L’inventeur du web s’attelle désormais à réparer son œuvre

TechnologieÀ l’occasion des trente ans du World Wide Web au CERN, Tim Berners-Lee est devenu un combattant des dérives de la Toile.

Tim Berners-Lee était à l'honneur ce mardi 12 mars au CERN pour la célébration des 30 ans du World Wide Web.
Vidéo: Paul Clarke

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En ce mardi 12 mars, le monde entier était connecté à l’auditorium du Conseil européen pour la recherche nucléaire (CERN), plein à craquer, comme, voici six ans exactement, ses chercheurs ont annoncé à la planète qu’ils avaient, «selon toute vraisemblance», pu observer le boson de Higgs, la «particule de Dieu». Des dizaines de millions d’internautes ont pu suivre en direct la célébration des trente ans du World Wide Web, grâce, précisément, à l’invention de ce réseau des réseaux qui connecte aujourd’hui la moitié de l’humanité et qui fut, en 1989, développé au CERN.

Son principal créateur, le physicien britannique Timothy John Berners-Lee (64 ans) était à l’honneur. Il a notamment raconté avec humour comment fut alors reçu son projet de «système de gestion de l’information», un intitulé que la directrice générale du CERN, Fabiola Gianetti, a qualifié en riant de «peu sexy». Son supérieur d’alors, Mike Sendall, et le directeur général du centre de recherche Carlo Rubbia l’ont regardé avec un certain scepticisme, «mais ils m’ont laissé poursuivre mes travaux qui aboutiront au web, un outil que l’on a d’emblée voulu ouvert et gratuit». C’était la preuve, selon lui, «qu’il n’y avait pas besoin de vivre dans la Silicon Valley et de travailler dans un garage, comme Steve Jobs, pour inventer Apple.

«Une voix à la haine»

Mais, en ce jour anniversaire, Sir Tim Berners-Lee n’avait pas réellement le cœur à rire. Dans une lettre ouverte publiée à cette occasion, il affiche clairement ses inquiétudes face aux dérives de sa création: «Alors que le web a créé des opportunités, a donné une voix aux personnes marginalisées et a rendu notre quotidien plus facile, il a aussi ouvert la voie aux arnaqueurs, donné une voix à ceux qui veulent propager la haine et rendu plus aisées toutes sortes de crimes». À la tribune, il a ainsi dénoncé les trois principaux dysfonctionnements qui dévoient cet idéal inouï. «Premièrement, les actes malveillants tels des opérations de piratage soutenues par des États, la cybercriminalité et le harcèlement en ligne. Deuxièmement, des designs de sites et d’applications qui créent des récompenses aux effets pervers, où nos valeurs sont sacrifiées. Et troisièmement, les propos outranciers, extrémistes et les fake news».


Lire aussi : Le World Wide Web a 30 ans. Est-il devenu un monstre?


Depuis des années, le physicien britannique déplore ce qu’est devenu le web, dominé par quelques entreprises en situation de quasi-monopole (Facebook, Google, Amazon ou Alibaba en Chine) et manipulé par de nombreux États désireux de surveiller et de contrôler les internautes. Mais Tim Berners-Lee n’est pas homme à se laisser abattre: «Si nous avons pu créer le Web, nous pouvons aussi l’améliorer». Comment? En 2018, il quitte le Massachusetts Institute of Technology (MIT) où il enseignait depuis 1994, pour se consacrer à fond à sa fondation, la Web Foundation qui vise à élaborer un «nouveau contrat pour le web», où gouvernements, entreprises et citoyens pourraient décider de principes fondateurs du web, en tête desquels celui du droit fondamental au respect de la vie privée.

Un nouveau contrat du web

En cela, il rejoint les objectifs d’une Convention de Genève du numérique, défendue avec force par le président de Microsoft Brad Smith ou par Yves Daccord, directeur général du Comité international de la Croix-Rouge. Il plaide également pour une réglementation renforcée contre les campagnes politiques en ligne et une véritable transparence des algorithmes, afin que les usagers comprennent le fonctionnement de la Toile et ne laisse plus gouverner notre vie aveuglément.

Mais, surtout, Tim Berners-Lee s’est lancé dans un nouveau projet, qu’il a dénommé «Solid», pour «social linked data». L’ambition de ce projet ? Nous redonner la maîtrise de nos données. En créant son POD (Personnal Online Data Store), chacun pourra choisir où seront stockées ses données personnelles, chez soi plutôt que sur des grandes plateformes comme Facebook ou Google. «Le web est à tout le monde, c’est ainsi que nous l’avons conçu et nous avons le pouvoir de le changer collectivement, a-t-il asséné en ce 12 mars. Cela ne sera pas facile, mais si nous rêvons un petit peu et travaillons beaucoup, nous pouvons obtenir le web que nous voulons.»

(24 heures)

Créé: 12.03.2019, 20h15

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