Monika Rühl: «Nous devons renouer le contact avec les gens»

EconomieSuisseLa cherté du franc et l’après-9 février restent les sujets prédominants de cette organisation.

Monika Rühl, directrice générale d’EconomieSuisse: «Partout en Suisse, on me répète qu’il faut arrêter d’introduire de nouvelles règles.» 
STEEVE IUNCKER-GOMEZ

Monika Rühl, directrice générale d’EconomieSuisse: «Partout en Suisse, on me répète qu’il faut arrêter d’introduire de nouvelles règles.» STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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Directrice générale d’EconomieSuisse, Monika Rühl doit relancer l’une des organisations économiques de poids de la Suisse, notamment soutenue par les grandes entreprises. Interview.

Quelles leçons tirez-vous des récents échecs en votation populaire (Minder sur les hauts salaires en mars 2013, immigration massive le 9 février 2014)?

Nous avons aussi gagné des votations, à l’exemple du salaire minimum en mai 2014, d’Ecopop en novembre 2014 ou, le 8 mars, celle sur la taxe énergétique proposée par les Vert’libéraux. Et le résultat du 9 février était serré. A présent, nous devons mettre en œuvre la décision du peuple suisse. Notre défi consiste à arrêter des priorités très claires. Elles sont au nombre de quatre: les relations avec l’Union européenne, la politique énergétique, la réforme des entreprises avec ses volets fiscaux…

Et la quatrième?

Renouer le contact avec les gens et renforcer les échanges avec les milieux politiques. Nous voulons expliquer à la population et aux milieux politiques l’importance du monde économique et de quoi nos entreprises ont légitimement besoin. Nous voulons aussi être à l’écoute pour connaître les préoccupations des gens.

Et du côté des entreprises, qu’avez-vous entendu?

Beaucoup d’entreprises sont préoccupées par le franc fort.

La décision de la BNS, qui a découplé le franc de l’euro, met-elle en péril l’économie suisse?

Nous nous trouvons dans une situation particulière car nous devons traiter simultanément beaucoup de dossiers complexes liés à l’avenir de la place économique: impact de la votation du 9 février, avenir énergétique, fiscalité des entreprises, financement des assurances sociales. De plus, nous sommes dans une année électorale sur le plan national. Et le franc fort s’est ajouté à tout cela.

L’économie suisse est-elle à un tournant majeur?

Regardons ce qui s’est passé ces vingt dernières années, disons depuis le vote sur l’Espace économique européen de décembre 1992. La décennie qui a suivi a été très difficile. Dès les années 2000, la Suisse a retrouvé la croissance grâce aux accords bilatéraux. Aujourd’hui, le franc fort crée à nouveau de l’insécurité.

Faut-il rétablir un taux plancher? Agir auprès de la BNS?

Non. Son abandon a représenté un choc mais n’a pas constitué une erreur.

Fallait-il alors introduire en 2011 ce cours «fixe» de 1  fr. 20 pour un euro?

Cette introduction était nécessaire. La situation économique était différente. La conjoncture mondiale n’était pas bonne. Aujourd’hui, les Etats-Unis sont en croissance, la situation de la zone euro est nettement meilleure qu’en 2011, la Chine et l’Inde sont des marchés importants.

La situation des entreprises vous inquiète-t-elle?

D’autres annonces de suppressions d’emplois et de délocalisations vont se faire. Ce sont les entreprises suisses exportant en zone euro qui sont les plus touchées. Il faudrait qu’elles dépendent moins de ce marché. D’où l’importance d’accélérer les négociations pour que la Suisse s’ouvre de nouveaux marchés. Nous suivons aussi de très près tout ce qui concerne l’innovation. S’il devait y avoir une intervention utile de l’Etat, ce serait à travers l’innovation.

Cela suffira-t-il?

Les entreprises ont vu en une heure leurs produits renchérir de 10 à 15%. Elles doivent donc baisser leurs coûts. Quinze jours après l’annonce de la BNS, nous avons proposé une série de mesures politiques visant à alléger leurs charges administratives, demandé un moratoire sur des réglementations qui engendrent des coûts importants et lancé un appel pour éviter de nouvelles réglementations. Partout en Suisse, on me répète qu’il faut arrêter d’introduire de nouvelles règles.

Par exemple?

Dans le domaine de l’énergie. Le tournant énergétique nous coûtera cher à cause des importants subventionnements prévus. Augmenter les subventions, c’est bien joli mais, au final, quelqu’un devra payer. Nous préférons le système d’incitation.

Vous voulez freiner le programme d’énergie 2050? Est-ce responsable de le faire? Tôt ou tard, la Suisse devra pourtant adopter ces mesures…

Est-ce responsable d’aller droit dans le mur? On a vu les effets pervers d’une forte politique de subventionnement, notamment en Allemagne. Nous devons analyser à fond ce qui est prévu dans cet agenda énergétique. Procéder à des corrections. Ne nous précipitons pas les yeux fermés dans une voie inconnue.

Revenons aux conséquences du 9 février. Comment réduire l’impact de cette votation?

Le premier objectif doit être de maintenir les Bilatérales car il est inimaginable de ne pas avoir de relations structurées avec l’Union européenne.

Sont-elles vraiment utiles?

Elles permettent notamment de s’ouvrir les accès aux marchés.

Pourquoi renoncer à une série importante d’accords qui sont déjà en place?

Pour éviter que la Suisse ne soit envahie par les étrangers, selon une partie de la population. Nous proposons aussi l’adoption d’une clause de sauvegarde lors des futures renégociations. Une telle clause permettrait d’introduire un seuil d’immigration qui doit être défini par le Conseil fédéral. Jusqu’à ce seuil, la libre circulation des personnes resterait en place. Au-delà, des contingents seraient introduits pour une période temporaire, le temps de stabiliser la situation.

Et vous pensez que l’UE est prête à accepter cela?

Je ne sais pas. Il est trop tôt pour le savoir. La Suisse est en pourparlers, elle ne négocie pas encore.

Créé: 17.04.2015, 07h29

Trois Romands à la direction d'EconomieSuisse

100 000 entreprises suisses sont représentées par l’organisme
20 Une vingtaine de chambres de commerce en sont membres
50 entreprises ou autres entités en sont aussi membres
59 personnes y sont employées (63 en 2013). La grande majorité est basée à Zurich. L’organisation a aussi un bureau important à Genève et des antennes à Berne, Lugano et Bruxelles.
19 acteurs de l’économie composent son comité directeur, présidé par Heinz Karrer. Les Romands n’y sont que trois: le Genevois Patrick Odier et les Vaudois Bernard Rüeger et Olivier Steimer.

R.R.

Une diplomate sportive

Zurichoise d’origine bernoise, Monika Rühl, 51 ans, a grandi à Uster (ZH). A part l’allemand, elle maîtrise l’anglais et l’italien. Et s’exprime parfaitement en français. Où l’a-t-elle appris? A l’école primaire. «Mais après ma maturité, j’ai voulu l’améliorer. J’ai effectué un stage dans un hôtel, à Montreux.» Pourquoi avoir choisi l’hôtellerie? «Ce monde me fascinait, répond-elle. Mon père était cuisinier et ma mère gouvernante. Ils se sont d’ailleurs connus dans un hôtel. Je voulais savoir si j’allais faire de ce métier ma profession. Mais j’ai finalement opté pour l’étude des langues et de la littérature, l’italien puis le français.» Et son intérêt pour l’économie, d’où est-il venu? L’étude des langues lui donne l’envie de découvrir le monde: elle devient diplomate. Nommée conseillère par Joseph Deiss, alors qu’il présidait le Département des affaires étrangères, elle le suit ensuite à l’Economie. Monika Rühl aime la musique classique, le ballet, la littérature, le théâtre et l’art contemporain. Adepte du yoga, elle pratique le jogging, la natation et la randonnée. Des sports d’endurance. Elle en a besoin dans sa fonction.

R.R.

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