Et les deux autres mesures?
Il faut limiter le nombre de médecins spécialistes là où ils sont surreprésentés, par exemple dans certaines zones urbaines. Car plus il y a de médecins, et plus les patients consultent. C’est un cercle vicieux. Finalement, le prix des médicaments doit baisser.

Comment?
Il faut autoriser le remboursement des médicaments achetés à l’étranger. Et réduire le prix des génériques, en utilisant un système de prix de référence comme le propose Alain Berset. Finalement, le prix de tous nos médicaments doit être contrôlé chaque année et non tous les trois ans comme c’est le cas aujourd’hui.

Plutôt que d’augmenter les primes, pourquoi les caisses ne puisent-elles pas dans leurs réserves?
Pour calculer les primes, nous faisons des estimations et les réserves interviennent si les coûts s’avèrent plus élevés. Cet argent permet aujourd’hui d’assurer le paiement des factures des médecins et des hôpitaux durant trois mois. La constitution de réserves est une obligation légale. Elle garantit la sécurité de notre système de santé même s’il y a une épidémie.

Le PS, notamment, demande de geler les primes. N’êtes-vous pas trop prudents?
Ces réserves ont un peu augmenté ces dernières années, c’est vrai. Mais nous avons adapté les primes en conséquence en 2019 et nous le ferons encore en 2020.

Créé: 02.09.2019, 23h17

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