Ignazio Cassis doit réussir le défi du libre-échange à Washington

Visite officielleAprès les échecs des conseillers fédéraux Joseph Deiss et Johann Schneider-Ammann, l’actuel chef du Département fédéral des affaires étrangères paraît condamné au succès aux États-Unis.

La Suisse attend d'Ignazio Cassis qu'il relance la question d'un accord de libre-échange avec les États-Unis.

La Suisse attend d'Ignazio Cassis qu'il relance la question d'un accord de libre-échange avec les États-Unis. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Quatre ans après le rejet de l’adhésion de la Suisse à l’Espace économique européen, une bonne partie de la Suisse a commencé à espérer un accord de libre-échange avec les États-Unis. Deux conseillers nationaux UDC (Union démocratique du centre) zurichois, Christoph Blocher et Walter Frey déposaient une motion en ce sens en 1996. Mais, comme souvent dans les pays occidentaux, les agriculteurs ont rapidement coupé court à tous les enthousiasmes. Le temps a passé. En défendant la même cause, Joseph Deiss a échoué en janvier 2006, puis Johann Schneider-Ammann en décembre dernier. En visite officielle ces jours-ci aux États-Unis, le chef du Département fédéral des affaires étrangères, Ignazio Cassis, ne semble plus avoir de droit à l’échec sur la question du libre-échange.


A lire aussi: Ignazio Cassis, ses voyages et ses petites phrases


Le magistrat libéral-radical tessinois rencontre à Washington son homologue américain, le secrétaire d’État Mike Pompeo, et le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton. Ils aborderont certes de grands dossiers de politique étrangère, comme la représentation des intérêts états-uniens en Iran par la Suisse ou la situation au Venezuela. Mais, après les expériences de guerre commerciale, entamée par Donald Trump l’an dernier, il s’efforcera aussi de défendre la cause de négociations sur un accord de libre-échange. Une légère brise d’optimisme à ce sujet se fait à nouveau sentir en Suisse.

Ce regain est notamment induit par un choix stratégique: ne pas exclure tous les produits agricoles d’un tel accord, mais les limiter à ceux relevant d’intérêts réciproques. Tant des paysans américains qu’helvétiques. Un choix confirmé l’automne dernier par la directrice du Secrétariat d’État à l’économie, Marie-Gabrielle Ineichen-Fleisch. Pour le soutenir, les fromagers suisses sont en première ligne. «Les États-Unis constituent un marché important pour nous. Un accord de libre-échange serait donc une chance énorme. Nous ne craignons pas les importations en provenance des États-Unis, car l’offre américaine porte avant tout sur des produits de masse. Bien sûr, nous sommes conscients que toute la branche de l’agriculture suisse ne considère pas les choses de la même manière. C’est pourquoi nous devons pratiquer une ouverture intelligente du marché agricole suisse», relève le directeur de l’association Fromarte (le lobby des artisans suisses du fromage), Jacques Gygax.

Le gouvernement français défend ses paysans

Les paysans américains s’intéressent évidemment beaucoup plus à un marché comme celui de l’Union européenne. Si les agriculteurs suisses parviennent à s’entendre sur «cette ouverture intelligente», ils pourraient toutefois faciliter les négociations entre Berne et l’administration Trump. Bruxelles tient aussi à limiter les risques de guerre commerciale en obtenant un accord de libre-échange avec Washington. Mais les paysans, notamment français, mettent les pieds au mur. Ils sont en outre soutenus par leur gouvernement. «Nous exigeons que l’agriculture reste en dehors du champ des discussions avec les États-Unis. Nous avons des normes sanitaires, alimentaires, et environnementales élevées. Sans oublier des règles de production. Nous sommes attachés à tous ces éléments parce qu’ils garantissent la protection et la sécurité de nos consommateurs», insistait l’été dernier le ministre français de l’économie, Bruno Le Maire.

Si Paris maintient de telles positions, Berne garde plus de chances, même modestes, de négocier un accord de libre-échange avec les États-Unis dans des conditions plus souveraines. C’est-à-dire en limitant les risques de se faire imposer un modèle européen. Autre élément: les vertus économiques d’un accord de libre-échange sont déjà clairement démontrées. «Plus un secteur économique est exposé à la concurrence internationale, plus il est productif et plus les salaires sont élevés. Le commerce international contribue très fortement à la richesse de la Suisse. Il serait impensable d’avoir une richesse semblable en Suisse si nous fermons les frontières», rappelle Aymo Brunetti, professeur ordinaire à l’Université de Berne, cité sur le site de Swissmem (Association suisse de l'industrie des machines, des équipements électriques et des métaux suisse). (24 heures)

Créé: 07.02.2019, 11h46

Articles en relation

Cassis félicite Glencore et s’attire les foudres des ONG

Affaires étrangères Un tweet du ministre des Affaires étrangères sur une mine en Zambie fait polémique. Plus...

Cassis et Lavrov à Genève pour parler espionnage

Politique Le chef du DFAE a annoncé qu’une rencontre entre les services secrets suisses et russes s’était tenue à Moscou dernièrement. Plus...

«Conseiller fédéral, c’est un job totalitaire, mais il me fait grandir»

Interview Le Matin Dimanche Un an après son entrée en fonction, Ignazio Cassis se confie sur son style provocateur et son vœu de rester aux Affaires étrangères. Et il verrait bien l’élection de deux femmes au gouvernement. Plus...

Berset et Cassis ne parlent pas d’une même voix aux Nations Unies

Diplomatie Les deux conseillers fédéraux ont laissé apparaître leurs visions très différentes des grands thèmes du moment. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.