De nouvelles révélations secouent HSBC à Genève

Secret bancaireLes données sur les clients de la banque volées par son ex-employé Hervé Falciani sont dévoilées. Elles jettent une lumière crue sur les pratiques de l’établissement jusqu’en 2007.

Fraîchement installée dans ses nouveaux locaux du quai des Bergues, la filiale suisse du géant anglo-saxon HSBC doit faire face à de nouvelles révélations.

Fraîchement installée dans ses nouveaux locaux du quai des Bergues, la filiale suisse du géant anglo-saxon HSBC doit faire face à de nouvelles révélations. Image: Irina Popa

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C’est une nouvelle torpille en direction de ce qui fut la banque étrangère la plus importante installée à Genève. Depuis dimanche soir, une alliance d’une quarantaine de médias – parmi lesquels «SonntagsZeitung», «Tages-Anzeiger», «Le Matin Dimanche» ou «Le Temps» en Suisse – révèle à quel point HSBC Private Bank Suisse SA a, durant des années, sciemment dissimulé l’argent non déclaré au fisc ou d’origine opaque. Ces journaux, unis au sein du Consortium des journalistes d’investigation (ICIJ), ont en effet obtenu d’une «source officielle française», grâce au quotidien «Le Monde», les fichiers sur la clientèle volés en 2008 par Hervé Falciani – un ex-employé – et transmis aux autorités françaises l’année suivante.

L’analyse de ces chiffres, fiches et autres comptes-rendus de visites, baptisés «SwissLeaks», concernant plus de 100'000 clients retient l’attention en raison des personnalités qu’elle recèle — de la rock star David Bowie en passant par l’humoriste Gad Elmaleh ou le roi du Maroc Mohammed VI. Mais cette masse de données confidentielles vient surtout confirmer, de façon systématique, l’évasion fiscale à échelle industrielle à laquelle participait la banque. Joint hier au téléphone, un ancien client français confirme ces pratiques. Rattrapé en 2010 par le fisc – il venait d’être identifié sur la liste dite Falciani – ce dernier raconte comment la banque l’avait, peu avant, dissuadé d’aller faire des aveux sur l’existence du compte secret. «On m’avait proposé de tout faire disparaître par le biais d’un contrat d’assurance-vie enregistré à Singapour; il suffisait de signer un formulaire en blanc», relate celui qui poursuit aujourd’hui la banque en justice.

Contactée, la banque indique s’être lancée «dans une transformation radicale depuis 2008, de nouveaux dirigeants ayant totalement refondu notre activité». A cette époque, Peter Braunwalder, à la tête de l’institution depuis six ans, avait passé le flambeau à Alexandre Zeller, l’ancien patron de la BCV. Remontant à plus de huit ans, les faits révélés hier rappellent «à quel point le vieux modèle de la gestion de fortune suisse n’est plus acceptable», insiste la direction actuelle. Avant de rejeter la faute sur les entités reprises du banquier Edmond Safra, il y a seize ans, «à la clientèle et la culture très différentes».

Contactée lundi, l’autorité de surveillance du secteur bancaire, la FINMA, n’a pas lancé de procédure suite à ces révélations, rappelant que deux enquêtes formelles en lien avec du blanchiment d’argent ont déjà visé la banque depuis 2007. Depuis, des mesures – comme l’interdiction d’accepter des personnalités politiques dites «PEP» dans le jargon – ont été imposées à l’établissement.

Ce nouveau coup de boutoir sur la réputation de HSBC Private Bank Suisse SA intervient alors que la banque a réduit sa base de clientèle de 70% depuis 2007: en huit ans, le nombre de comptes a été divisé par trois et les fonds confiés sont passés de 118 à 68 milliards. Conséquence, HSBC Private Bank Suisse SA a également mis à la porte: ses effectifs ont été divisés par deux en trois ans. Le groupe dément pourtant vouloir quitter Genève, à l’instar d’autres géants anglo-saxons comme Standard Chartered la semaine dernière encore. «Nous avons, au contraire, installé la direction mondiale de nos activités de gestion de fortune ici et nous venons d’inaugurer notre nouvelle implantation quai des Bergues», assure un porte-parole.


«Les exemples colportés appartiennent au passé»

La révélation des détails sur les activités de HSBC durant les années 2005 à 2007 met de nouveau la place financière – et les responsables politiques du canton – face aux dérives de l’époque de la finance folle. «Ces pratiques nuisent à la place financière et au pays; il est inquiétant de voir qu’en raison de l’appât du gain, elles ont perduré alors que la Suisse avait déjà mis en place une législation contre le blanchiment – et parfois saisi l’argent de dictateurs», réagit ainsi Sophie Forster Carbonnier, députée Verte. Cette dernière prône «une réaction politique forte». Même si, «à court terme, cela aura peut-être des conséquences négatives, notamment pour l’emploi». La place financière «doit se rebâtir et être reconnue comme un acteur éthiquement responsable», interpelle la membre de la Commission des finances.

Eric Stauffer, député MCG, estime que, pour ce qui est de l’évasion fiscale, «l’Union européenne cherche simplement à punir la Suisse d’avoir pratiqué des impôts plus bas qu’ailleurs grâce à une bonne gestion publique». Par contre, pour ce qui est de l’argent issu de la corruption ou du crime, «ces clients doivent être traduits devant les tribunaux et leurs banquiers également, s’ils avaient connaissance de l’origine des fonds», poursuit celui qui est également membre de la Commission des finances.

Ces révélations remontent à une «époque révolue», à en croire Serge Dal Busco, conseiller d’Etat chargé des Finances. Ce dernier «salue» cette évolution, constatant que la Suisse «s’adapte rapidement et efficacement aux nouvelles normes, en modifiant largement sa législation»; même si la transition «n’est pas facile à vivre». Si les nouvelles règles sont bien appliquées par les concurrents et si l’accès aux marchés est garanti, «notre place financière possède tous les atouts pour rester durablement en pointe au niveau mondial», veut croire le responsable des Finances publiques.

L’Association suisse des banquiers (ASB) souligne également à quel point «les exemples colportés appartiennent au passé». L’avocat Xavier Oberson, professeur de droit fiscal, relève «la détermination, désormais claire, de la Suisse, [qui] s’est engagée à pratiquer l’échange automatique d’informations bancaires dès 2018». Selon lui, «la responsabilité des banques reste de démontrer une vérité: la place financière helvétique a changé».

En dépit du tumulte de ces révélations, le lobby bancaire s’accroche à un élément fondamental: les banques ne sont pas responsables de la conformité fiscale de leurs clients. «Tant que leurs pratiques fiscales et le conseil de la banque sont conformes à la loi, il n’y a rien à objecter», maintient l’ASB. Marc Moulin et Philippe Rodrik

Créé: 10.02.2015, 07h37

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