Manor investit pour créer le grand magasin de 2020

Commerce de détailLe directeur de la firme bâloise, Bertrand Jungo, nous dévoile un plan sur cinq ans portant sur 500 millions de francs, investis tant dans les grands magasins que dans l’e-commerce.

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Les détaillants suisses ont subi une baisse globale de leur chiffre d’affaires de 2,3% l’an dernier par rapport à 2014 (chiffres du consultant BAK Basel Economics AG). Le plus fort recul depuis au moins un quart de siècle. Le troisième distributeur du pays, Manor AG, propriété de la société genevoise Maus Frères SA, n’a pas été épargné. Ses ventes ont fondu de 2,9%.

Le directeur de Manor AG, Bertrand Jungo, garde néanmoins un état d’esprit conquérant. En cinq ans, il prévoit d’investir 500 millions de francs. Cet énorme plan quinquennal porte autant sur une offre ajustée sur le Net que sur l’innovation dans ses grands magasins. Que ce soit dans l’informatique, la logistique, les produits de beauté, le conseil, la formation ou le divertissement. Entretien.

Cette si dure année 2015 remettra-t-elle en cause votre cœur de métier, les grands magasins?

Avec une vision sur cinq ans, nos grands magasins resteront de la plus haute importance et leur taille actuelle ne saurait être remise en cause. Si les ventes en ligne atteignent une croissance encore imprévue, nous en profiterons pour développer notre offre gastronomique, des événements et des services, relevant autant de la formation que du divertissement. Il pourrait s’agir de cours de cuisine ou de yoga. Sans oublier des défilés de mode associés à des marques, avec des clients ou leurs enfants. A Genève, nous avons aussi présenté de la production de mozzarella à titre de show informatif. Afin d’assurer nos capacités d’anticipation, nous persistons en outre dans un processus d’investissements constants. Ce sera 500 millions de francs sur cinq ans. La moitié sera consacrée à la modernisation continue de nos 64 magasins. L’autre moitié sera engagée dans la logistique, l’informatique et l’ensemble du e-commerce.

D’où viennent les modèles vous servant de référence pour ces cours de cuisine, de yoga ou ces défilés de mode avec des clients?

Des observations effectuées à Séoul m’ont tout particulièrement inspiré. En Corée du Sud, les détaillants démontrent de véritables forces dans l’innovation.

Doit-on en déduire que le fort recul de vos recettes l’an dernier n’est pas seulement dû au franc fort?

Non, il n’est pas seulement dû au franc fort. Des aspects structurels ont augmenté ses effets. Une large part de la chute des ventes constatée dans la branche s’est ainsi concentrée dans le domaine non-alimentaire. C’est-à-dire -0,5% dans le «food» et -4% dans le «no food» Et les trois quarts de l’assortiment de Manor relèvent précisément du «no food». Nous avons toutefois moins souffert que nos concurrents. Nous avons gagné des parts de marché dans des secteurs très pénalisés, comme le textile, le multimédia et la parfumerie. Au-delà du franc fort lui-même, la chute des ventes chez les détaillants helvétiques a aussi été favorisée par l’explosion des volumes d’achat en ligne. Et ce canal est avant tout propice aux emplettes non alimentaires, avec des comparaisons de prix facilitées dans le monde entier.

Le chiffre d’affaires de votre boutique en ligne, Manor.ch, a lui-même plus que doublé. N’est-il donc pas temps de songer à des adaptations visant à stimuler les ventes en ligne pour réduire le personnel et les mètres carrés dans les grands magasins?

Je confirme que nos ventes online ont plus que doublé. En 2015 et en 2014. Je suis en outre persuadé que l’e-commerce peut encore croître beaucoup en Suisse, en dépit du franc fort et de la concurrence des plus grands détaillants étrangers. Nous disposons néanmoins d’un atout décisif: les trois quarts des habitants du pays disposent d’un magasin Manor à un quart d’heure au plus de leur domicile. A pied ou en transports publics. Il s’avère dès lors souvent plus confortable, voire plus agréable d’aller essayer des vêtements dans un magasin traditionnel, avant de les acheter et éventuellement de commander des retouches, effectuées avec soin.

Le leader européen de l’e-commerce, le berlinois Zalando, des spécialistes suisses, comme Digitec, Galaxus, Heidi ou Koala, commencent eux aussi à ouvrir des magasins. Cette tendance vous inspire-t-elle des craintes?

Il ne s’agit pas encore d’une véritable tendance, mais juste d’un début de tentative. De notre côté, sur le Net, notre offre s’avère de plus en plus étoffée et mieux ciblée. Cet effort est facilité par une demande algorithmée permettant une analyse plus systématique. Tout en maintenant bien sûr d’intenses relations de proximité avec la clientèle de nos grands magasins.

Il n’empêche qu’un des centres commerciaux de Maus Frères SA, situé dans le canton de Lucerne et où Manor est très présent, a subi l’an dernier le record en perte de chiffre d’affaires dans les centres commerciaux suisses (partagé avec Balexert, appartenant à Migros Genève): -5,9%. Vous sentez-vous vraiment sur la juste voie?

Cette perte élevée a notamment été provoquée par des difficultés d’accès au centre commercial d’Emmenbrücke, du fait de travaux sur le réseau routier. Quoi qu’il en soit, nous sommes sans aucun doute sur le bon chemin. Je peux même vous fournir une preuve vaudoise. A Chavannes Centre, à 500 mètres de la frontière française, les ventes ont en effet progressé en 2015. Un résultat obtenu après des investissements à hauteur de 15 millions de francs pour une modernisation complète de notre propre magasin.

N’y aurait-il aucun intérêt d’accélérer le potentiel de contrôle des coûts dans votre entreprise avec des prix incitatifs? Autrement dit plus avantageux sur le Net et plus élevés en magasin?

En aucun cas. Nos clients doivent garder une entière liberté de choix entre l’online et l’offline. Nous avons en outre toujours mené une stratégie consistant à combiner les canaux de distribution et à exploiter leur complémentarité.


Une grande idylle a commencé à Genève

Une grande idylle a commencé hier à Genève. Le détaillant français Sephora, spécialisé dans les produits de beauté, a fait son entrée sur le marché suisse par le bout du Léman et en partenariat avec Manor. La nouvelle était annoncée depuis plusieurs jours sur les trams et les bus de la cité. Mais l’émotion restait tout de même palpable, hier, à proximité des équipes de conseillères et conseillers en beauté de Sephora.

La force de frappe commerciale du nouveau dispositif paraît prometteuse. Sephora constitue en effet une solide filiale du leader mondial des produits de luxe: LVMH (Moët Hennessy-Louis Vuitton). Manor a d’ailleurs déjà pu obtenir la distribution dans ses magasins de douze marques exclusives, sur les vingt-deux présentes en tout dans l’assortiment «helvétique».

L’événement d’hier suscitait d’emblée une question récurrente. Pourquoi Sephora, entreprise fondée en 1969 et présente dans trente-deux pays, a-t-elle attendu tant de temps avant d’apparaître en Suisse? «Nous prêtons depuis longtemps la plus grande attention à ce marché, toujours hautement concurrentiel. Nous disposons désormais d’un partenaire, Manor, comprenant au mieux les attentes et les espoirs des consommateurs de ce pays», se félicite Stephan Borchert, président de Sephora SA pour l’Europe et le Moyen-Orient.

Bonne nouvelle! Mais les prix de Sephora seront-ils plus élevés chez Manor à Genève, et à Lausanne l’automne prochain, qu’en France voisine? Stephan Borchert promet «des prix très attractifs en Suisse». Le directeur de Manor, Bertrand Jungo, s’empresse lui-même de préciser: «Notre coopération avec cette enseigne, véritablement iconique, permettra en plus de vivre des expériences de beauté encore inédites dans notre pays.» P.RK

Créé: 20.05.2016, 07h15

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