Opérateurs et chaînes TV s’écharpent sur le replay

TélévisionSelon Berne, la fonction permettant de voir ses émissions à l’heure souhaitée devrait faire l’objet de nouvelles normes.

La capacité de regarder ses émissions ou séries télévisées préférées à l’heure souhaitée pose en effet souci au niveau de la publicité.

La capacité de regarder ses émissions ou séries télévisées préférées à l’heure souhaitée pose en effet souci au niveau de la publicité. Image: DR

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Depuis quelques mois, sur fond de révision de la loi sur le droit d’auteur à Berne, une guerre larvée a débuté entre les opérateurs suisses (Swisscom, UPC Cablecom, etc.) et les chaînes télévisées. L’enjeu au cœur de la discorde actuelle a pour nom un doux petit anglicisme: le replay. La capacité de regarder ses émissions ou séries télévisées préférées à l’heure souhaitée pose en effet souci au niveau de la publicité. Grâce au replay, les téléspectateurs ne sont en effet plus tenus de s’infliger de longues minutes de spots publicitaires nationaux peu originaux et surtout très souvent mal doublés pour les téléspectateurs francophones.

Le ton est donc monté ces derniers jours, une fois les discussions terminées au sein de la Commission des affaires juridiques du Conseil national. «Par douze voix contre neuf et trois abstentions, la commission préconise donc l’introduction, dans la Loi sur le droit d’auteur, d’un nouvel article qui permettrait aux organismes de diffusion (ndlr: les chaînes télévisées) de négocier directement avec les entreprises de distribution par câble la possibilité de sauter la publicité», peut-on lire dans un communiqué publié le 26 octobre.

Redistribution des recettes

Au moment où la SSR doit se serrer la ceinture, cette dernière estime que certains déséquilibres financiers propres au replay ne sont plus tolérables. «En 2017, alors que les principaux opérateurs ont encaissé 246 millions de francs auprès de leurs clients grâce au replay, ils n’ont reversé que 9,7 millions aux chaînes, qui se chargent pourtant de produire une partie des contenus de l’offre télévisuelle», s’offusque la Communauté d’intérêts radio et télévision (IRF).

La situation est d’autant plus intenable que, aux dires de l’IRF, malgré une offre publicitaire restée stable ces dernières années, les chaînes auraient vu s’échapper pour 110 millions de francs de recettes publicitaires en 2017. Si d’autres facteurs sont à prendre en considération (à l’exemple d’une baisse globale des audiences), le replay a contribué très nettement à cette chute des revenus étant donné que «60 à 80% des utilisateurs utilisant ce service ne visionnent pas la publicité».

«Mesure incompréhensible»

Naturellement, les opérateurs n’ont pas raté l’occasion pour répliquer. C’est le cas d’UPC Cablecom, qui parle d’une «mesure incompréhensible» et prédit que la décision de la Commission des affaires juridiques du Conseil national puisse finir par «mettre en péril» le replay. «Il ne s’agit pas de jouer la confrontation mais d’éviter de remettre en cause un système qui fonctionne et qui a fait ses preuves», explique son porte-parole Julien Grosclaude.

En marge de la présentation trimestrielle des résultats de Swisscom, son patron, Urs Schaeppi, a abondé dans le même sens en assurant que la volonté fédérale serait loin d’être «en faveur des consommateurs».

Pour justifier le bien-fondé du système actuel, les grands groupent rappellent l’existence de l’accord passé entre les détenteurs de droits, les fournisseurs de services TV et les représentants des consommateurs et dont le point central est l’établissement d’un tarif commun (TC 12). «Or, s’il fallait payer les diffuseurs en plus des rétributions déjà versées pour les services de replay d’après le TC 12, il s’agirait tout simplement d’un double prélèvement de la part des chaînes TV», s’offusque la direction d’UPC Cablecom.

Quel prix pour le replay?

Pour autant que le parlement entérine la proposition de la Commission des affaires juridiques du Conseil national, en bombant tour à tour le torse, les deux camps se sont préparés aux probables négociations à venir. Car malgré certains titres et articles sensationnalistes parus ces derniers temps, aucun camp ne veut imaginer un monde sans replay. «Ce système est devenu indissociable de l’expérience télévisuelle», estime UPC Cablecom. «Nous voulons que nos programmes puissent être visionnés en différé», assure l’IRF.

Une inconnue subsiste toutefois pour le téléspectateur. À quel prix sera proposé le replay en cas de nouvelles normes fédérales? Alors que les chaînes estiment qu’il ne serait pas correct que les consommateurs doivent finalement débourser plus pour ce service, les opérateurs sont moins optimistes. «Il n’est pas possible à ce stade de dire précisément quel impact une telle mesure pourrait avoir sur les tarifs du replay, même s’il semble assez clair que cela induirait un surcoût», avertit Julien Grosclaude. (24 heures)

Créé: 02.11.2018, 19h14

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