L’Inde met à genoux les fabricants de billets de banque, dont le suisse Landqart

EconomieLe pays annule une commande. La société Landqart, contrôlée par la BNS, est concernée.

Image: Keystone

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En automne 2017, les autorités monétaires indiennes ont contacté leurs fournisseurs européens avec une mauvaise nouvelle: l’annulation, d’un tiers à la moitié, d’une commande de 27 000 tonnes de papier-monnaie.

La vente avait été conclue en décembre 2016, un mois après le remplacement des coupures de 500 et 1000 roupies par des billets de 500 et 2000. À ce moment-là, l’Inde faisait face à une pénurie d’argent liquide.

En effet, le 8 novembre 2016, le premier ministre, Narendra Modi, avait annoncé l’annulation immédiate des vieilles coupures, sans aucun préavis. Du jour au lendemain, les Indiens avaient dû se ruer vers les distributeurs pour obtenir les nouveaux billets, poussant la filiale de la banque centrale indienne en charge de l’impression, la Bharatiya Reserve Bank Note Mudran Private Limited (BRBNMPL), à passer une grosse commande de papier pour endiguer la pénurie. Mais neuf mois plus tard, la BRBNMPL est revenue sur sa décision et a réduit son achat.

Pire encore pour les fournisseurs, le quotidien indien «The Indian Express» a révélé que la BRBNMPL avait demandé, le 2 avril, la destruction des stocks non livrés pour des raisons de sécurité. Problème: la partie de la commande qui a été annulée n’aurait pas été réglée. Du coup, les sociétés concernées rechigneraient à s’exécuter.

L’annulation décrétée en septembre 2017 a été un coup dur pour un secteur en mauvaise santé financière. Deux entreprises semblent avoir été particulièrement touchées: la suisse Landqart et la française Arjowiggins Security.

Landqart, qui est implantée à Igis, dans les Grisons, était alors une filiale du groupe canadien Fortress Paper. Lorsqu’elle reçoit l’avis d’annulation, elle voit s’envoler 16% de son carnet de commandes de l’année 2017 et 30% de celui de 2018, d’après les informations de Fortress Paper. Du coup, au quatrième trimestre 2017, Land­qart accuse une perte opérationnelle de 4,3 millions de dollars canadiens (3,3 millions de francs). De quoi plomber le groupe Fortress, qui déclare une perte opérationnelle totale de 5,7 millions de dollars canadiens. Puis, le 20 décembre, Fortress Paper officialise la cession de Landqart à la Banque nationale suisse, qui rachète 90% des parts, et à Orell Füssli pour 21,5 millions de francs.

Attachés au cash

Quant à Arjowiggins, l’annulation d’une partie du contrat indien est intervenue trois mois après que son propriétaire, le groupe Sequana, est sorti d’une procédure de sauvegarde. Au mois de janvier, il est entré en négociation exclusive avec le groupe d’investissement Blue Motion Technologies Holding, lié au fonds suisse Parter Capital Group. Contactées, ni la direction de Land­qart ni celle de Sequana n’ont souhaité faire de commentaire.

Ironie de l’histoire, la baisse de commande intervient alors que plusieurs États indiens, comme le Telangana, l’Andhra Pradesh et le Bihar, connaissent des pénuries de billets depuis plusieurs semaines. La banque centrale a pourtant remplacé toutes les devises annulées en novembre 2016. Et le gouvernement fédéral tente d’encourager les paiements digitaux pour réduire l’argent noir. Seulement voilà: les Indiens sont attachés au cash, qui reste utilisé dans environ 90% des transactions. Pas étonnant donc que les fournisseurs européens hésitent à détruire leur stock de papier-monnaie comme l’exige l’Inde.

Créé: 11.04.2018, 20h04

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