Le marché suisse des télécoms se transforme en duel

RachatAprès l’absorption d’UPC par Sunrise, la position de Salt risque fort de s’affaiblir. Un désavantage pour le consommateur.

En absorbant UPC, Sunrise compte maintenir l’offre phare du câblo-opérateur, MySports. Un service qui risque toutefois de plomber le budget du repreneur, craignent les spécialistes.

En absorbant UPC, Sunrise compte maintenir l’offre phare du câblo-opérateur, MySports. Un service qui risque toutefois de plomber le budget du repreneur, craignent les spécialistes. Image: KEYSTONE/GAETAN BALLY

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Sunrise a annoncé une importante transaction mercredi soir: à savoir l’acquisition du câblo-opérateur UPC Schweiz pour 6,3 milliards de francs. Cette transaction tend à transformer le marché suisse des télécoms en véritable duel. Et, a priori, ce n’est pas une bonne affaire pour le consommateur.

«Les nouvelles dimensions de Sunrise diminueront encore la visibilité de Salt. Et tout affaiblissement de ce deuxième opérateur, appartenant à l’homme d’affaires français Xavier Niel, serait une mauvaise nouvelle pour les consommateurs. Salt est en effet le seul acteur du marché suisse à vraiment mettre la pression sur les prix», estime Pascal Martin, expert du marché des télécommunications et directeur du site internet scal.ch.

Xavier Studer, responsable du blog high-tech et télécoms, ne voit guère les choses autrement: «De manière générale, le consommateur n’a pas à attendre grand-chose de réjouissant après une consolidation. Après cette transaction, portant tout de même sur 6,3 milliards de francs, l’acquéreur d’UPC devra avant tout se préoccuper d’amortir cet investissement, puis les prochains liés à l’amélioration du réseau. Un tel contexte ne laisse évidemment guère espérer une guerre des prix à l’avantage du consommateur.»

Sans parler de tarifs, Sunrise s’empresse toutefois de rassurer les nombreux clients d’UPC, friands de son offre réputée en divertissements sportifs: MySports. «Nous voulons proposer une nouvelle expérience TV à nos clients. UPC dispose justement d’une grande expérience en télévision. MySports se révèle en être un élément important. Il est donc parfaitement imaginable que nous maintenions cette offre», indique Rolf Ziebold, porte-parole de Sunrise.

Pertes de clients

En considérant l’évolution des prix des droits de diffusion, nombre d’experts soupçonnent toutefois MySports de s’avérer fort coûteux. UPC Schweiz, filiale du géant britannique de la fibre optique Liberty Global, a en plus perdu une bonne partie de sa clientèle l’an dernier, la situation s’aggravant au quatrième trimestre. Au cours de cette période, le chiffre d’affaires de la firme de Wallisellen a reculé de 5,1%.

Du coup, l’absorption d’UPC Schweiz au prix de 6,3 milliards de francs n’a guère rassuré les investisseurs. Quelques minutes à peine après l’ouverture de la Bourse suisse, jeudi matin, l’action Sunrise perdait déjà plus de 13% de sa valeur, tandis qu’au même moment l’indice élargi SPI (Swiss Performance Index) ne lâchait, lui, que 0,3%. Une légère reprise a juste permis de limiter à environ 8% le recul de l’action Sunrise, à 74 fr. 40, une demi-heure avant la clôture.

Mais comment s’expliquer de si grandes réserves pour le titre du numéro deux du marché suisse des télécoms, très en pointe sur le réseau mobile et se dotant d’un réseau de fibres optiques de 17 500 km, en absorbant UPC?

«Il est clair que le montant de l’acquisition lui-même et les futurs ajustements stratégiques à prévoir poussent à anticiper, à court terme, d’importantes charges financières et un risque de fort endettement. Tout cela dans un environnement particulièrement compétitif», rappelle Jérôme Schupp, analyste financier chez Prime Partners.

Armes de sous-enchères

Un environnement compétitif dans lequel les acteurs multiplient les prix d’appels, voués à des durées limitées. Ils répercutent ensuite, en grande partie, le coût de ces opérations sur les prix élevés d’abonnements payés par les clients les plus fidèles. C’est-à-dire la majorité d’entre eux.

Sur ce terrain les sous-marques sont les armes de sous-enchères les plus visibles. Qu’il s’agisse de Wingo (Swisscom), M-Budget (Swisscom), Yallo (Sunrise) ou Lebara (Sunrise). «Leurs tarifs se situent souvent 50% en dessous de la moyenne prévalant sur le marché», constate Pascal Martin. Les rivalités restent donc intenses.

«En Suisse, le gâteau des télécoms ne grandit pas, mais chacun des opérateurs se dispute les parts existantes. Dans ce contexte, les investisseurs se montrent évidemment prudents avant l’intégration d’UPC au sein de Sunrise», relève Jérôme Schupp.

Créé: 01.03.2019, 07h44

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