L’ombre de Safra revient hanter HSBC à Genève

Banque et affairesLe groupe londonien et les proches du banquier disparu il y a quinze ans se déchirent sur fond d’affaire SwissLeaks.

Selon HSBC, «de trop nombreux petits comptes à haut risque ont été conservés» de l’époque de feu Joseph Safra.

Selon HSBC, «de trop nombreux petits comptes à haut risque ont été conservés» de l’époque de feu Joseph Safra. Image: DI NOLFI SALVATORE

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Ces histoires reflètent une ère révolue. Celle d’Edmond Safra. La ligne de défense a été articulée par l’antenne genevoise de HSBC dès la publication, dimanche soir par un collectif de médias internationaux, de milliers de documents faisant état de soupçons de blanchiment d’argent et d’aide massive à l’évasion fiscale au sein de l’établissement jusqu’en 2008.

Face à cette masse de pièces documentant de façon systématique ses pratiques entre 2005 et 2007, HSBC Private Bank (Suisse) SA, pointe du doigt la Republic National Bank of New York du financier Edmond Safra. Rachetée en 1999 – pour 10 milliards de dollars – cette institution, qui représentait alors la deuxième plus importante acquisition du groupe britannique, allait former la base de ses activités de gestion de fortune à partir de Genève. Elle lui permettait de récupérer 30 000 clients fortunés dont les avoirs dépassaient déjà 50 milliards de dollars. «John Bond reste l’un des rares grands banquiers et je suis heureux de lui confier la banque à laquelle j’ai dédié ma vie», déclarait alors Edmond Safra. L’emblématique patron de HSBC s’était, lui, réjoui de «continuer de bénéficier du guidage» de ce descendant d’un banquier juif de Syrie, au service de grandes familles arabes. Edmond Safra devait disparaître quelques mois plus tard dans l’incendie de sa résidence monégasque.

«Safra, une autre culture»

Seize ans ont passé. Le ton a changé, alors que le scandale SwissLeaks prend une tournure politique au Royaume-Uni – la justice genevoise analyse de son côté la situation pour vérifier si une procédure doit être ouverte.

HSBC martèle depuis lundi que «les activités de Republic/Safra étaient focalisées sur une clientèle très différente et à la culture fort éloignée de HSBC». Avant de regretter. Non, ces activités reprises «n’ont pas été totalement intégrées dans HSBC, permettant à différentes cultures de coexister». Oui, «trop de comptes risqués ont été conservés». Des regrets qui passent sous silence que l’antenne genevoise a été transformée en quelques années en une machine de 3000 employés – à laquelle étaient confiés 130 milliards de francs – à coups de rachats successifs. Le CCF et ses clients français. La banque suisse Guyerzeller. Ou la British Bank of the Middle East.

«Procès en sorcellerie»

Ces assauts font bondir les proches du banquier défunt. «Ceci ressemble à un procès en sorcellerie; je maintiens que Edmond Safra était un grand banquier, avec des convictions morales, sévère dans la sélection d’une clientèle dont les dépôts ne devaient faire encourir de risques», se souvient Jean-Pierre Jacquemoud. Administrateur de la banque à l’époque, celui-ci a quitté HSBC quelques années après le rachat.

«Qu’il y ait eu des insuffisances dans la mise en œuvre des procédures, probablement; mais le conseil d’administration a fait tout ce qui était en son pouvoir pour que les choses soient carrées selon les critères de l’époque – il aurait été inconcevable d’accepter des fonds liés aux narcos, au trafic d’armes ou à la corruption», assure l’avocat genevois. Cette prudence de Safra se serait expliquée par le fait que New York restait l’un des centres de son institution. «On était bien les seuls à exiger des clients américains qu’ils signent une renonciation à invoquer le secret bancaire», remarque cet administrateur.

Ce dernier assure même qu’Edmond Safra disposait à l’époque de «l’un des meilleurs services de compliance (ndlr: département juridique de sélection de la clientèle) de la place». Un ancien de la division criminelle du Département de la justice américain, David Ford, avait été recruté pour cela. Ce dernier est resté jusqu’en septembre 2014 à la tête des équipes antiblanchiment au sein de HSBC à Genève. C’est l'un de ses rares dirigeants à connaître tous les détails sur les clients les plus sensibles. L’Américain ne souhaite pas répondre à nos questions.

Créé: 12.02.2015, 08h51

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