Manuel Valls appelle à un marché européen du numérique

World economic forumSoutenu par son homologue néerlandais, le premier ministre français propose de développer l’industrie digitale

Trois premiers ministres européens, de g. à dr., le Néerlandais Mark Rutte, le Français Manuel Valls et le Grec Alexis Tsipras, seraient partant pour un marché commun du numérique.

Trois premiers ministres européens, de g. à dr., le Néerlandais Mark Rutte, le Français Manuel Valls et le Grec Alexis Tsipras, seraient partant pour un marché commun du numérique. Image: Keystone

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A en juger par la foule des participants qui se pressaient hier dans la salle principale du Forum de Davos, l’avenir du Vieux-Continent intéresse encore les milieux économiques. Que retenir de cette session axée sur le futur? Au moment où l’Europe semble plutôt se barricader – affolée par les migrants au milieu desquels peuvent se glisser des terroristes – une idée a jailli.

Elle a été esquissée par deux premiers ministres, le Néerlandais Mark Rutte et le Français Manuel Valls. La réflexion du premier? Le commerce des marchandises pèse 35% des échanges européens, mais celui des services, des capitaux, de l’énergie et du numérique 65%. Donc, au moment où les besoins de protection entraînent des pays à donner des coups de canif de plus en plus saignants aux Accords de Schengen, il faut aussi miser sur autre chose. «Créons un marché commun du numérique», a résumé, enthousiaste, Manuel Valls. Bref, l’heure est venue de troquer la vieille économie par la nouvelle. A part une réserve émise par Manuel Valls (la sauvegarde des aspects culturels, soit la fameuse exception culturelle française), l’idée semble séduisante. La représentante des milieux économiques, l’Italienne Emma Marcegaglia, présidente du géant pétrolier transalpin Eni, a toutefois esquissé une moue dubitative. Et refroidi l’ambiance. Lorsqu’un projet se dessine, a-t-elle raconté, l’Américain dit «OK, fonçons», le Chinois «d’accord, copions-le» et l’Européen «attention, réglementons-le»! Affaire à suivre.

Miser sur plus d’Europe

Tant les ministres présents – Manuel Valls, Mark Rutte, le Grec Alexis Tsipras et le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble – que la présidente d’Eni se sont ensuite accordés en réclamant «davantage d’Europe», un cri du cœur qui, au fond, n’engage pas à grand-chose. «La fragmentation des Etats européens serait une catastrophe, a ajouté Emma Marcegaglia. Nous devons nous serrer les coudes et ne pas penser uniquement aux échéances électorales.» En disant cela, l’Italienne pensait sans doute très fort aux quatre politiciens qui l’entouraient.

Mis à part cette proposition «d’Europe digitale», l’avenir de l’Europe s’annonce plutôt flou, sur le plan économique comme politique. Car les dirigeants européens ont surtout la tête et les neurones ailleurs. Le terrorisme et les migrants les préoccupent au plus haut point (lire page ci-contre).

«Une guerre mondiale»

Pour Manuel Valls, «nous sommes dans une guerre mondiale. La sécurité fait partie des grands défis de l’Europe. Le projet européen peut mourir très vite si nous ne sommes pas capables de résoudre le problème de la sécurité.» A ses côtés, Wolfgang Schäuble a préféré parler, s’agissant de terrorisme, de «menace» et non de «guerre». Reprenant la parole, Manuel Valls a expliqué: «Nous allons vivre pendant une génération cette menace terroriste, c’est pour cela qu’il s’agit d’une guerre.» Quant à la question migratoire, il a estimé qu’elle pourrait entraîner, «dans les mois qui viennent», la «dislocation de l’Europe».

De son côté, Alexis Tsipras n’a pas caché la situation économique préoccupante de son pays. «Avant la crise de 2008, notre taux de chômage était similaire à celui de l’Allemagne, 7%. Aujourd’hui, nous sommes à 25% et l’Allemagne à 5,5%.» Constat amer. «Emprunter en Grèce coûte 7% contre 1% au nord de l’Europe», selon le premier ministre grec, qui a appelé les acteurs de l’économie à «investir dans son pays», en assurant que son gouvernement était décidé à combattre la corruption et la bureaucratie.

Créé: 21.01.2016, 22h15

Réunions sur les dossiers chauds

A quoi sert Davos? Par exemple à se réunir sur les dossiers chauds du moment. Hier, le président de la Confédération Johann Schneider-Ammann, qui dirige aussi l’économie, a rencontré l’un des grands patrons du géant américain GE (General Electric), le groupe qui s’est offert Alstom et vient d’annoncer la suppression de 1300 postes industriels en Argovie. Son nom? Bolze, Steve Bolze.

Mâchoire carrée, père de trois fils, cet ingénieur est le prototype du manager à l’américaine. L’Américain n’a rien lâché. Il a expliqué au Bernois pourquoi il faut sabrer dans les effectifs. Quant à Johann Schneider-Ammann, partisan de la non-intervention de l’Etat dans l’économie privée, il s’est fait pédagogue, expliquant au New-Yorkais les avantages du système suisse, et en particulier celui de l’apprentissage.

Dans l’espoir de sauver quelques postes. Johann Schneider-Amman a aussi résumé sa journée marathon d’hier, qui a commencé par une rencontre avec vingt grands acteurs de l’économie suisse, dont Patrick Odier, président de l’Association suisse des banquiers.

Parmi ses autres principales réunions, citons celle avec le nouveau président argentin, Mauricio Macri, dont le pays – tout comme son grand frère, le Brésil - souffre économiquement, et le premier ministre canadien Justin Trudeau. Sans oublier le premier ministre français Manuel Valls. Samedi, le président de la Confédération va encore monter d’un échelon: une rencontre avec le président français François Hollande est prévue, à Colmar, à l’occasion de l’inauguration d’un musée construit par les architectes bâlois Herzog et De Meuron.

Questions sécuritaires

De son côté, le conseiller fédéral Guy Parmelin a rencontré le ministre autrichien de la défense Gerald Klug (plus de mille soldats autrichiens sont engagés dans le cadre du WEF) et – ce qui est rare - le secrétaire américain à la défense Ashton Carter. «Je me suis notamment rendu à Davos car le thème de la sécurité y a été particulièrement abordé cette année», a expliqué l’homme politique vaudois.

Environ 4500 soldats suisses sont engagés pour assurer la sécurité du forum. Cette troupe vient en appui des forces de police. De nombreux policiers romands ont été engagés, en particulier autour du site du palais des congrès, centre névralgique du WEF. Le financement de l’opération est assuré grâce à un crédit de près de 28 millions de francs voté pour la période 2016-2018.

Cette année, 8 millions de francs seront dépensés en termes de sécurité : 3 à charge de la Confédération, 2 millions allongés par le canton des Grisons, 2 autres payés par le WEF et un million par Davos, qui profite chaque an de l’incroyable publicité du forum, ses débats étant résumés par les médias des quatre coins de la planète. R.R.

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