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Entre Nissan et Renault, le torchon brûle

Lundi, sur pression de son actionnaire français, le groupe japonais n’a pas trouvé de remplaçant à Carlos Ghosn.

Contrairement à leur partenaire nippon, les Français se refusent à remplacer leur emblématique PDG Carlos Ghosn.
Contrairement à leur partenaire nippon, les Français se refusent à remplacer leur emblématique PDG Carlos Ghosn.
Keystone

Cette fois, c’est sûr, le torchon brûle entre Nissan et son principal actionnaire, le groupe français Renault. Depuis l’inculpation de Carlos Ghosn au Japon, les relations entre les deux alliés se dégradent de jour en jour, à tel point que la direction de la marque au losange refusait la semaine dernière de rencontrer Hiroto Saikawa (CEO de Nissan) et préférait que la communication avec les Japonais se fasse uniquement par le biais de leurs avocats.

Contrairement à leur partenaire nippon, les Français se refusent à remplacer leur emblématique PDG. Selon eux, aucune anomalie sur la rémunération française de Carlos Ghosn ne justifie son retrait forcé de la tête de Renault. Dans cette ambiance délétère, Nissan a donc échoué lundi à trouver un remplaçant à son ex-président.

Composé de trois administrateurs indépendants de Nissan, le comité nommé spécialement pour trouver un candidat n’est en effet pas parvenu à se mettre d’accord. «Le conseil a pris acte de la poursuite de leurs discussions», a déclaré Hiroto Saikawa, en appelant à ne pas agir «dans la précipitation».

Alliance fragilisée

Pourtant, il y a le feu à la maison. Dans une lettre adressée à Nissan, le directeur général par intérim de Renault, Thierry Bolloré, juge que «l’inculpation de Carlos Ghosn crée des risques importants pour la stabilité de leur alliance industrielle». Les fondations de l’édifice franco-japonais, dont la construction a démarré à la fin du XXe siècle, apparaissent aujourd’hui extrêmement fragiles.

Dans «Les Échos», l’économiste Elie Cohen évoque trois points principaux à régler de toute urgence: l’évolution capitalistique du groupe, la problématique de la gouvernance et l’alliance industrielle signée entre les deux constructeurs. «Aujourd’hui, les Japonais veulent renégocier les termes du partenariat, c’est évident. Du coup, soit on entre dans la logique de négociation d’un compromis, les vertus de l’alliance amenant les Japonais à composer avec les intérêts français, soit ces derniers ne supportent pas la situation et tenteront de pousser leur avantage. Mais dans ce cas, l’actionnaire dominant reste Renault (ndlr: avec 43,4% du constructeur japonais) et il suffit qu’il exerce ses droits pour prendre le contrôle de Nissan», explique-t-il.

Concrètement, une telle prise de contrôle serait très mal perçue par le constructeur nippon. Dans nos pages, Stéphane Garelli, professeur à l’IMD à Lausanne, confirmait l’existence d’un «ressentiment japonais à l’hypothèse d’une fusion totale».

Divorce impossible

La question d’un divorce complet ne semble pas pour autant une piste viable. Au vu de leur imbrication industrielle, les deux groupes semblent condamnés à poursuivre leur route ensemble. Prenez leurs achats de composants et de services. Depuis une décennie, ils se font à 100% en commun, soit bien loin des 30% atteints en 2001.

Toujours dans «Les Échos», un expert japonais estime que «tout détricoter pour reconstruire en solitaire serait un suicide pour les deux constructeurs». Leur divorce entraînerait en effet des coûts supplémentaires bien trop importants pour leur permettre d’être viables financièrement.

Il tomberait en plus dans une période compliquée pour Nissan. Depuis un an, le groupe accumule les casseroles dans son pays d’origine. Il a d’abord été accusé de mauvaises pratiques dans les contrôles menés au sein des usines de l’archipel, puis de falsifications de tests destinés à mesurer les émissions polluantes de certains modèles. En tout, le constructeur a dû rappeler quelque 1,3 million de véhicules.

À cela s’ajoutent encore les investissements colossaux à faire dans le domaine de l’automobile électrique et autonome. Ne pouvant se permettre de passer à côté de ces bouleversements technologiques, les deux géants semblent condamnés à s’entendre.

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