Huawei employait illégalement des travailleurs chinois

TéléphonieUn raid de la police à Dübendorf a permis de découvrir que l'entreprise chinoise qui gère les réseaux fixe et mobile de Sunrise, faisait travailler illégalement des compatriotes en Suisse, comme la branche le soupçonnait depuis des mois.

Les locaux de Huawei ont été perquisitionnés par le police qui y a découvert des employés sans permis de travail valable

Les locaux de Huawei ont été perquisitionnés par le police qui y a découvert des employés sans permis de travail valable Image: Keystone

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Plusieurs dizaines de policiers ont investi mercredi après-midi les locaux de l'entreprise chinoise Huawei à Dübendorf afin de contrôler les 230 employés qui y travaillaient et de vérifier la validité des permis de travail.

La razzia a permis de découvrir des ressortissants chinois envoyés depuis le siège de la compagnie en Chine avec de simples visas de tourisme. Neuf personnes ont été arrêtées à cette occasion, deux ont été libérées par la suite.

Ces citoyens chinois, dont certains ont débarqué en Suisse voici trois semaines, étaient absolument ignorants de leurs conditions, a souligné le procureur Niklaus Britschgi: «Ils pensaient que leur employeur avait réglé toutes les formalités.» Les contrevenants ont reçu une amende et ils ont été mis à la disposition de l'Office des migrations (ODM) qui a ordonné leur rapatriement en Chine, assorti d'une interdiction d'entrée sur le territoire suisse.

Sunrise en tête de pont

En outre, le raid des policiers zurichois a permis de découvrir douze autres personnes, principalement des Chinois, qui provenaient d'autres filiales de Huawei dans l'Espace Schengen et qui n'étaient pas déclarées en Suisse. Les quotas pour les travailleurs non-européens sont très limités: la canton de Zurich met à disposition 857 permis en tout et pour tout, ce dont doivent s'accommoder les entreprises telles le géant Google.

Huawei, qui emploie environ 750 personnes à Zurich, Berne et Lausanne, est parvenue à décrocher des contrats avec les principaux opérateurs télécoms du pays comme Swisscom ou encore Orange mais elle a noué des liens très serrés avec Sunrise. Ce dernier a vu ses collaborateurs repris par le groupe chinois lorsqu'il a décidé d'externaliser ses services de téléphonies mobiles.

Swisscom et Sunrise rappellent que tous leurs sous-traitants doivent respecter les législations en vigueur, Swisscom exigeant même de Huawei qu'elle lui montre les permis de travail des personnes travaillant pour son compte. L'entreprise chinoise a annoncé qu'elle coopère avec les autorités et qu'elle envisage des mesures internes afin de s'assurer de sa conformité avec les lois.

Démentis en mars

Les soupçons ne datent pas d'hier, et pourtant, Huawei ne s'est pas pressé de régulariser les situations. Au début de l'année, NZZ am Sonntag s'en faisait l'écho, relayant les reproches d'un employé qui accusait Huawei de condition de travail précaire et d'usage illégal de travailleur. En mars, les autorités cantonales des migrations et de l’emploi prévenaient Huawei de leur venue. «L'examen des documents saisis sur place durera encore un peu», a déclaré le responsable Peter Meier.

Quoi qu'il en soit, l'entreprise chinoise ne risque guère plus d'une amende mais les dommages à sa réputation sont plus difficilement estimables. En mars, son directeur pour la Suisse, Felix Kamer, déclarait à Bilan qu'aucun collaborateur n’était au bénéfice d’un visa touristique.

Sous pression aux USA

Cette affaire tombe mal pour Huawei, qui est déjà confronté à l’hostilité américaine en raison de ses liens supposés avec l'armée chinoise, son fondateur étant un ancien officier. Un rapport de la commission du renseignement du Congrès américain redoutait que les technologies vendues par Huawei et ZTE, son principal concurrent chinois, pourraient être utilisées pour mettre en danger la cybersécurité du pays.

La pression est telle outre-Atlantique que le vice-président de Huawei, Eric Xu, a déclaré en début de semaine que son groupe «n'est plus intéressé par le marché américain », a rapporté le Financial Times. De son côté, son concurrent ZTE pourrait bientôt faire face en Europe à une plainte pour concurrence déloyale.

Créé: 26.04.2013, 15h42

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