La mort des scieries met en péril la filière du bois

ÉconomieLa scierie Louis Schacher, à Begnins, a cessé ses activités. Encore un maillon important qui disparaît alors qu’il faudrait utiliser plus de bois indigène pour mieux gérer nos forêts.

À l’abandon François Schacher dans sa scierie désaffectée.

À l’abandon François Schacher dans sa scierie désaffectée. Image: CHRISTIAN BRUN

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Les forêts vaudoises (et suisses) sont sous-exploitées. En 2017, on a coupé un peu mois de 400'000 m3 de bois sur Vaud, alors que le Canton a calculé qu’il faudrait viser les 700'000 m3 pour empêcher une extension non souhaitée des surfaces boisées.

La concurrence étrangère, avec l’importation de sous-produits à prix réduits, est au cœur du problème. Par conséquent, les scieries de petite ou de moyenne taille ferment les unes après les autres, alors qu’elles sont indispensables à une saine gestion des forêts et à la valorisation du bois local.

À Begnins, la scierie fondée par Louis Schacher en 1891 a cessé ses activités fin février dernier, au moment où son patron, François Schacher, est arrivé à la retraite. «Mon fils n’était pas intéressé, et je ne l’ai surtout pas forcé, explique-t-il. Vu la conjoncture, il n’y a pas d’avenir. C’est l’arrivée du bois lamellé-collé dans les années 1990 qui nous a fait du mal. Depuis 2000, quand j’ai repris la boîte, on ne fait plus de bénéfices et les banques ne nous prêtent plus un sou. Comment pérenniser une entreprise si l’on ne peut plus investir dans l’outil de production?»

Située au pied des forêts du Jura et près de l’entrée de l’autoroute à Gland, la scierie était idéalement placée. Mais elle avait le défaut d’être coincée entre la rivière et la route, sur une surface trop exiguë, sans possibilité de se développer. «C’est un problème, oui, mais nos rendements sont surtout tombés depuis que les charpentiers ont choisi d’utiliser les sous-produits importés à bas prix de l’étranger. On a dû se tourner vers le bois de coffrage. Or produire du bois de charpente ou du bois de coffrage demande le même travail, mais le prix de vente du coffrage est deux fois moins cher.»

François Schacher n’en veut pas aux charpentiers, eux-mêmes dépendants de leurs clients (grand public, entreprises de construction, architectes, collectivités publiques…), qui regardent au porte-monnaie. À Chavornay, Jean-Louis Dutoit, patron de la scierie éponyme, fait le même constat. «Les intérêts des scieurs sont liés aux forestiers, mais plus aux charpentiers, qui doivent faire des soumissions au meilleur prix. Le problème, c’est le marché mondialisé. Comme je dis toujours, nous sommes comme le monde agricole, sauf qu’on ne touche pas d’aides de la Confédération.»

Une solution politique?

Représentant de la quatrième génération de cette famille de scieurs, Jean-Louis Dutoit annonce qu’il n’y en aura pas de cinquième. «J’ai deux garçons, mais aucun ne reprendra l’affaire, et c’est très bien comme ça, car il n’y a pas de perspectives. On ne fait plus de marge. Si l’on ne fait rien, dans dix ans il n’y aura plus qu’une ou deux scieries dans le canton de Vaud. À mon avis, la solution est politique, à Berne ou à Bruxelles. Comme pour le secteur alimentaire et énergétique, il faudrait sortir des accords actuels de libre-échange. Il y a urgence!»

Le conseiller national UDC Jean-François Rime est aussi le propriétaire de la scierie Despond, à Bulle, une des deux plus grandes scieries de Suisse romande avec Zahnd, à Rueyres (VD). Son pronostic est aussi pessimiste que celui de Jean-Louis Dutoit. «Quand j’ai repris la direction de la scierie, en 1978, il y avait environ 1500 scieries en Suisse. Aujourd’hui, il n’y en a plus que 178, plus une vingtaine qui ne sont pas membres de l’association Industrie du bois suisse. Dans dix ans, il y en aura moins d’une centaine. La disparition des petites scieries est inéluctable.»

Jean-François Rime revient sur le problème de la concurrence étrangère. «Prenez l’Autriche, par exemple: les salaires y sont moins élevés, le terrain est nettement moins cher, le coût du transport également, et la loi n’est pas aussi restrictive. En Suisse, il n’y a que les grosses scieries, qui ont pu investir dans des technologies de pointe, qui restent concurrentielles. En quarante ans, j’ai investi 50 millions dans mon entreprise.»

Tout à l’ouest du canton de Vaud, la Scierie et caisserie de La Rippe semble faire exception. Son patron, Jean-Claude Jaquet, a son carnet de commandes plein. «On ne se plaint pas. On fait surtout du coffrage, et de la caisserie, notamment des paloxes à pommes de terre, mais très peu de charpentes. Cela dit, on aimerait bien s’agrandir. C’est compliqué avec la LAT et la loi sur la fiscalité agricole. Mais on entrevoit une solution avec la Commune et avec la Région de Nyon, qui aimerait y développer un Pôle Bois où pourraient se concentrer d’autres entreprises travaillant le bois.» (24 heures)

Créé: 10.08.2018, 06h51

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