Passer au contenu principal

Nestlé affronte Unilever sur le marché indien

Les deux multinationales surenchérissent pour les boissons sucrées Horlicks, alors que le diabète menace déjà.

Les nouveaux modes de consommation qui gagnent l’Inde risquent très de provoquer davantage de morts dues au diabète: 10,4% de la population sont déjà touchés.
Les nouveaux modes de consommation qui gagnent l’Inde risquent très de provoquer davantage de morts dues au diabète: 10,4% de la population sont déjà touchés.
REUTERS/AMIT DAVE

Depuis des décennies, l’Occident a eu ses yeux de Chimène tournés vers la Chine, leader économique et démographique du continent asiatique. C’est oublier que l’Inde voit sa population croître de 1,3% par année (contre 0,5% pour l’Empire du Milieu) et qu’à la fin de 2018, le nombre de ses habitants aura égalé celui de son puissant concurrent asiatique, soit 1,4 milliard d’individus. Dont une classe moyenne à peine moins nombreuse qu’en Chine (quelque 300 millions de personnes).

La guerre à laquelle se livrent actuellement les numéros un et deux mondiaux de l’agroalimentaire, à savoir le suisse Nestlé (89,8 milliards de francs de chiffre d’affaires en 2017) et le néerlandais Unilever (60,8 milliards de francs), autour de la filiale alimentaire indienne du géant britannique de la pharma GlaxoSmithKline (GSK) est à ce titre emblématique. Depuis quelques semaines, les enchères ne cessent de grimper, au point que Coca-Cola a récemment jeté l’éponge. «L’Inde est incontestablement l’un de nos marchés clés», vient ainsi de marteler le CEO de Nestlé, Mark Schneider, à la presse indienne invitée le 20 novembre dernier à visiter le siège de Vevey.

Manger et se soigner

Parties de quelque 2,5 à 3 milliards de francs, les enchères pour la filiale de GSK, et notamment pour sa marque phare, les laits maltés Horlicks, atteignent à ce jour quelque 4 milliards de francs. En début de semaine, le «Financial Times», se faisant l’écho de sources anonymes, a affirmé que Nestlé s’était fait doubler par Unilever, avant qu’une autre «source proche du dossier» ne déclare à l’agence Reuters «que rien n’était joué et qu’il n’était pas exclu que la multinationale helvétique ne revienne pas avec une meilleure offre». Comme il se doit dans ce type de transaction, ni le groupe néerlandais ni le géant suisse ne «veulent commenter ces rumeurs». Mais, en tout état de cause, l’horloge tourne, car la direction de GlaxoSmithKline veut que l’affaire soit conclue avant la fin de l’année 2018.

Au-delà de ce combat de titans, c’est bien de l’occupation de cette nouvelle puissance économique émergente qu’il s’agit, dont les produits alimentaires sont l’un des enjeux majeurs, avec l’automobile, les télécoms ou la pharma. Et pour cause. Si, aujourd’hui, l’industrie agroalimentaire concentre ses efforts, en Europe, sur des produits bios et durables, ou «light» et diététiques aux États-Unis, elle vise, pour l’Asie, les compléments alimentaires, la santé par l’alimentation, les nutriments. Or, comme l’explique la journaliste indienne de Bloomberg Nisha Gopalan, «dans un pays où un habitant sur deux vit encore au-dessous du seuil de pauvreté, les parents indiens ont, depuis longtemps, pris l’habitude de donner du lait malté à leurs enfants pour les aider dans leur croissance». Le lait malté est un mélange de lait et d’orge, qui donne un goût sucré. En Suisse, on connaît bien cette boisson, cacao mis à part, sous le nom d’Ovomaltine.

Les géants occidentaux des soft drinks ont donc pris pied en Asie du Sud-Est, leur nouvel eldorado. En pleine reconversion «santé», la branche agroalimentaire voit donc un potentiel énorme dans le sous-continent indien. Et, en ce sens, la filiale de GSK et son leader local de boissons aux vertus nutritionnelles Horlicks présentent des atours de rêve, notamment pour Nestlé, qui vient de créer une puissante division, Nestlé Health Science, forte «de produits destinés à optimiser l’apport nutritionnel si nécessaire à notre organisme», dont fait partie un nouveau secteur, Novel Therapeutic Nutrition, «une fusion entre la thérapie et l’alimentation».

Les futurs morts du diabète

Grâce à l’acquisition de cette filiale, l’heureux gagnant accédera à un réseau déjà existant de six millions de points de vente et à des centaines de millions de consommateurs, aptes à acquérir ces nouveaux produits à la rentabilité sans faille. Or, comme le relèvent nombre d’analystes, l’acquisition pour 3, voire 4 milliards de francs des boissons sucrées de Horlicks risque d’être périlleuse.

Comme l’explique encore Nisha Gopalan, «les nouveaux modes de consommation qui gagnent l’Inde risquent très rapidement de provoquer davantage de morts dues au diabète – 10,4% de la population sont déjà touchés – que celles causées par la sous-nutrition (14,8%).»

Dès lors, New Delhi s’apprête, à son tour, à introduire une surtaxe sur les aliments trop riches en sucre. Ainsi va la vie. En dix ans, même les modes alimentaires mutent drastiquement.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.