Mark Carney, l'aboyeur de la Banque d'Angleterre

ÉconomieLe Canadien quittera le 15 mars son poste de gouverneur de la Banque d'Angleterre. Il n'a jamais ménagé ses critiques. Il devient l'une des personnalités les plus influentes dans le monde financier.

Mark Carney quittera le 15 mars son poste de gouverneur de la Banque d'Angleterre.

Mark Carney quittera le 15 mars son poste de gouverneur de la Banque d'Angleterre. Image: AFP

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Mark Carney avait débarqué à Londres en juillet 2013 sous le regard inquisiteur du secteur financier britannique. Même s’il avait obtenu un doctorat en économie à l’université d’Oxford, jamais avant lui un étranger n’avait occupé le poste de gouverneur de la Banque d’Angleterre. Quasiment sept ans plus tard, il quittera, le 15 mars, la capitale britannique avec le statut d’éminence internationale, aux déclarations tapageuses. Comme son avertissement lancé cette semaine: «Il est généralement vrai que les grandes banques centrales disposent de beaucoup moins de munitions qu’avant, et cette situation devrait persister un certain temps. S’il devait y avoir un ralentissement économique plus profond, qui réclamerait plus de relance qu’une récession conventionnelle, il n’est pas évident que la politique monétaire posséderait assez de marge de manœuvre.»

L’éminent Canadien entend ainsi mettre les gouvernements face à leurs responsabilités. Il veut les inciter à agir pour stimuler la demande, indispensable à la croissance, et à ne pas compter sur un éventuel coup de baguette magique des banques centrales. L’été dernier, il avait déjà soutenu la mise en place d’un panier de devises internationales pour contrebalancer la toute-puissance du dollar, responsable, selon lui, du manque actuel de liquidité de l’économie mondiale.

Ce message s’adresse sans doute aussi au premier ministre britannique Boris Johnson. Certes, avec un taux directeur de 0,75%, qu’il a relevé à deux reprises au cours de son mandat, la Banque d’Angleterre ne serait pas totalement impuissante en cas de difficulté sérieuse. Moins en tout cas que la Banque centrale européenne, dont le taux est ancré à 0%. Mais le dirigeant conservateur fait face à un défi complexe: il dévoilera le 11 mars prochain, soit quatre jours avant le départ de Mark Carney, sa stratégie budgétaire et économique du Royaume-Uni pour faire face au choc à venir du Brexit.

La situation est d’autant plus périlleuse que le gouverneur de la Banque d’Angleterre n’a jamais caché son appréhension vis-à-vis de la sortie du pays de l’UE. En raison des perturbations liées «au brouillard du Brexit», «je ne me lève plus le matin, je me lève maintenant au milieu de la nuit», avait-il admis en mars dernier. Depuis le référendum du 23 juin, il a en effet passé son temps à jouer au pompier. Afin de rassurer les investisseurs britanniques et étrangers sur la capacité du pays à résister à un Brexit. Afin de décider des mesures adéquates pour maintenir le niveau de confiance des ménages et des entreprises.

Son succès indéniable, au regard du maintien de l’économie et de la confiance, n’a pas empêché les critiques de fleurir à son encontre. Elles proviennent principalement de responsables politiques partisans du Brexit. Ils ne lui ont pas pardonné son annonce, pendant la campagne du référendum, qu’une récession et qu’un effondrement de la livre sterling étaient envisageables en cas de vote en faveur d’une sortie de l’UE.

Cette défiance a joué un rôle dans la décision de Mark Carney de partir avant la fin de son contrat de huit ans, dès le Brexit concrétisé. Elle ne l’a pas empêché de rapidement trouver un poste de remplacement. Il deviendra l’envoyé spécial des Nations Unies pour le financement de l’action climatique. Il devra «insuffler de l’ambition dans la mise en œuvre de l’action climatique, en s’attachant à faire évoluer les marchés financiers publics et privés et à mobiliser suffisamment de fonds privés pour atteindre l’objectif de 1,5 °C de l’Accord de Paris», selon le site Internet de l’ONU. L’été dernier, il avait déjà encouragé les investisseurs à s’extraire des entreprises lié aux énergies fossiles et prévenu du risque couru par ces entreprises de voir leur valeur s’effondrer. Là encore, il refuse que les dirigeants politiques se dégagent de leurs responsabilités: «Ils doivent commencer à s’attaquer aux problèmes de l’avenir aujourd’hui!»

Créé: 09.01.2020, 12h06

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