Le marché du pétrole pourrait gagner un brin d'équilibre cette année

Or noirLe brut a plongé ce lundi matin en dessous de 30 dollars, alors que l’offre iranienne va à nouveau s’affirmer sur le marché.

Frédéric Potelle, directeur de la recherche de la banque genevoise Bordier & Cie.

Frédéric Potelle, directeur de la recherche de la banque genevoise Bordier & Cie. Image: DR

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En ce début de XXIème siècle, le marché de l’or noir nous rendra fou. Après l’entrée en force de l’accord international sur le programme nucléaire iranien samedi, puis la levée des sanctions contre l’Etat perse juste après, Téhéran a clairement manifesté ses intentions pétrolières lundi matin. «Nous avons donné l’ordre d’augmenter notre production de 500'000 barils par jour», a indiqué le chef de l’Organisation nationale iranienne du pétrole, Rokneddine Javadi.

Presque au même moment, à l’aube, les cours du Brent (le brut de la mer du nord), coté à Londres, et du WTI (West Texas Intermediate), coté à New York, sont passés en dessous de 30 dollars. Respectivement jusqu’à 27,67 dollars et 28,36 dollars le baril. Du jamais vu depuis 2003. Ce contexte ne manque pas de retenir l’attention des experts. Entretien avec Frédéric Potelle, directeur de la recherche de la banque genevoise Bordier & Cie.

A vos yeux, le retour de l’offre pétrolière iranienne accentuera-t-il immanquablement la tendance à la baisse des cours du brut?

Je ne crois pas. L’effet d’annonce ce week-end est important, mais la probabilité d’un retour du brut iranien sur le marché est devenue élevée dès mi-2015 et ce retour est certain depuis novembre. On l’estime entre 500'000 et un million de barils par jour, ce qui va compenser le recul attendu de la production américaine (-400.000 barils par jour par rapport au pic, à ce stade) selon nous. C’est intégré à l’équation d’offre-demande globale, qui laisse penser que le rééquilibrage interviendra en fin d’année. Et comme le coût de production de pétrole est selon nous supérieur à 30 dollars le baril pour plus de la moitié de l’offre mondiale, nous pensons que les prix sont autour du point bas et que ce point bas sera touché en 2016.

Les tensions sont actuellement très vives entre l’Iran et l’Arabie Saoudite. Un risque d’implosion de l’OPEP vous paraît-il dès lors plausible ? Avec quelles conséquences possibles?

Les tensions relatives à la politique de l’OPEP ne sont qu’une représentation des tensions intrinsèques entre l’Iran et l’Arabie Saoudite. Elles n’en sont pas la cause. Les risques d’implosion de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) ne sont pas nuls et découlent de la guerre des prix engagée de manière relativement unilatérale par l’Arabie Saoudite fin 2014. On a vu récemment que d’autres membres de l’OPEP (Nigeria, Venezuela) tentaient de fédérer un contre-pouvoir interne. En vain. Ces pays, comme la Russie d’ailleurs, présentent deux différences majeures par rapport aux pays du Golfe : leurs coûts de production sont plus élevés et ils étaient dans une situation financière déjà difficile avant l’effondrement des prix. La baisse des revenus pétroliers y fait donc plus mal, pour l’instant, qu’en Arabie Saoudite et les coupes budgétaires qui en découlent pourraient bien entraîner des désordres, sociaux d’abord –on le voit en Algérie-, civils ensuite. En bref, Vladimir Poutine va devenir plus autoritaire et les pays pétroliers instables vont devenir plus instables, malheureusement.

Une persistance de la baisse des cours du brut, puis des carburants ne présente-t-elle que des avantages et aucun risque pour les entreprises et les consommateurs suisses?

Une forte baisse des prix de l’énergie crée immanquablement des effets positifs à court terme, car elle équivaut à une baisse d’impôts. C’est positif pour les ménages et pour les entreprises et c’est ce qui s’est passé en 2015. La question est celle de la durée et de la profondeur de la baisse : au mieux, au-delà d’une année, les effets de base disparaissent si les prix restent bas. Au pire, si les prix poursuivent leur baisse, c’est la non-remontée de l’inflation et des anticipations d’inflation qui posent des problèmes aux banquiers centraux et aux marchés financiers. En d’autres termes, le spectre de la déflation réapparait et c’est la panique. C’est ce qui se passe depuis décembre dernier, à un moment où la devise chinoise se dévalue en parallèle, ce qui est une source supplémentaire de déflation. Et ça, ce n’est bon pour personne.

Une accentuation de la baisse des cours du brut ne nuit-elle pas aux perspectives que le nouveau contexte iranien offre aux entreprises suisses, en termes d’exportations et d’implantation d’activités ? Le dynamisme de l’économie iranienne ne dépend-il pas encore en grande partie des seules recettes pétrolières?

Bien sûr, des prix élevés seraient préférables pour tout le monde. Mais il faut raisonner en masse: l’Iran va produire et vendre plus. Toutes choses égales par ailleurs, et en particulier le prix, les revenus du pays augmenteront d’autant. Dit différemment, quitte à ce que les prix soient bas, autant vendre plus ! Au total, l’Iran importera plus de biens et de services que si les sanctions n’avaient pas été levées : le prix du baril n’avait pas attendu la perspective de levée des sanctions pour s’effondrer.

Créé: 18.01.2016, 16h33

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