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Le jet-setter de la famille qui a fondé Sicpa n’est plus

Âgé de 68 ans, Maurice Amon est décédé d’un arrêt cardiaque en fin de semaine dernière à Saint-Tropez.

Le divorce entre Maurice Amon et sa seconde épouse Tracey s’est transformé en bataille juridique.
Le divorce entre Maurice Amon et sa seconde épouse Tracey s’est transformé en bataille juridique.
GETTY IMAGES

À Monaco, vendredi dernier, il était attendu au gala de la Croix-Rouge. Mais finalement, en raison d’un arrêt cardiaque, il n’a jamais pu s’y rendre. «Je suis au regret de vous confirmer le décès de Monsieur Maurice A. Amon dans la nuit de jeudi à vendredi, dans son sommeil, dans une villa de vacances à Saint-Tropez», confirmait son avocate monégasque, Me Géraldine Gazo, dans «Monaco Matin».

Pour beaucoup de Suisses, ce nom ne signifie pas grand-chose. Le fait est que Maurice Amon avait, d’une certaine manière, coupé ses liens avec sa patrie en partant s’installer dans la principauté.

«Un fleuron, un mystère»

Pourtant, ce patronyme n’est pas anodin. Il l’est encore moins à Lausanne, ville où sa famille est parvenue à bâtir un empire industriel très secret: celui de Sicpa, le leader mondial dans les encres de sécurité. «Il n’est aucune entreprise de cette taille et de cette aura dont les dirigeants apparaissent si peu. C’est un fleuron autant qu’un mystère», racontait au «Temps» une figure de l’économie vaudoise.

Le siège vaudois de l’entreprise, qui fournit les solutions pour 85% des billets de banques de la planète, a par exemple tout de la forteresse imprenable. Portes et vitrages blindés, écrans de contrôle impliquant des caméras de surveillance dispersées aux quatre coins du site, agents de sécurité vérifiant chaque identité, il faut montrer patte blanche pour pénétrer dans le cœur administratif de Sicpa.

Au sein de cette famille souhaitant éviter toute publicité, la vie de jet-setter de Maurice Amon – marquée par deux divorces retentissants – détonne d’autant plus. Alors que son frère Philippe œuvre toujours au développement de l’entreprise vaudoise, lui a préféré les paillettes et les fêtes monégasques. Il est parti avec un bon patrimoine, puisque la vente à son frère de ses parts dans Sicpa lui aurait rapporté un montant estimé entre 1 et 1,5 milliard de francs.

Origine de la fortune familiale

Pour connaître l’origine de cette fortune, il faut remonter à 1913 et l’arrivée à Lausanne d’un autre Maurice Amon, son grand-père. Droguiste de formation, ce dernier démarre l’aventure Sicpa en 1927 à la rue des Terreaux. Au départ, la société familiale est très loin du monde des billets de banques, puisque la «Société industrielle et commerciale de produits agricoles» commercialise d’abord une graisse spéciale utilisée dans la traite des vaches.

À l’exemple de ce qui se passe dans beaucoup d’entreprises familiales, c’est sous la houlette de la seconde génération que Sicpa décolle véritablement. Sous le règne des deux fils de Maurice, Salvador et Albert, la société s’associe à Gualtiero Giori, un imprimeur lausannois de génie, et se réoriente vers les encres. Ensemble, ils construisent leur fabrique d’encre à Chavornay en 1983.

Leader mondial dans les «encres de sécurité», Sicpa s’est par la suite diversifiée dans des solutions de traçabilité. Malgré l’essor de ce nouveau marché, les résultats n’ont pas suivi, poussant l’entreprise à se restructurer dès 2014 et licencier une centaine de personnes. «Il s’agit d’un marché émergent dans lequel on conserve de grands espoirs puisque le volume ne cesse de croître (ndlr: 80 milliards de produits tracés avec notre système), mais dans lequel nous sommes exposés beaucoup plus violemment à la problématique des devises», expliquait dans nos pages Stéphane Gard, ex-directeur financier du groupe.

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