Mieux comprendre l'abolition du taux plancher

Politique monétaireLe 15 janvier, la BNS a renoncé au taux plancher de 1,20 franc pour 1 euro. Les clés pour saisir les enjeux de cette décision avec l'économiste vaudois Samuel Bendahan.

Des personnes font la file devant un bureau de change genevois au lendemain de la décision de la BNS.

Des personnes font la file devant un bureau de change genevois au lendemain de la décision de la BNS. Image: Keystone

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■ Pourquoi renoncer au taux plancher
- Une des raisons principales est la pression à la baisse de l’euro. Après avoir fixé le taux plancher, la BNS a dû émettre et vendre beaucoup de francs suisses pour empêcher que celui-ci devienne trop fort. En échange, elle a massivement acheté des euros (ndlr: elle en détient près de 180 milliards). Au vu de la situation économique et politique dans plusieurs pays de l’Union européenne, mais aussi de l’intention annoncée de la Banque centrale européenne (BCE) de racheter des dettes et d’injecter des liquidités sur les marchés, il devenait de plus en plus difficile pour la BNS de tenir ce taux. Elle a donc préféré l'abolir et engranger une perte comptable de 20% sur ses réserves de devises étrangères.

■ La BNS disposait-elle d’autres options ?
- En prenant cette décision de manière subite, la BNS s’est liée les mains. Car si elle peut toujours influencer les cours, sa crédibilité et par conséquent son pouvoir d'annonce est beaucoup plus faible qu’avant. Avait-elle le choix? Les conséquences du maintien d’un taux plancher à 1,20 franc sont très difficiles à estimer. Mais l’émission de francs suisses aurait entraîné à terme de l’inflation: si des euros sont massivement vendus à la BNS, celle-ci doit massivement émettre des francs suisses sur le marché.

L’idée de l’expert monétaire Ernst Baltensperger de fixer un taux plancher sur un panier de monnaies, comprenant évidemment l’euro et le dollar, aurait aussi pu être une option. Elle aurait permis à la BNS de sortir de l’impasse, en limitant les conséquences économiques, puisque si le cours de l'euro baisse, les autres monnaies sont là pour équilibrer cette dernière.

Par contre, après avoir martelé qu’elle maintenait le taux plancher, la BNS ne pouvait pas le baisser de quelques points, car la confiance des spéculateurs aurait été perdue. Ils auraient donc massivement acheté des francs suisses en pariant sur une nouvelle baisse, ce qui aurait entraîné une perte massive pour la BNS, qui aurait dans ce cas eu de grandes difficultés à maintenir le plancher.

■ Les principales conséquences
- Le franc fort est bénéfique pour les importations et augmente le pouvoir d’achat. Mais pour l’économie suisse, les dégâts sont nombreux et violents. Le prix des produits d’exportation a augmenté d’environ 17%, ce qui rend la Suisse beaucoup moins compétitive. Dans les supermarchés suisses, les produits du pays vont subir la concurrence des produits importés. Ces facteurs vont très certainement entraîner des restructurations, des licenciements, et une hausse du chômage.

La décision de la BNS est aussi dramatique pour l’industrie du tourisme. Et la chute très forte du SMI a probablement causé des pertes sur les placements, et les taux d’intérêts négatifs rendent difficiles la planification de rentabilité des fonds de pension à long terme.

■ Quelle évolution pour le cours de l’euro?
- C’est impossible à prévoir. Mais il faut savoir que le taux correspond à la moyenne des spéculations. Cela dit, à mon avis, sur le long terme, le franc suisse va s’affaiblir, car du point de vue du pouvoir d’achat, celui-ci est aujourd’hui fortement surévalué.

■ L'impact de la réunion de politique monétaire de la BCE jeudi
- Tout le monde sait que la BCE va injecter des liquidités, il y aura donc plus d’euros en circulation, ce qui devrait théoriquement entraîner une baisse de ce dernier. Mais les spéculateurs ont sans doute déjà anticipé cette baisse. Il y a donc trois scénarios: les effets des décisions de la BCE se sont déjà faits ressentir et le cours de l’euro va se maintenir, les spéculateurs ont sous-estimé le montant des liquidités injectées et dans ce cas le cours de l’euro va chuter ou ils ont surestimé ce montant et dans ce cas le cours peut monter.

(24 heures)

Créé: 21.01.2015, 08h07

Samuel Bendahan (Image: Yvain Genevay-A)

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